50 ans de démocratie directe !

Sous le R.N. . . La plage : épisode 30. Cette rubrique rend compte d’expériences alternatives qui rompent avec le dogme libéral et qui restent à des années lumière du dogme nationaliste... Pour ce numéro 30 d’EVAB nous partons à Copenhague découvrir une ville dans la ville: la ville libre de Christiana.

Par Didier

Loin des clichés sur la vente libre de cannabis, la ville libre de Christiana est un concentré des formes de démocratie directe dans le monde. La seule différence c’est qu’à Christiana la démocratie directe se pratique depuis 50 ans. En plein cœur de Copenhague un long mur d’enceinte sépare symboliquement deux mondes juxtaposés : la capitale Danoise et la ville libre de Christiana. Côté Christiana, pas de lampadaires, de néons, de panneaux publicitaires, de rocades et de voitures... mais des rues pavées, des chemins de terre, des vélos et des piétons le tout sur une surface de 34 hectares pour enchanter 900 habitants. 

L’histoire de Christiana débute en 1971 lorsqu’un groupe de militants abat une palissade pour occuper une caserne désaffectée. Ils veulent y ouvrir un terrain de jeux et un espace vert. L’armée expulse les militants qui reviennent chaque fois plus nombreux. Finalement les habitants de Christianshavn, le quartier où a eu lieu les affrontements, obtiennent leurs terrains de jeux et espaces verts et réhabilitent l’ancienne caserne. 


En 1972, la ville libre est officiellement considérée comme une "expérience sociale" le ministère de la défense propriétaire des lieux et les occupants signent un accord en dix points. Cet accord sera sans cesse remis en cause par les différents gouvernements danois et municipalités qui veulent pouvoir faire de la spéculation immobilière. Christiana est alors défendue avec une rare intelligence politique qui mêle rapport de force permanent, happening, manifestations politiques et musicales, mobilisation large dans le quartier et dans Copenhague.


En 1976 un gouvernement conservateur veut faire évacuer Christiana. La ville libre répond par des mobilisations et des actions en justice. Depuis lors, les tentatives de normalisation sont constantes. Elles visent à reprendre les terrains immobiliers pour spéculer et éradiquer l’expérience sociale en cours. Car à Christiana le droit d’usage de l’immobilier est collectif. Il n’y a pas de propriété privée, il n’y a pas de transaction liée à l’immobilier. Aucun bâtiment ne peut être loué ou vendu par des particuliers et l’ensemble des logements est géré par la communauté. A Christiana, chaque habitant adulte paie la même somme mensuelle sans lien avec la superficie ou le confort de son habitation. Chaque résident paie sa propre consommation d’eau et d’électricité. Ceux qui déménagent n’ont aucun droit: ni en termes financiers, ni au regard de ceux qui ont investi les lieux.

C’est la communauté qui décide.

Christiana est divisé en 14 quartiers aux noms évocateurs : pissenlit, caramel bleu, voie lactée, pagode, école de fakir. . .Pendant quelques années la ville libre a été gérée par une seule assemblée plénière. Depuis lors chaque quartier est autogéré par ses habitants. Si chaque quartier est libre de s’organiser tel qu’il l’entend, un point d’organisation est intangible : dans tous les quartiers les décisions sont prises au consensus et tout problème insoluble est renvoyé à la structure inter quartier, l’assemblée générale à laquelle tous les habitants sont conviés. Christiana c’est aussi un centre médical, un bureau d’aide sociale, des galeries d’arts, des salles de spectacles, des bars et restaurants, des garderies et jardins d’enfants... Au niveau économique Christiana frappe sa propre monnaie le LON qui sert pour payer les services internes. Une bourse commune existe au niveau de la ville libre. Elle est divisée en plusieurs caisses. Le budget de chaque caisse est décidé chaque année en assemblée générale. Chaque résident peut assister aux différents groupes de travail, la transparence est totale. Depuis 1990 le gouvernement Danois interdit de construire de nouveaux logements à Christiana, dans le but d’asphyxier la collectivité. Dans ce combat qui dure depuis près de 50 ans les habitants de Christiana ont prouvé que les modes d’organisations alternatifs peuvent durer sans se renier.

Cette persévérance rend l’expérience sociale de Christiana incontournable pour tous ceux qui pensent qu’un autre monde est possible.

 

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