Petite histoire de la cohérence des attitudes du maire de Béziers vis-à-vis de l'incinérateur de boues et de graisses d'égouts sur la station d'épuration dans la plaine St Pierre, aux portes de Béziers.

Quelques mots de contextualisation : depuis la construction des égouts au 19ème siècle, leur contenu, constitué presque exclusivement de matières organiques dans l'eau, était épandu comme fertilisant sur les terrains agricoles autour des villes. Avec l'industrialisation galopante, les rejets ont été progressivement contaminés par des polluants chimiques, dont des métaux lourds. Ces derniers sont rejetés par les industriels. Les premiers (100 000 substances chimiques sont mis à disposition des industriels et des ménages) se retrouvent dans les égouts, soit que l'industriel n'ait pas satisfait à son obligation de dépolluer les eaux qu'il rejette (vous savez, le principe de responsabilité environnementale, ou le "pollueur-payeur" dont on connaît le degré de non-application, soit que les bricoleurs vident éhontément dans leur cuvette de WC le fond de peinture, de solvant, d'huile..., car, quand on a tiré la chasse, tout a disparu, voili-voilà !

Les effluents pluviaux et d'égouts se sont ainsi rapidement chargés de substances indésirables en épandage agricole. Ils sont donc refusés.

Qu'en faire ?

Travailler en amont au contrôle des activités des industriels ? Que nenni ; ça pourrait, selon la doctrine européo-macroniste ultra-libérale, nuire à la Rentabilité et à la Compétitivité qui sont les deux mamelles d'une start-up nation ! Les dérogations et exemptions fleurissent à la CABM, entre autres, par crainte de la funeste Désindustrialisation.

Travailler à l'information du public sur la composition et la dangerosité pour lui et l'environnement des produits miraculeux que leur fait miroiter la publicité ? Seules les associations de consommateurs essaient tant bien que mal de les aider dans leurs choix s'ils le veulent...

En 2013, le Roi de Béziers et de l'Agglo, Raymond Couderc, envisage l'incinération des eaux pluviales et graisses d'égouts.
L'enquête publique, toujours aussi discrète, début 2014, alerte riverains et associations environnementales.
La campagne municipale battant son plein, les 4 candidats, E.Aboud, A.Couquet, JM.Duplaa, et R.Ménard, jurent leur hostilité entière au projet d'incinération de l'Agglomération.

Cela ne les empêchera pas, au conseil communautaire, de voter "pour" comme un seul homme.
Robert Ménard, élu maire, fulminera dans pas moins de deux numéros du JDB contre cet incinérateur, avec, pour une fois, des arguments censés, industriels, économiques et sanitaires. On est tous derrière lui dans son vaillant combat.
Car c'est vrai, suite à l'Appel de Paris de 2006 (des médecins et environnementalistes attirent l'attention sur les risques industriels), 68 experts élaborent sous l'égide de l'UNESCO, un Mémorandum dont la mesure M130 appelle à interdire l'incinération des boues et graisses d'égouts. C'est idiot (brûler de l'eau), cher (3 fois plus que l'épandage) et risqué sanitairement car nul ne sait (surtout pas en l'occurrence la CABM) ce qui sort de la haute cheminée comme produits, cocktails d'éléments, et leur devenir lors du refroidissement progressif après sortie du conduit de fumées. Compte tenu du Mémorandum précité, on pourrait au moins reconnaître l'ignorance et appliquer le principe de précaution qui reste constitutionnel.

Confiants dans les discours guerriers de Robert Ménard, on tombe de la chaise en apprenant que, finalement, après l'arrêté favorable du Préfet (favorable à l'industriel comme d'habitude), le permis de construire a été accordé par Ménard Robert !

Interrogé sur ses revirements, il affirmera que ça s'est fait à la faveur d'une minute d'inattention, et qu'il va déclencher une enquête - sic -.
D'enquête, à ce jour, 3 ans plus tard, point ! L'incinérateur, lui, fabriqué par Degrémont, filière de notre mère la Lyonnaise, tiens donc, ne nous coûtera que 8 millions € et tout le monde n'y aura pas perdu.

À Béziers, on peut compter sur les tonitruants engagements du maire et sa cohérence pour nous défendre !

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