À partir de novembre 2018, des manifestations citoyennes voient le jour face aux inégalités, aux injustices sociales de plus en plus nombreuses et sont l’objet de répressions de plus en plus violentes.
David Dufresne, le réalisateur, signe avec « Un pays qui se tient sage » son premier long métrage, illustré par des images de manifestants et de journalistes indépendants. Il fait intervenir des personnalités des mouvements sociaux notamment des gilets jaunes, des intellectuels et des policiers afin d’interroger et de nous interpeler sur la légitimité de l’usage de la force par l’État.

Autour de nous, le film était visible à Montpellier, Sète et Bédarieux où notre choix s’est porté un dimanche d’Octobre. Ce film documentaire, je l’attendais, quelle impatience de le voir. Seulement, 8 mois sont passés depuis la dernière manifestation, 8 mois d’assignation à résidence où la mémoire oublie, occulte certains moments de vie.

Durant la projection, je sens ce malaise en moi qui grandit. Les analyses sont tellement justes et pertinentes, mais les images et les souvenirs affluent, une succession de samedis où la rue est devenue notre deuxième maison.
Oui, on y croyait tellement fort à ce changement de société, la peur au ventre mais nous étions au rendez-vous malgré tous les gazages qui comprimaient nos poumons, ces jets de flashballs, ces nasses dont on ne pouvait s’échapper, tous les week-ends on revenait.
Sortie de salle, la mémoire est revenue et c’est violent. J’ai presque l’odeur du lacrymo dans le nez et je revois tout ce sang, dans les rues de Montpellier, Toulouse ou Paris toujours, partout, ce sang versé sur le goudron, dans mon imaginaire ce sont des scènes de guerre mais mon esprit délire, on est en France !
Malgré les peurs, les blessures, l’usure, on y retourne, on s’entraide, on a un but commun et mieux encore on est solidaires. Dans nos discussions enflammées, on touche presque du bout des doigts les contours de cette nouvelle société où l’humain prévaut sur tout.
C’était sans compter sur les forces de l’ordre, les gardiens de la PAIX qui ont été le rempart entre le gouvernement et la rue. Ils ont choisi leur camp : 2500 blessés, 24 éborgnés, 5 mains arrachées…
Un pays qui se tient sage doit être vu, partout, par tous, pour ne pas oublier, pour prendre conscience et ne pas fermer les yeux sur ce qui s’est passé et surtout pour montrer que nous, peuple désarmé, avons une arme, une seule : les images.

Par Vir KG

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