La Cimade, association de solidarité avec les migrants, les réfugiés et les demandeurs d'asile, a édité plusieurs guides efficaces en matière de migration. L'un s'intitule « petit guide pour conjuguer la migration au féminin ».

Par Emma,

Face au fait que les femmes qui migrent sont le plus souvent invisibles et silencieuses, ce guide veut s'attaquer aux clichés et représentations et montrer que les femmes migrantes sont là, déterminées, actives et actrices de la société dans laquelle elles migrent. Dans les années 50, ce sont les femmes espagnoles qui viennent, seules, travailler en France. A l'heure actuelle, ce fait reste vrai : en Europe, 52,4% des migrants sont des migrantes et en France, elles sont 53% et ces chiffres sont stables depuis plusieurs décennies.

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Cependant, les dangers qu'elles courent lors de leur itinéraire migratoire, sont nombreux et violents le plus souvent. Les femmes, elles aussi migrent pour fuir les persécutions et la misère, pour ce faire, elles entreprennent des voyages par la mer ou le désert. Elles sont en butte à toutes sortes de violences plus encore que les hommes, notamment les violences sexuelles. Et ceci est bien le signe, non de « supposées différences culturelles mais bien des conséquences d'une inégalité sociale entre les hommes et les femmes qui s'aggrave dans des situations de précarité extrême » (1)

L'historienne Nancy Green et l'économiste Hippolyte d'Albis s'entendent sur le fait que, si certaines viennent pour faire des études, la plupart des femmes migrantes présentes en France travaillent et contribuent largement à l'économie française. Mais « les politiques d'immigration les assignent à leur rôle « d'épouse de », de « mère de » ou encore de victimes et leur accordent un statut légal en fonction de ces rôles présumés. Ces politiques les placent alors dans des situations de dépendance et leur nient toute autonomie » (1). Alors que les femmes migrantes, arrivant en France, sont de plus en plus diplômées (diplômes souvent non reconnus) malgré ce fait, elles subissent largement les discriminations face à l'emploi.

Que dit la convention de Genève ?

Elle prend en compte les persécutions ou menaces propres aux femmes telles que les mariages forcés, les crimes d'honneur ou les mutilations sexuelles mais pas dans tous les pays, la France notamment ne considère ces persécutions que comme relevant de la sphère privée. De même en ce qui concerne la situation des femmes opposantes politiques, leurs positions ne sont pas reconnues au même titre que celles des hommes. « Or la violence contre les femmes et sa dénonciation est d'ordre politique même si elle a lieu dans le cadre du foyer » (1) On remarque aussi que les femmes sont exclues de l'application des accords lorsqu'elles fuient les persécutions dites de genre. Ces problématiques sont traitées différemment suivant les pays. La France « prône une politique théoriquement neutre ». (1) Enfin, la refonte du système d'asile européen, dans une nouvelle directive adoptée en 2011, « afin de lutter contre la traite des êtres humains » va y intégrer la dimension du genre. Maintenant c'est à chaque pays de revoir ses lois nationales pour être conformes à cette directive.
Par conséquent, en matière de migration au féminin, beaucoup reste à faire en France et les actions de solidarité restent nécessaires et vitales.

(1) cf « petit guide pour conjuguer la migration au féminin »