Cette interview d’Emmanuelle Jamme, responsable du groupe MACADAMM, a été réalisée le 18 novembre 2020 par Robert Martin lors de l’émission En vie à Béziers sur Radio pays d'Hérault. Les propos ont été transcrits par Emma.

Robert Martin (RM) : Bonjour Emmanuelle Jamme, vous faites partie du collectif MACADAMM, que signifie cette appellation et quel est son objectif ?

Emmanuelle Jamme (EJ) : Macadam veut dire Médiation Artistique et Culturelle auprès des Demandeurs d’Asile et Migrants du Monde. L’idée que nous défendons est que par l’art et la culture, on peut faire de la médiation avec toutes les personnes venant en France quelle que soit leur raison, même si au départ ce sont des demandeurs d’asile, les aider certes mais au final nous aider aussi à les accompagner, à les accueillir, à les rencontrer grâce à des activités culturelles et artistiques.

RM : Mais les demandeurs d’asile ont surtout des problèmes administratifs pour régulariser leur situation. Que vont leur apporter ces projets artistiques ?

EJ : Oui, c’est vrai dans la réalité et le contexte actuel mais, je pense que l’art est indispensable à la vie, est essentiel pour se construire et se reconstruire. La plupart des personnes qui sont accueillies, connaissent des traumatismes liés à l’exil. Ils ont quitté leur pays parce qu’ils en ont été obligés et l’art peut les aider à trouver et retrouver leur intégrité. Toutes ces activités artistiques, différentes des activités manuelles, posent des questionnements liés à l’art : quels choix je fais quand je pratique une activité artistique, quand je dessine quelque chose, quand je crée quelque chose, ces questionnements renvoient à un moi profond, ce qui, de ce fait, permet de se reconstruire.

RM : Vous vous adressez aux enfants et aux adultes ?

EJ : Principalement aux enfants mais nous avons déjà travaillé avec des adultes notamment lors de notre premier projet, mais en ce moment nous travaillons surtout avec des enfants. C’est un choix spécifique depuis un an, mais les adultes sont les bienvenus.

RM : Les demandeurs d’asile et les migrants sont principalement à la Cimade, c’est là que vous intervenez ?

EJ : Oui nous intervenons au Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile (CADA), géré par la Cimade depuis 2018.

RM : Quels sont les projets artistiques que vous avez mis en place ?

EJ : Si je reprends depuis le début, lorsque l’on est arrivé en 2018 avec Corinne Pagny, la personne qui a initié ce collectif et qui avait travaillé dans la jungle de Calais, nous avons commencé par des portraits d’enfants qui ont été collés sur les murs du Cada. Au fur et à mesure, d’autres enfants sont venus, ils ont commencé par dessiner, nous avons décoré les murs et ensuite ont été mis en place des ateliers artistiques. Parallèlement, nous avons emmené les enfants au MRAC de Sérignan (Musée Régional d’Art Contemporain) en travaillant avec une médiatrice spécialisée qui présentait l’exposition et proposait des ateliers de création.
En 2019, nous avons réalisé un projet « l’envol des oiseaux » destiné aux adultes et aux enfants. Il s’agissait de dessiner son propre oiseau, de le colorier, pour le voir s’envoler dans le cadre de l’installation générale mis en place dans la grande salle de la Cimade. Celle-ci devait participer au festival des peuples de mars 2019.

RM : Pourquoi les oiseaux ?

EJ : Parce qu’il y avait, à Genève, une sculptrice qui souhaitait proposer à l’ONU, une installation avec des oiseaux moulés en résine, en écho à ce projet, nous avons décidé de réaliser cet envol d’oiseaux, non en résine mais en papier. Effectivement, cette artiste avait choisi l’oiseau comme symbole de la migration, parce que l’oiseau rejoint l’universel, qu’il parle à chacun d’entre nous et qu’il résonne pour toute l’humanité. Cet oiseau, il traverse les pays, il n’a pas de frontière, il est libre, il se pose où il veut.

RM : L’oiseau, quel symbole pour les migrants ! Macadamm2

EJ : C’est effectivement très intéressant mais nous avons changé de point de vue pour le projet suivant. Ce projet intitulé « MIOCHES » est monté par Daniel Martin et Corinne Pagny, L’idée, cette fois ci, est que ce sont les enfants du Cada qui vont accueillir d’autres enfants de Béziers, dans leur propre lieu, tout en leur exposant leur travail et tout en les faisant participer à un projet qui parle d’autre chose que de la migration. Il s’agit de montrer que ces enfants ne sont pas que des migrants, en effet renvoyer toujours aux migrants leur image de migrants, ce n’est pas forcément quelque chose de positif. Par conséquent, nous avons décidé de travailler par thème et le premier choisi a été celui de l’eau. L’eau, c’est également un sujet universel, elle parcourt la terre…c’est un thème très vaste.
À l’automne 2019, ce projet a débuté dans l’objectif de participer une nouvelle fois au festival des peuples, mais en raison du confinement nous n’avons pu le présenter. Cependant, nous avons poursuivi ce projet avec les enfants sous une autre forme : cet été, enfants et parents et nous sommes allés au bord de la mer, nous avons dessiné, fait du land art, de même, au bord de la rivière à Cessenon, Roquebrun, nous avons rapporté des dessins, des photos des créations. Ce travail devait être exposé lors du festival annuel de la Cimade « Migrants’scène ». De nouveau, du fait du confinement, cette exposition n’a pu avoir lieu. Nous la ferons plus tard.

RM : Elle n’en sera que plus fourni si vous continuez à travailler ?

EJ : Exactement, à l’automne, une nouvelle personne nous a rejointe. Il s’agit d’Olivier Soulas qui a d’autres idées, notamment celle de monter un atelier « bandes dessinées » avec les enfants. Pour l’avenir, les enfants pensent traiter le thème de l’amour. En effet, ils en ont déjà parlé avec Laurence Kirch, réalisatrice qui a organisé des ateliers video avec eux : Ils ont réalisé et monté des films, ils se sont filmé. Cela donne une production formidable.

RM : L’eau, l’amour, thèmes fantastiques qui symbolisent et la liberté et la fraternité.
Merci Emmanuelle Jamme, je rappelle que vous intervenez au sein du collectif d’artistes Macadamm, auprès des personnes du Cada géré par la Cimade. Bravo pour le travail et bon courage pour la suite.

 

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