Le dessinateur Aurel qui travaille avec Politis, Le Monde et le Canard Enchaîné vient de réaliser son premier long métrage animé : « Josep ».

Ce film raconte l’histoire romancée de Josep Bartoli, dessinateur, militant et combattant de la République Espagnole. Actuellement projeté en salle, ce film était sélectionné au festival de Cannes 2020.Dans une sorte d’allégorie les premières images du film montrent trois combattants républicains qui passent blessés, frigorifiés, en guenilles, la frontière française dans la nuit et dans le froid. Ils sont menacés par un loup qu’ils réussissent, dans un élan de vie, à faire partir. L’un d’entre eux a combattu aux côtés des brigades internationales, l’autre des anarchistes, celui qui va devenir le héros du film a combattu avec le POUM.
Leurs engagements sont différents mais leurs destins sont les mêmes. Sitôt arrivés en France ces combattants sont désarmés et dirigés vers ce qui va devenir un camp de concentration sur les plages d’Argelès-sur-mer.
En route vers le camp, le combattant Français des brigades internationales apostrophe un bourgeois cossu, il lui demande s’il pense qu’Hitler et Mussolini vont s’arrêter là. Pour toute réponse le bourgeois dédaigneux toise le soldat en guenilles et fait volontairement tomber le combattant. Nous sommes en mars 1939 quelques mois plus tard, Hitler et Mussolini déclarent la guerre à la France.
Le reste du film alterne entre des lueurs d’espoir et le poids de la défaite. Fondamentalement c’est le poids de la défaite et son cortège d’humiliations qui font la trame de ce film. L’espoir est mince, ténu, mais il maintient en vie.
Aurel le dessinateur / réalisateur reste en cela fidèle à l’œuvre du dessinateur Josep Bartoli. On n’oublie pas les dessins de Bartoli. C’est sûrement parce qu’il a connu l’horreur de la défaite qu’il l’a si bien dessiné. Les dessins de Bartoli sont un voyage dans les limites de la folie et de la mort. On voit dans ses dessins des civils décharnés, des militaires mutilés, des routes surpeuplées bombardées par l’aviation de Franco, Hitler et Mussolini.
Après avoir montré l’horreur de la guerre et de la défaite, Bartoli va montrer dans ses dessins l’horreur des camps de concentration français. Il va montrer la promiscuité, la maladie, la mort, la survie à même le sable, un horizon coincé entre la mer et les barbelés. Les gardiens sont croqués avec des visages de porc.
Les dessins de Bartoli sont d’une rare puissance, celle de ceux qui ont vécu dans leur chair ce qu’ils dessinent. En mettant à distance le dessin devient aussi une arme qui transmet aux générations suivantes une mémoire. Celle de ceux qui ont combattu la bête immonde.
C’est là aussi le tour de force de ce film. Faire un travail de mémoire. Et de la mémoire il y en a bien besoin au moment où comme les combattants républicains Espagnols coincés entre les fascismes de Franco, Hitler et Mussolini, nous nous retrouvons coincés entre les fascismes de l’extrême droite et les fascismes religieux ; au moment où les héritiers de la France de Vichy prétendent nous protéger des fous de dieu coupeurs de têtes. Ce film est une piqure de rappel qui nous dit une chose : la défaite n’épargne personne : ni les civils, ni les combattants.
Le fait de combattre n’est pas une garantie de victoire, mais c’est une garantie de survie : morale, physique et psychique.

 

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