Qu’on se le dise : ce n’est toujours pas au maire actuel qu’on doit la continuité de la rénovation du cœur de ville, ni celui du quartier de la Devèze. Nous évoquions le PNRQAD (1) dans la 1ère partie de Façadisme (se reporter au journal web sur envieabeziers.info), dont la rénovation de la place des Chaudronniers et l’aménagement de l’esplanade Rosa Parks, sont des exemples. Ce programme s’est poursuivi et a abouti à un vaste programme national de rénovation des quartiers dits prioritaires, le PNRU puis le NPNRU (2), qui portent sur ces deux quartiers à Béziers.


Le NPNRU dont Emmanuel Macron a doublé le montant, passant de 5 à 10 milliards, est financé par Action Logement, le descendant du 1% patronal pour 7 milliards, 1 milliard par l’État et 2 milliards par les bailleurs sociaux. Le groupe Action Logement, dont le nouveau président est Joël Chéritel, membre actif du Medef, président du Medef Bretagne, est tout à fait gagnant en la matière : 60% seront distribués à l’ANRU (3) et 40% sous forme de prêts bonifiés aux offices HLM. En outre en contrepartie Action Logement recevra 1,4 millions de m2 de terrains ou droits à construire cédés pour 1 euro symbolique et 32 700 logements sociaux réservés dans et hors ANRU (4).
Pour Béziers, la convention pluriannuelle 2019-2024 a été signée le 27 février 2019 entre les différents partenaires pour un montant de 147 millions d’euros. L’agglomération participe à hauteur de 11 millions, la ville de 6,8 millions. L’investissement de la ville porte sur la reconstruction de l’école des Oliviers (3,5 M), sur des aménagements urbains (1,8 M) et sur la construction de la nouvelle salle ASB Gym (800 000 euros) dans le quartier de la Devèze (5). L’incendie criminel la nuit d’Halloween de l’école des Tamaris, située dans le même quartier, et le coût de sa reconstruction risquent de perturber ce budget et d’obliger la municipalité à investir davantage dans les écoles que le maire actuel ne l’a fait jusqu’à présent.
L’objectif de ce programme, outre qu’il permet de nourrir la filière du bâtiment, est comme nous le dénoncions déjà dans le 1er volet, de gentrifier ces quartiers dits prioritaires. Il ne s’agit pas d’offrir la possibilité aux habitants de vivre une vie meilleure en développant l’emploi et l’action sociale, mais de vider ces quartiers d’une population déclassée considérée comme responsable de la dégradation et de la disséminer ailleurs. Le maire allait tout à fait dans ce sens quand il a fait voter la fin des subventions allouées au centre social Arc-en-ciel dont l’action était reconnue à la Devèze. À lire de près le protocole de préfiguration de cette convention qui date du 24 février 2017 (6), le but est de détruire des logements sociaux ( Les fameuses barres de HLM ) pour les remplacer par de l’habitat résidentiel pour ce qui est de la Devèze et favoriser l’implantation massive de propriétaires occupants pour le cœur de ville. D’un côté un quartier de classe moyenne, de l’autre de classe moyenne supérieure. 581 logements sociaux vont ainsi être détruits à la Devèze avec pour règle de ne pas les remplacer. Seules exceptions à cette règle : la construction de la Villa Rosa (60 logements sociaux) et les Jardins d’Athéna (68 logements sociaux réservés en partie aux seniors) (7). Mais si ce programme est très précis sur la question des démolitions et des reconstructions ou rénovations résidentielles, il l’est beaucoup moins sur le relogement et la nouvelle implantation des populations concernées, donc les plus défavorisées par le système économique libéral actuel. On peut imaginer qu’en dehors de quelques dizaines d’habitants qui bénéficieront des quelques logement sociaux construits dans Béziers, c’est vers la périphérie de la ville que ces démolitions les poussent.
Si on résume, d’un côté des enjeux financiers énormes qui intéressent grandement le patronat et le secteur du bâtiment. On ne peut s’empêcher de penser que ces enjeux ne sont pas localement sans lien avec le meurtre de Murat Arikan en août 2019 et plus récemment une alerte à l’engin explosif dans la boîte aux lettres d’un autre membre de cette même famille. La famille Arikan, entrepreneurs du bâtiment, implantée depuis une vingtaine d’années dans le biterrois, a largement profité de ces plans d’aménagement sous la municipalité de Couderc comme celle de Ménard, puisque c’est leur holding, A et F construction, dont le chiffre d’affaires s’élève à 12 millions d’euros, qui a aménagé l’esplanade Rosa Parks et a construit le marché couvert. C’est aussi aux frères Arikan que le conseil municipal a vendu sans passer par un appel d’offres un terrain sur lequel vont être construits les logements sociaux de la villa Rosa (8). 
De l’autre côté une population reléguée, largement brocardée par la municipalité, qui n’a plus sa place dans le tissu économique, mais pas plus dans le tissu social et urbain. On ne s’étonnera pas alors que l’insécurité sociale entraîne des actes criminels comme celui de l’incendie symbolique d’une école. On nous rétorquera que c’est du bon sentiment. On répondra que c’est du pragmatisme.
Dans tous les cas ces faits divers révèlent l’envers du décor de ces rénovations de façade.

Sources et notes:

(1) Programme National de Requalification des Anciens Quartiers Dégradés
(2) (Nouveau) Programme Nationale de Renouvellement Urbain
(3) Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine
(4) https://www.banquedesterritoires.fr/lanru-action-logement-et-letat-fixent-dans-leur-nouvelle-convention-le-financement-du-npnru
(5) « Rénovation urbaine : un lifting à 147 millions d’euros pour le centre-ville de Béziers et la Devèze », Fiona Urbain, Ecom News, 27 février 2019.
(6) Protocole de préfiguration des projets de renouvellement urbain co-financé par l’ANRU. Février 2017.  
(7) Dossier de presse de l’agglomération Béziers Méditerranée « le renouvellement urbain à la Devèze ». Mars 2019
(8) « Immobilier à Béziers : on prend les mêmes et on continue. », Emmanuelle Boillot, Midi Libre, 31 mars 2016.

 

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