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Les Français sont abasourdis, hébétés, bousculés, précarisés par le rouleau compresseur des ordonnances et oukases successifs d'un exécutif auquel la constitution de 1958 confère un pouvoir quasi-monarchique. La réforme électorale de Jospin assure au chef de l'État une majorité parlementaire transformant l'Assemblée Nationale en une simple chambre d'enregistrement dont il essaie même de rogner les maigres prérogatives résiduelles.

Par Khan Did

alternative1Ajoutons les bals télévisés des « experts » politologues et économistes clamant symphoniquement l'urgence des « réformes indispensables attendues par les Français »(sic) « et qu'on aurait dû faire depuis longtemps », car TINA (1) et on a un système ultra-libéral, formaté, accusant l'inorganisation des hôpitaux et EHPAD (2), les casseurs estudiantins et des ZAD (3), les chômeurs fainéants et fraudeurs, le statut des cheminots. Et détruisant méthodiquement et systématiquement le Service Public.

On en voit les brillants résultats chez nos précurseurs, les pays anglo-saxons, Grande-Bretagne et États-Unis d'Amérique, dans le rail pour le premier, dans la santé pour le second, et on voit se creuser implacablement les écarts de richesse, avec un record brillant pour la France dans l'importance des sommes versées par les entreprises à leurs dirigeants géniaux (ils savent en effet très efficacement licencier) et aux actionnaires qui s'empressent de spéculer au lieu de réinvestir cet argent dans l'entreprise en question, aboutissant à une désindustrialisation du pays.

L'oligarchie des riches s'en tire bien avec sa transmission familiale, son ENA (4), la diminution de son ISF (5), les partenariats public-privé (Vinci, Bouygues et consorts).

Aux autres, déjà « sans dents » sous François Hollande, le non ou mal-logement, les ghettos pourris (démission du maire emblématique de Sevran et de celui d'Aubervilliers dans le 93), inégalités judiciaires avec les sanctions rapides et lourdes en comparution immédiate, et la réforme en cours de la Justice qui rendra aléatoire pour les pauvres le contact avec un juge, aux soignants la souffrance et la frustration de ne pouvoir faire son travail humainement, aux salariés la précarité, les exigences de rendement, la peur du chômage, la diminution de la surveillance sanitaire, les licenciements, le désespoir, les suicides. Aux jeunes, l'absence de perspectives, la surcharge des facs dans lesquelles l'État n'investit plus sous prétexte « d'indépendance », d'où un affaiblissement de la recherche publique, l'incertitude de leur orientation universitaire. Aux retraités, l'exigence de « solidarité » qui n'atteint bizarrement pas les très riches. Aux migrants, les flics, les destructions de tentes et d'effets personnels, les humiliations, les frontières qui n'existent que pour eux...
Au réchauffement climatique déjà engagé et irréversible, le capitalisme triomphant fait un grand bras d'honneur !

Mesdames, Messieurs, vous entrez dans le paradis ordo-libéral qui a absorbé les social-démocraties.

Que pouvons-nous faire ?

Refuser la fausse démocratie du vote n'est ni suffisant ni satisfaisant car on reste dans le système, le vote blanc n'étant toujours pas comptabilisé.

Faire la Révolution ? En 1789, la bourgeoisie a tout récupéré. En 1871, la magnifique tentative de la Commune de Paris s'est achevée dans le sang des massacres.
La Révolution bolchevique de 1917 a dégénéré en dictature et répression. Comme la Révolution maoïste. Une Révolution suscite immanquablement un Chef.
Il n'y a pas pu y avoir instauration de la République en Espagne en 1936. Et le souffle de mai 68 est retombé et ne renaîtra pas. Mais ce dernier a fait germer des idées de fantaisie, de libération des énergies singulières, de pas-de-côté.

Marx, dont la pensée reste toujours pertinente, n'avait pas pu prévoir l'individualisme forcené, le vertige de la société de consommation, véritable « opium du peuple » et l'abrutissement des masses sous les coups de boutoir du pouvoir concentré des médias visant à leur résignation.

Restent donc les initiatives locales anti-capitalistes qui rétablissent la solidarité, le partage, les « communs » (6), le retour à la Nature et les utopies.


On considère que la terre, l'eau, l'air, la planète, la santé, le corps, l'éducation, la science sont des biens communs que l'on doit préserver de la prédation du capitalisme financier.


L'outil de travail doit être structuré en coopérative, les échanges ne doivent pas donner lieu à l'enrichissement de certains au détriment des autres, les salaires les plus importants ne doivent pas excéder 5 fois les plus faibles, instaurant ainsi une égalité nouvelle. L'imagination, la compétence de chacun, la discussion peuvent se développer et l'espérance, le rêve, l'humain se réinstaller.
Et oui, monsieur Macron, le rêve de devenir milliardaire que vous voulez faire entrer dans le désir des jeunes pourrait apparaître un peu ringard...

Le maintien de la vie est à ce prix.

Chacun peut donc participer aux décisions, retrouver son importance, son utilité et sa dignité, la collectivité bénéficier de compétences autres que celles, bien formatées, des « sachants ». C'est la relocalisation de l'économie, la démocratie directe, la fin du dumping social, le ralentissement (slow down pour les macronophones), l'autogouvernement de Castoriadis.

C'est ce qui se fait au Chiapas, en Asie du Sud-Est pour préserver les semences, en Amérique du Sud avec Via Campesina et le rôle des femmes dans la défense de l'écologie et des peuples natifs, à Marinaleda en Espagne, à Saillans dans la Drôme, dans la SCOP TI de Géménos (7) et dans les ZAD, évidemment durement réprimées en France.

C'est ce qui préside à la remunicipalisation de l'eau que notre Communauté d'agglomération a sacrifiée à nos dépends, aux tentatives d'achat par les municipalités de terres péri-urbaines distraites aux promoteurs immobiliers et louées à bas prix à de jeunes agriculteurs en voie d'installation, afin d'assurer l'autonomie alimentaire, aux volontés d'indépendance énergétique (cf celle de l'île de Sein, bien entravée...), c'est le retour du désir d'activités choisies. C'est hors système.

Des réseaux citoyens se constituent avec initiatives-decroissantes.net par exemple et on trouvera dans Wikipedia de multiples références au chapitre « mouvements altermondialistes ».

Bien sûr, tous les problèmes juridiques et de pouvoir ne sont pas résolus, mais c'est une voie d'émancipation et de résistance en soi non-violente à l'ogre capitaliste, de résilience et d'espoir.

 

(1) TINA : There is no alternative (il n'y a pas d'alternative), qui a permis à Margaret Thatcher de gouverner d'une main de fer la Grande-Bretagne dans les années 1980 et d'instaurer une cruelle injustice sociale.
(2) EHPAD : Établissement d'hospitalisation pour personnes âgées dépendantes (maisons de retraite)
(3) ZAD : initialement zone d'aménagement différé a été transformé par les militants écologistes en « zone à défendre », la plus célèbre étant celle de Notre Dame des Landes.
(4) ENA :École nationale d'administration, passage obligé pour les dirigeants politiques issus de l'élite financière et bien souvent suivi par l'obtention de postes lucratifs de dirigeants du privé par cooptation.
(5) ISF : impôt de solidarité sur la fortune créé en 1982, transformé et allégé en 2018 et réduit à un impôt uniquement immobilier...
(6) communs : ressources partagées gérées collectivement par une communauté dans le souci de leurs préservations. Ils sont naturels (terre, eau, air), matériels (outils de travail), immatériels (logiciels libres, connaissances scientifiques). Voir le livre de Pierre Dardot et Christian Laval : « Communs. Essai sur la révolution du XXI° siècle ».
(7) SCOP TI : société coopérative des thés et infusions qui a repris l'usine Fralib de la marque Éléphant menacée de fermeture à Gémenos au terme de 1336 jours