Tous les beaux esprits, plus ou moins hypocrites qui prétendent concilier « humanité et fermeté » pour « maîtriser » les flux migratoires acceptent l'idée banale que les migrations actuelles ont leur origine dans la misère économique, les violences et les guerres qui en découlent. Et personne n'oublie dans les déclarations publiques de faire référence à la nécessaire aide au développement des pays du Sud pour tarir les flux migratoires vers les pays d'Europe.

Par l'ABCR

Voyons cela. Il y a une vingtaine d'années, l'Union européenne, à l'initiative de la France avait mis en place une politique dite ACP (Afrique-Caraîbe-Pacifique) permettant la conclusion d'accords commerciaux échappant (en partie seulement, faut pas exagérer) au sacro-saint principe du libre échange. Il s'agissait d'accords volontairement « inégalitaires », au profit des pays du Sud pour protéger l'agriculture et les industries naissantes dans ces pays contre la concurrence « déloyale » de l'Union européenne.

C'était là une politique, certes bien timide, mais qui allait dans le bon sens en reconnaissant ainsi qu'il ne pouvait y avoir un développement économique du Sud, en laissant jouer « la libre concurrence » européenne. Il ne fallait pas laisser entrer les poulets congelés européens à un prix beaucoup plus faible que les poulets vivant africains si on ne voulait pas ruiner les producteurs africains. Du bon sens certes, mais contraire à la théorie orthodoxe libérale. Une telle hérésie économique ne pouvait perdurer et l'UE mit fin à ces accords ACP. Et les migrants d'aujourd'hui sont pour partie des agriculteurs ruinés. Et la ruine économique engendre naturellement les violences et les guerres ce qui permet aux pays riches de vendre, en plus, des armes à leurs amis dictateurs...  Ainsi, on ne peut tarir les flux migratoires en permettant aux gens de rester chez eux qu'en remettant en cause l'ordre économique actuel.

La « maîtrise des flux migratoires »

Ne pouvant, ou ne voulant pas, modifier l'ordre du monde, nos dirigeants qui veulent « maîtriser » les flux (ou s'en donner l'illusion) n'ont plus qu'un levier, une variable à leur disposition : la répression. D'où le renforcement continu depuis 30 ans de la législation anti- étrangers qui confine peu à peu, n'en déplaise au gouvernement actuel, à un racisme d'État.

A24uneautrepolitique


L'idée dominante, et jamais dite, dans les sphères administratives est que pour décourager les étrangers de venir « chez nous » il faut les maltraiter. (voir Calais, Barbés etc. ) Ces pratiques barbares sont efficaces... puisque de nombreux migrants arrivés en France ne pensent qu'à repartir ailleurs. Autre exemple, à Béziers, les autorités municipales n'ont jamais accepté d'installer des poubelles auprès des campements roms, craignant sans doute que ce geste soit considéré comme un accueil bienveillant, propre à constituer le fameux « appel d'air ».


Mais pour freiner l'arrivée d'hommes, de femmes et d'enfants qui n'ont plus rien à perdre il faut être de plus en plus dur, de plus en plus ferme comme disent les macronistes, et cette fermeté qu'ils le veuillent ou non confinera à la barbarie et ils y perdront l'honneur.

Évidemment, on aggrave la répression. On double le délai possible de rétention administrative, élargit les possibilités d'assignation à résidence des étrangers. On rend plus difficile les recours contre les décisions administratives et judiciaires.

Toutes ces mesures étant justifiées dans la novlangue officielle par la volonté d'améliorer le sort des étrangers en leur permettant de bénéficier d'une expulsion plus rapide. Il s'agit aussi d'après G. Collomb et quelques autres, d'améliorer la situation des demandeurs d'asile en les distinguant des migrants économiques, distinction totalement obsolète aujourd'hui.

Mais cela permet de faire du migrant économique ou écologique un profiteur qu'il faut exclure du bénéfice de l'asile.

Humanité et libéralisme économique.

Ce ne sont pas les frontières, les barrières, les barbelés qui freineront les migrations. Tout cela rend seulement les passages plus chers et plus dangereux. Cela crée aussi un nouvel espace pour la corruption et développe aussi les possibilités de nouveaux champs d'investissements dans la sécurité, la protection, l'armement et la construction navale (il faut bien des vedettes et des ports pour Frontex). Et pour bientôt, sans doute, il y aura la privatisation des centres de rétention... Si les « lois du marché », le libre-échange au profit des plus forts l'emporte partout, il n'y aura nulle part d'humanité.

Si nos dirigeants politiques sont incapables de modifier l'ordre du monde pour faire que chacun puisse rester et vivre correctement chez lui, les citoyens que nous sommes ont le droit et le devoir d'accueillir et de recueillir tous les migrants qui se présentent et d'exiger que la puissance publique prenne les mesures nécessaires pour cet accueil, plutôt que d'incriminer les citoyens qui manifestent leur solidarité en sauvant des humains dans les Alpes et sur les mers.


C'est pourquoi depuis sa création l'ABCR, par principe, défend la liberté de circulation et d'installation. Alors, on nous dit que nous serions atteints par une maladie honteuse qui s'appellerait l'angélisme sous entendant par là qu'il faut bien s'adapter au monde tel qu'il est, qu'on ne peut pas accueillir toute la misère etc..., bla bla bla. Le cynisme dissimulant la soumission est-il meilleur ?