Poème écrit en centre de rétention, une sorte de prison pour des personnes administrativement inexistantes, des gens avec le mauvais passeport, des hommes privés d'humanité. "Très chers lecteurs, La lampe de mon téléphone éclaire ma sombre chambre...

L'Homme abandonne l'humanité

Très chers lecteurs,
La lampe de mon téléphone éclaire ma sombre chambre,
Et sur ma feuille vierge, mon stylo fait danser son ombre
Nous sommes le 29 octobre,
Tout le monde profite de l'heure manquante,
Et nous...
Et nous, nous sommes condamnés à passer une heure de plus
Dans ce maudis centre...
Il faut que je me concentre, il faut que je vous montre,
Il faut que je trouve le moyen pour décrire cette peur au ventre...
C'est fou, c'est toujours pas l'heure de manger,
Mais tout le monde est debout...
Personne n'a réglé sa montre...
La cour est fermée, les corps se baladent...
Ils se croisent sans dire un mot...
Il n'y aura pas de jus d'orange,
Ni des croissants...
Mais voilà, tout le monde est là... attendant l'ouverture du bloc...
Attendant l'arrivée des matons...
Espérant ne pas être appelés...
Espérant une journée de plus sur le sol français...
Rien n'a changé...
Toujours les mêmes regards vides
Toujours les mêmes visages désespérés !
Combien sont déjà au bled ?
Combien sont en train d'arriver ?
Qui le sait ?... personne..
Mais tous se posent les mêmes questions,
En espérant d'être libérés...
Certains partent,
Certains viennent,
Et peu sont relâchés...
Et ils partent...
Et ils viennent...
Comme dans les valses de Vienne
Sauf qu'ici, personne n'est l'invité...
On est la piste de danse,
Et les jours viennent nous piétiner...
Ils nous font haïr notre existence
Ils brisent la moindre de nos chances...
On y est et on y pense... à quand, nous vivrons cette dernière danse ?
Et ils partent, et ils viennent...
Se demandant, si par hasard, il y a le même sang qui coule dans nos veines...
On se les pose ces questions...
On se les pose pas à voix haute...
On se les pose pas entre nous...
On les pense... et ce regard croisé, vide de toute vie, nous les dicte
En un simple instant... le moment d'un regard, le temps d'un triste bonjour...
Une infinité de questions collégiales.
Aucune réponse... plein de suppositions...
Qui sera le suivant... ?
Qui sera suivi et par quel suivant ? ...
La suivance ! ! Je ne sais pas si un tel mot existe mais tous les moyens sont bons pour vous donner un semblant de réalité...