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Aujourd'hui je vais vous parler du piston, pas des quatre gros pistons du camion de Didier mais du coup de main donné par une personne gentille et bien attentionnée à une autre personne qui avait justement besoin d'un coup de poing, non ... coup de main.

Par Clairette

Ce type de relation se pratique partout mais il faut bien dire que dans nos terres locales le piston, enfin le pistou pour le dire avec l'accent, est un sport. C'est bien ou pas bien le pistou ? Nous avons tous une anecdote. Par exemple, une amie me racontait qu'en allant voir un élu le mercredi, le lundi suivant sa fille obtenait une place en établissement adapté. En quatre jours elle avait remonté quatre pages de liste d'attente, trois ans d'attente effacé. Les permanences des élus sont pleines de demandes honorables de citoyens en difficulté.

Alors c'est bien ou c'est pas bien ?

On pourrait se pencher sur la critique de la science du piston, l'épistonlogie. Que découvre-t on ?
Pour que le piston soit valable, il faut une différence dans la hiérarchie sociale entre le pisto(u)nneur et le pisto(u)nné. Sinon c'est un échange de bons services. Attention le piston ne se pratique pas pour des peccadilles ! Celui qui sollicite se retrouve endetté. La dette peut prendre alors d'autres formes mais elle est toujours supérieure au service rendu. En gros, le paiement peut être immédiat ou différé mais toujours avec intérêt.

2ème règle au pisto(u)n, le secret. Pour que le système fonctionne, rien ne doit être éventé. Parfois pourtant le pisto(u)nneur peut s'arranger pour le faire savoir, juste pour maintenir la pression! Nous le savons : On ne mord pas la main de celui qui te nourrit !

Le pisto(u)n suppose subordination, secret. Du coup, le pisto(u)nné vu ainsi n'a pas le choix, il doit se plier pour survivre ou grimper dans l'ascenseur social. Registre de la domination et de la violence...règne de la corruption.

Entre elles, les élites se cooptent, partagent leurs intérêts particuliers et les érigent en intérêts universels. Si toi, pékin biterrois tu veux devenir riche comme Crésus, et bien il faut adopter les même codes et les mêmes valeurs que tes modèles pour espérer accumuler, tu deviendras le gardien du temple ! Tu défendras ce qui rend laid, l'avidité comme but, ma fin justifie les moyens.

Du coup, j'ai l'air fin avec ma morale, le pisto(u)n c'est le coup de main qui t'assomme, qui t'asservit. Donc si tu n'as pas le choix, vas-y, plie un genou devant l'adversité, ferme les yeux c'est pour le bien de ton fils, ta chérie, ta grand mère...
Car le bien c'est bien le problème.

Quand on arrive sur la notion de bien et de mal, là je vous conseille Fred Nietzsche, qui s'y connaît en tartuferies: « Ce qu'il y a d'essentiel et d'inappréciable dans toute morale, c'est qu'elle est une contrainte obligée ».

Je repense à mon ami Ahmed, qui a pesté toute la semaine, même pas un rendez-vous pour décrocher un contrat de 20h chez Lidl. « C'est parce que je ne connais personne » a-t-il répété.

Ahmed, t'es un mec incorruptible, t'es plus beau en chômeur libre qu'en salarié asservi, t'es plus maigre aussi...

 Ce petit texte est une chronique à l'origine écrite pour l'émission radio d'EVAB diffusée sur RPH le 25 février 2018.