« Quand le libéralisme est violemment rejeté, il peut être violemment imposé.»
Le philosophe Grégoire Chamayou avait déjà fait la généalogie du libéralisme autoritaire dans son livre, La société ingouvernable, aux éditions La fabrique en 2018. Dans son dernier ouvrage, Du libéralisme autoritaire aux éditions Zones, il met en parallèle deux ‘’textes ennemis’’ celui de Carl Schmitt et Hermann Heller. Ces deux textes illustrent de manière étrangement contemporaine l’affrontement dont nous sommes acteurs et spectateurs entre social et capital.

Dans un discours prononcé le 23 novembre 1932 devant le patronat allemand, Carl Schmitt qui n’est pas encore l’idéologue nazi qu’il va devenir, juge que l’état allemand plie sous le poids des exigences sociales. À cet état social, il oppose un état militaro-médiatique, guerrier et propagandiste, doté du nec plus ultra technologique en matière de répression des corps et de manipulation des esprits. Pour Chamayou ce que dit Schmitt aux patrons allemands c’est : « vous voulez libérer l’économie, en finir avec l’interventionnisme, avec une dépense publique excessive, les charges sociales, le droit du travail. . . C’est entendu ! Mais il faut bien vous rendre compte que pour obtenir cela, il va vous falloir autre chose qu’un État minimal et neutre. Tout au contraire il vous faudra un État fort, capable de museler les oppositions sociales et politiques.»

À propos du texte de Schmitt, Chamayou dit encore : « Les maux que d’autre théories économiques attribuent au capitalisme, Schmitt les attribue à l’État, mais sous l’État, à la démocratie, et sous la démocratie, aux classes laborieuses, aux syndicats et à leurs luttes.» Pour celui qui va devenir après l’accession au pouvoir d’Hitler en 1933 le juriste officiel du régime nazi, il faut donc écraser la lutte des classes sous un talon de fer. Dans les multiples aller-retour qu’il fait entre l’Allemagne de 1932 et notre situation actuelle, Chamayou indique : « Nous assistons à l’émergence ou à la réémergence de formes d’exercice du pouvoir d’État qui sont en même temps libérales en termes de programme économique et à des degrés divers autoritaires au plan politique.»

Pour clarifier si besoin était la situation actuelle il précise : « Il existe une version d’extrême-centre qui partage avec son prédécesseur des années 1930 la prétention d’être en capacité munie de ce genre de programme de barrer la route à l’extrême-droite. » Pour ceux et celles qui veulent profiter de la réouverture des librairies le livre (on pourrait même dire, les livres) de Chamayou sont à acheter et à offrir. Ils aident à comprendre les résistances permanentes qui sont à l’œuvre en France et partout dans le monde contre les logiques étatiques du moins-disant social. Le grand mérite de ces ouvrages est de replacer ces résistances dans une perspective historique qui donne du sens aux passages à l’acte gouvernementaux et aux déclarations des candidats à une présidence autoritaire comme Robert Ménard.

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