La question du voile musulman fait l'objet dans notre société de nombreuses polémiques. Des partis d'extrême droite à ceux de gauche, chacun prend position sur cet élément distinctif de certaines femmes musulmanes. Maria Giuseppina Muzzarelli, enseignante d'histoire médiévale et d'histoire du vêtement et de la mode à l'université de Bologne, dans son livre « Histoire du voile, des origines au foulard islamique » nous propose une étude intéressante.

Par Emma 

J'ai eu envie de me pencher sur son contenu, toujours curieuse, comme toutEs EvabiennEs de comprendre les phénomènes sociétaux. Un premier constat s'impose, ce « morceau d'étoffe légère et transparente » (1) a toujours existé quelles que soient les époques, les régions et les cultures. Si, à l'heure actuelle, cette pièce de tissu soulève des passions, remarquons qu'il n'appartient ni à l'Orient ni à l'Occident « il appartient à un code vestimentaire très répandu, de nos jours comme dans le passé ».(1)

le voile signifie pudeur et sert à indiquer un rang dans l'échelle sociale


Et Maria Giuseppina Muzzarelli, au cours de son livre, nous décrit cette histoire du voile commencée dans la Grèce antique, en passant par la première lettre aux Corinthiens de Saint Paul, dans laquelle celui-ci « affirme que Dieu est maître du Christ, que le Christ est maître de tous les hommes et que l'homme est maitre de la femme. » (1). Ensuite, l'écrivaine passe en revue les préceptes des différentes religions pour finir dans les arcanes de la mode « quand Hermès, en 1936, créa le premier de ces carrés... en soie décorée » (1) ceux-ci étaient conçus par des artistes peintres (Matisse ou Dali entre autre). « Le voile représente une tradition...mais aussi une intention, celle d'envoyer un message à quiconque se trouve devant une femme voilée »(1) Son ambivalence est complète puisqu'il s'agit, à la fois de couvrir, de cacher, de protéger mais également de suggérer, d'embellir et d'attirer.

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Mais, les femmes ont su résister au cours des siècles à cette obligation qui leur était faite en se servant justement de cette ambivalence. D'autres ont participé au développement économique de leur société, en les fabricant et en inventant de nouvelles formes le plus souvent bannies par les religieux ou les magistrats. Les femmes, étant sans arrêt en butte à la comparaison entre l'image d'Eve et celle de Marie ont subi les lois somptuaires (émanant du droit romain sur le luxe). Celles-ci ont été reprises par les évêques et les prédicateurs jusqu'au 19° siècle. Elles ont été largement relayées par les représentants des communes à coup de décrets et d'arrêtés qui légiféraient sur le port du voile suivant la catégorie sociale des femmes. Tandis que chez Paul, le voile se veut soumission à l'homme et à Dieu, dans les autres religions, juive ou musulmane, le voile signifie pudeur et sert à indiquer un rang dans l'échelle sociale.

Il est impossible de réaliser une présentation exhaustive de ce livre très riche en références, qui a le souci de comparer les réglementations en œuvre dans différents pays et qui propose une iconographie du voile à travers des peintures et des photos.

Cependant, le voile est heureusement tombé en désuétude depuis une cinquantaine d'année en Occident, même s'il a représenté au cours des dernières années des signes de résistance et de combats partagés. Par exemple, celui porté par les mères et les grands-mères de la Plaza de Mayo pendant la dictature militaire argentine. A l'heure actuelle, le « foulard » reste « un élément distinctif des femmes musulmanes » (1) Celles-ci « ont de nombreuses et différentes façons de se couvrir la tête : la couverture intégrale avec la burqa introduite par les talibans, qui annule la figure de la femme et terrifie les occidentaux ; le niqab...qui voile le visage en laissant les yeux à découvert ; le tchador, qui enveloppe le corps et non le visage ; et quelques variantes pour la tête et le cou qui ne cachent pas le visage, dont le plus connu est le hijab. Il s'agit d'un foulard qui se porte autour de la tête et du cou ; il ne recouvre pas le front, il peut être agrémenté de jolies accroches et fait de divers types de tissu ». (1) Si le port du voile en Occident pose des questions au principe de laïcité et à la liberté des femmes, il pose également la question de son image et de ce fait de sa visibilité.

Et Maria Giuseppina Muzzarelli de conclure sur ce sujet : Il ne s'agit pas de se passer « de la religion, ni de l'histoire mais de ne plus dépendre d'elles « (1) Elle écrit que tant que le voile sera imposé aux personnes, tant qu'elle gardera en mémoire que « l'histoire de la modestie obligée et de l'assujettissement à l'homme est en occident étroitement lié au voile »(1)elle attendra que le voile soit juste « un voile et c'est tout ». (1)

(1) Marie Giuseppina MUZZARELLI - histoire du voile, des origines au foulard islamique-édition Bayard- 2017