Nous distinguerons la notion d'émigration de l'exil.

Par Khan Did

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La première suppose plus ou moins un choix : études, perfectionnement, perspective d'une situation plus intéressante sur le plan scientifique ou financier, choix climatique expliquant en particulier l'intense immigration interne qui affecte l'Hérault. La seconde, l'exil, est l'obligation de fuir son pays et ses racines dans une situation de guerre, d'oppression ou de misère. Ici, c'est un vrai TINA (il n'y a pas d'alternative).

Bien loin de cette vague notion de migrations, de « vrais » migrants dignes de ce nom, ceux qui fuient la guerre ou la dictature - à condition bien sûr qu'ils puissent justifier des exactions commises envers eux- contrairement aux « migrants économiques », ceux qui viennent dans l'espoir de fuir la misère et bien entendu de piquer leur boulot aux européens, de toucher de grasses subventions et se soigner gratos...

Mais notre gouvernement humaniste issu du pays des Lumières a décidé de barrer la route implacablement aux « faux » migrants, les « économiques » prédateurs, et pour les « vrais », de raccourcir les délais de recours aux instances légales et de les parquer dans des centres de rétention où ils pourront être contrôlés à tout moment. Tiens, on crée des postes de contrôleurs au mépris des indispensables économies dans les dépenses publiques ?

Pourquoi viennent-ils en Europe réaliser le « grand remplacement » inquiétant nos bons Renaud Camus et Eric Zemmour ? D'abord quelques chiffres : sur une masse de 244 millions d'exilés dans le monde, soit 3,3 % de la population mondiale ( ONU 2015), il y en a 35 Millions en Europe, sur une population de 500 Millions, soit 7 % de la population, 45 en Amérique du Nord soit 13,5 % . L'Afrique et le Moyen Orient sont les pays qui comptent le plus de migrants. De la même façon, 53 % des migrants en Europe sont Européens. Et n'oublions pas que l'esclavage a arraché à leur terre natale 12 millions d'Africains ! Que nous disent ces chiffres ?

- que les gens s'exilent pour fuir la guerre (Irak, Afghanistan, Syrie, Darfour..) guerre dans laquelle les interventions occidentales ont leur grosse part.


- qu'ils fuient les dictatures, les régimes autoritaires, les conflits ethnico-religieux, et qu'ils les fuient dans les ex-colonies européennes où les colonisateurs ont installé délibérément des régimes prédateurs corrompus (cf la Françafrique) pour continuer à s'approprier la richesse minière, forestière ou alimentaire de leurs anciennes colonies.


- qu'ils fuient la misère largement liée à la prédation locale et coloniale, enrichie des traités de libre-échange euro-africains (ALE) qui font que le petit agriculteur africain voit arriver des poulets de batterie européens moins chers que son « poulet-bicyclette = celui qui court toute la journée), idem pour les tomates,etc...


- et qu'enfin, notre dérèglement climatique lié à nos habitudes consuméristes délirantes, va jeter sur les routes des millions de réfugiés chassés qui par la sécheresse, qui par la montée des océans...
Ils nous disent donc que nous devrons partager avec les autres, les « sous-développés », les pauvres, le gâteau dont nous avons largement et inconsidérément profité à leurs dépens.

En tiendrons-nous compte ?

Avec notre système capitaliste libéral financiarisé, même pas la peine de l'imaginer... Bien au contraire, les politiques d'austérité pan européennes désignent à la vindicte publique le bouc émissaire et font émerger les fascistes de tout bord. Et donc, comme pour le changement climatique, nous ignorerons le problème, effectuerons quelques rodomontades se voulant rassurantes, dépenserons des millions à contrôler, traquer, harceler, reconduire à la frontière surveillée par Frontex, agence privée (France championne européenne des reconduites à la frontière), et ferons confiance au Saint Progrès. Quant aux morts d'épuisement dans le désert ou noyés en Méditerranée ou gelés dans les Alpes ou exécutés par les milices libyennes payées par nos soins, ou oubliés en Turquie pour la coquette somme de 6 milliards d'euros, c'est profits et pertes et notre gouvernement s'en fout. Seuls les citoyens, grâce soit rendue à Damien Carême, à Grande Synthe, à Cédric Hérou dans la Royat, font reculer le sentiment d'indignité, d'incohérence et de désespoir.

Citons enfin Evo Moralès en juin 2008 devant le Parlement européen : « J'appelle aussi l'Europe à élaborer dans les prochains mois une politique migratoire respectueuse des Droits de l''Homme et permettant le maintien de cette dynamique profitable pour les deux continents, qui répare une fois pour toutes l'énorme dette historique, économique et écologique que les pays d'Europe ont envers une grande partie des pays du tiers-monde et qui ferme définitivement les veines toujours ouvertes de l'Amérique Latine ».