Les festivités tauromachiques vont commencer avec la saison des férias et en particulier celle de Béziers. Trois français sur quatre sont favorables à la suppression des courses de taureaux avec mise à mort d'après un sondage de Midi Libre paru ce 19 juin 2018 et 95% des sondés considèrent que doivent être condamnés les actes de cruauté commis envers un animal.

Propos recueillis le 18 juin 2018 par Robert Martin

Depuis de nombreuses années, des associations luttent pour l'abolition de la corrida en France et en particulier ici à Béziers avec le COLBAC. Nous avons rencontré Robert Clavijo, membre de cette association. Il nous parle de souffrance animale certes mais également du traumatisme que ce spectacle peut provoquer chez les enfants. Voici un entretien exclusif réalisé pour En Vie à Béziers et Radio Pays d'Hérault.

Robert Martin : Robert Clavijo, bonjour, vous êtes membre du COLBAC, c'est quoi le COLBAC ?


Robert Clavijo: Bonjour, le COLBAC, Comité Biterrois pour l'abolition de la corrida comme son nom l'indique est une association purement biterroise qui a pour but l'abolition de la tauromachie à Béziers et dans tout le biterrois.


RM : On peut aborder le problème de la tauromachie et de la corrida sous des angles très différents, historique, culturel, voire artistique. J'aurai aimé qu'on parle de la souffrance animale parce que c'est dans l'air du temps, que cela touche d'autres activités que la corrida et que c'est aussi un aspect important de votre opposition à ces spectacles. Au moment où l'on refuse des caméras dans les abattoirs, ici les caméras sont braquées sur les arènes pour voir en direct, devant des milliers de spectateurs, des animaux se faire massacrer.

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RC : Alors, la souffrance animale dans une corrida est permanente. Je laisse de côté les chevaux qui sont souvent étripés, jetés à terre ou piétinés et cela arrive assez rarement. En revanche la souffrance des bovins est permanente. Elle commence avec les picadors, ces cavaliers armés d'une longue lance qui avec la pointe de leur lance creuse dans l'échine de l'animal des trous dont la profondeur excède toujours 10 cm. Et cela tout contre la colonne vertébrale, organe extrêmement sensible comme vous le rappelle parfois les crises de sciatique. Après l'épreuve des picadors, l'animal gravement blessé et affaibli par l'hémorragie risque de ne plus se battre à la grande déception du public qui a payé et qui en veut pour son argent. Voilà pourquoi, après le supplice de la pique, succède le supplice des banderilles. Les banderilles sont des harpons à manche de bois. Pourquoi des harpons ? Pour que l'arme une fois enfoncée dans la chair ne puisse pas s'en détacher et tomber à terre. L'animal reçoit 6 banderilles par paire soit 3 paires de banderilles. A chaque mouvement de l'animal, chaque manche se balance et remue chaque fer, dans chaque plaie. Il est facile d'imaginer la torture que cela représente et elle est permanente. Le but c'est que l'animal, affaibli par les blessures et par l'hémorragie, mais rendu furieux par cette torture des banderilles, retrouve de l'énergie et se jette sur ses tortionnaires et se batte jusqu'à l'extrême limite de ses forces.

 

Un des plus beaux spectacles qui soit au monde ?
Je ne comprends alors rien à la beauté.

 

RM : Après ces deux séances de torture, que se passe-t-il ?


RC : Quand l'animal est totalement épuisé, il est alors mûr pour la mise à mort. La mise à mort à l'épée d'abord au poignard ensuite. Le tueur, le matador, car en espagnol matador signifie tueur, plonge son épée dans le dos de l'animal, toujours dans le dos, déjà martyrisé par les piques et les banderilles. Étant donné que l'homme n'est pas beaucoup plus grand que l'animal, il ne peut pas plonger son épée verticalement, il ne peut la plonger que sous un angle d'environ 45° et donc la lame n'atteint jamais le cœur. La mort n'est jamais foudroyante. Dans le meilleur des cas, le matador atteint de gros vaisseaux sanguins, tout près du cœur, et déclenche donc une hémorragie interne qui entraîne la mort en quelques minutes. En général, le plus souvent, l'arme ne pénètre qu'à moitié ou ne pénètre pas au bon endroit, sur les flancs par exemple et ressort entre les côtes. Il faut arracher l'épée de la blessure et recommencer l'estocade. Cela peut se faire 2 fois, 3 fois, 4 fois quelquefois davantage. Parfois l'épée transperce un poumon et dans ce cas l'animal vomit son sang et meurt paradoxalement noyé dans son propre sang comme s'il était immergé dans la mer. Lorsqu'enfin l'animal s'écroule sur le sol, à bout de forces, des coups de grâce lui sont donnés au poignard dans la nuque. Dans le meilleur des cas, un seul coup de poignard bien placé tranche la moelle épinière entre deux vertèbres. Le 18 octobre 1998, lors d'une novillada à Béziers, avec Sébastien Castella, son puntillero a donné 30 coups de poignards à la nuque pour mettre à mort le novillo de Sébastien Castella. Quand par mégarde vous marchez sur la queue d'un chien, il pousse un hurlement, malheureusement pour lui un taureau ne crie jamais sa souffrance dans une arène, il reste silencieux, il n'exprime pas de manière visible sa souffrance et par conséquent les spectateurs peuvent oublier qu'il souffre. Cette série de supplices nous est présentée comme est un des plus beaux spectacles qui soit au monde, manifestement moi je ne comprends rien à la beauté.


RM : C'est bien le problème. Ce que vous nous décrivez se fait publiquement, devant des centaines de gens enthousiastes qui applaudissent, qui ont payé d'ailleurs pour voir et qui quelquefois en redemandent. Ils applaudissent qui en fait, le taureau et sa bravoure ou le tueur et son courage ?

 

56Clavijo3RC : Il peut arriver que les applaudissements s'adressent à l'animal lorsqu'il a montré des qualités tout à fait exceptionnelles. A la limite, dans ce cas, l'animal peut bénéficier de la grâce, on lui accorde la vie. Il est alors soigné, plus ou moins bien et s'il survit à ses blessures, il finit sa vie comme étalon. Mais le plus souvent c'est au tortionnaire, au tueur que les applaudissements s'adressent. On distingue deux types de public dans les corridas traditionnellement les toristes et les toreristes. Les toreristes sont de loin les plus nombreux, ils viennent aux arènes non pas pour admirer la force, la bravoure ou la vigueur d'un taureau mais pour admirer la prestation prétendument artistique des matadors. C'est l'immense majorité des cas. Quelques arènes sont réputées pour privilégier le taureau par rapport au matador. On les appelle des arènes "toristes", Vic-Fezensac par exemple ou encore Céret mais ces arènes sont extrêmement minoritaires.

 

 

 

La corrida est totalement pervertissante pour le jeune public

 

RM : Ces spectacles sanglants sont-ils interdits comme certains films au cinéma aux enfants ?


RC : Non en effet. Sur ce sujet je voudrais commencer par une comparaison. Lorsqu'un film télévisé comporte des scènes de violence, une signalétique sur l'écran indique que cette émission est impropre au jeune public. Il est évident en effet que les scènes cruelles sont nuisibles aux enfants. Mais les organisateurs de corridas n'ont aucun scrupule, eux, à accueillir dans l'arène tous les enfants, sans aucune restriction. Et pourtant l'impact psychologique d'une corrida est bien plus redoutable que celui d'un film de violence. En effet, dans un film, les coups, le sang, les blessures, les meurtres sont du cinéma, de la fiction et non des réalités et même les enfants savent que c'est du cinéma "C'est pas pour de vrai" comme ils disent dans leur langage. En revanche, dans l'arène, les coups, les blessures, la mort sont tout à fait réels et n'ont rien de fictif et le sang n'est pas de l'encre rouge ou du mercurochrome. Par conséquent comme dans l'arène la souffrance, les blessures, la mort sont tout à fait réels, normalement ils sont beaucoup plus émouvants et donc bien plus ravageurs qu'un film à la télévision. D'autre part, dans un film les crimes sont commis par des individus toujours antipathiques qui sont, à la fin de l'histoire, vaincus et punis par un héros justicier. C'est le policier, c'est Zorro ou d'autres héros. C'est donc ce héros justicier qui est sympathique, admiré et c'est à lui que le jeune public notamment s'identifie. Dans la corrida, c'est exactement le contraire. C'est le torero tortionnaire, le torero tueur, le torero bourreau qui est le héros du spectacle qui est applaudi et qui attire l'admiration du public. Par conséquent, on propose au jeune public comme héros, un tortionnaire et un tueur. Voilà pourquoi contrairement aux films qui même violents ont toujours un aspect moralisateur, la corrida est totalement pervertissante pour le public en général et les jeunes en particulier.


RM : Sans parler des écoles de tauromachie !


RC : A fortiori, il faut s'élever contre les écoles de tauromachie où on apprend à des enfants à torturer, à harponner, à banderiller et à tuer à l'arme blanche, à l'épée et au poignard. C'est le cas à Béziers puisqu'il existe une école taurine. La chose est d'autant plus scandaleuse que les écoles de tauromachie sont entièrement financées par le contribuable.


RM : COLBAC est donc une association qui doit mener des actions contre la corrida. On rentre dans une période estivale dans le Sud de la France, et dans de nombreuses villes comme à Béziers sont organisées des férias avec bien souvent des corridas. Dans la région, certains villages organisent même de petites corridas, je pense à Boujan sur Libron.


RC : Boujan détient un triste record. Béziers organise chaque année qu'une seule féria, Nîmes, capitale de la tauromachie et Arles, autre capitale de la tauromachie n'organisent chacune que 2 férias par an, tandis que le petit village de Boujan s'enorgueillit d'organiser 3 férias par an, c'est un record de France. Donc trois occasions par an d'organiser la souffrance, la torture et la mort. Alors que va faire le Colbac cet été ? L'été est bien sûr la saison où nous sommes le plus actif. Cette année, la féria de Béziers fête son cinquantenaire. En effet la première féria de Béziers date de 1968. Les organisateurs veulent donner à cette féria 2018 un éclat particulier. Le Colbac entend apporter sa contribution à ce cinquantenaire en organisant des actions qu'il n'organise pas le reste du temps. Mais on m'a demandé de garder encore le secret. Le détail de cette contribution vous sera donné en temps utile.


RM : Robert Clavijo, merci et bon courage pour votre combat.


RC : Merci pour votre accueil