Pourquoi avons-nous peur de l'immigration ? La France a toujours été un pays d'immigration. Les Gaulois eux-mêmes étaient des migrants ! François Héran (ancien directeur de l'Institut National des Études Démographiques) le démontre : une personne sur quatre vivant en France est immigrée ou enfant d'immigré.

Par JF Gaudoneix

Et ce n'est pas un phénomène nouveau... En France, le sujet est devenu passionnel à cause de l'instrumentalisation politique. Avec la montée du chômage dans les années 1980, l'immigré est devenu le bouc émissaire.

Et pourtant

- Il n'y a pas au XXIème siècle d'invasion massive d'immigrés. Le XXème siècle a vu des flux migratoires bien plus importants.
- Pas de grand remplacement : théorie cherchant à faire peur.
- Pour François Héran, séparer « immigration économique et immigration de refuge n'a plus de sens ".
- "Vouloir réduire l'immigration est un déni de réalité" (F.H.)
- « Ni pour ni contre l'immigration. Avec elle, tout simplement » (F.H.)

La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde !

L'argumentaire est toujours le même : la France, comme l'Europe, ne peut pas accueillir toute la misère du monde... Sauf que « toute la misère du monde » n'a aucunement l'intention de venir en France ou en Europe !
La revue Hommes et Migrations donne des chiffres sur les migrations en Afrique : la majorité des migrants demeure à l'intérieur même du continent. Soixante-dix millions d'Africains ont émigré en 2015, quittant leur pays pour s'installer durablement dans un autre. Et ils ne sont qu'un peu plus d'un million et demi à s'être établis dans l'un des pays membres de l'UE (source OCDE). Soit 2,6 pour cent du total des émigrés africains.
En fait, ceux qui arrivent en Europe ont dû payer entre 4 000 et 8 000 € leur passage, ce que ne peut pas faire n'importe qui.

France terre d'asile ?

Après cinq ans de guerre, plus de 4 millions de Syriens ont fui leur pays, surtout vers les États limitrophes. La France et l'Allemagne ont accepté d'accueillir respectivement 9100 et 12100 réfugiés, essentiellement Syriens, sur deux ans. Et aujourd'hui, la France n'a pas encore rempli son engagement.
La France n'est pas "le pays d'Europe le plus généreux pour l'asile". Nous sommes loin dans le classement lorsque l'on observe les décisions positives d'accueil.

Le calvaire des migrants

- Traversée du désert, traversée de la Méditerranée, trafic d'êtres humains, racket, esclavage, répression des gouvernements.
- Mais la France et l'UE sont en première ligne de ce mauvais combat. La France et l'UE financent par exemple les autorités libyennes pour bloquer les migrants, les laissant en pâture aux mafias locales.
- Arrivés en France, leur calvaire continue. La loi concoctée va aggraver leur situation : expulsions rapides, même de mineurs, remise en cause de l'accueil inconditionnel, criminalisation des personnes solidaires des migrants (cas de Martine Landry, une dame de 73 ans poursuivie pour délit de solidarité parce qu'elle est venue en aide à deux mineurs guinéens qu'elle n'a fait qu'accompagner au poste de la police aux frontières et qu'elle n'a donc pas soustrait à la réglementation française.

Que reproche-t-on à notre gouvernement ?

Des constats quotidiens :
- maltraitance des migrants,
- violation de leurs droits fondamentaux,
- criminalisation des bénévoles,
- affaiblissement des principes guidant le travail social et la protection des personnes les plus fragiles, et donc les fondements mêmes de la solidarité nationale.

Le projet de loi

Le texte de 38 articles tend surtout à faciliter les expulsions.
Quelques carottes mais beaucoup de coups de bâton !
A noter quand même un point positif, un titre de séjour de 4 ans (au lieu d'un an) en cas de protection subsidiaire.

- Utilisation des vieilles recettes des politiques migratoires sécuritaires qui ont prouvé au fil des années leur inefficacité comme la rétention qui passe de 45 jours à 90 ou même 135 ! Ou la rétention administrative qui passe de 16h à 24h.
- Des réductions de temps pour la demande de droit d'asile (90 jours au lieu de 120 jours), de 30 à 15 jours pour exercer un recours.
- Réduction à six mois de la durée moyenne d'instruction de la demande d'asile contre onze mois actuellement, en durcissant les règles.
- Obligation aux demandeurs d'asile de rester dans la région où ils sont affectés.
- Création d'un nouveau « délit de franchissement non autorisé des frontières extérieures de l'espace Schengen » puni d'un an de prison.
- Renforcement du régime d'assignation à résidence et celui de l'interdiction de retour.
- Utilisation de l'hébergement d'urgence pour faire le tri des personnes expulsables, remettant en cause l'accueil inconditionnel qui est la règle dans ces centres.

Les États généraux des Migrations

Le 21 novembre 2017, les « États généraux des Migrations » ont été lancés. Leur objectif est de mettre en place une autre politique migratoire, respectueuse des droits fondamentaux.
Ils sont nés du fait qu'il n'y a pas eu de concertations sur la politique migratoire de la France. Tout de suite, c'est l'aspect punitif, sécuritaire qui a prévalu.
Plus de 500 associations ou collectifs ont donc décidé de faire entendre une autre version des migrations et des migrants.
Le but des États Généraux des Migrations est de créer un mouvement d'opinion pour s'opposer à une vision trop souvent xénophobe de l'immigration.
Différentes actions sont en cours en France et dans l'Hérault – voir les actions du mois de mars sur l'agenda d'EVAB : conférence de presse, films, expositions, conférences, etc.
Ces manifestations se feront jusqu'au mois de mai.

Pietro Bartoli, directeur de l'hôpital de Lampedusa (île entre la Tunisie et la Sicile qui a vu passer plus de 400 000 migrants depuis les années 1990) explique :

« Il y a ceux qui construisent des murs, d'autres qui posent des barbelés, mais ce ne sont ni les murs, ni les barbelés qui stopperont ces migrants.
Le seul moyen de les arrêter est de les aider dans leur pays d'origine, mais tant que nous n'arriverons pas à régler le problème, il est du devoir de chacun de les assister, de les accueillir. »