16 avril. Très révélateur de ce qui se passe à Béziers en matière de presse. L’édito du Midi Libre qui pourtant « n’a pas l’habitude de révéler les multiples post Facebook auxquels se livre la ville sur sa page lorsqu’un article a exprimé un point de vue dissonant du sien », raconte quand même les méthodes employées habituellement par cette municipalité d’extrême droite.

« Le procédé est simple et consiste (via les militants soutenant le maire) à livrer à la vindicte populaire les méchants journalistes, pour un lynchage public en bonne et due forme tel qu’il se pratiquait au Moyen-Âge ». Et l’édito poursuit : « Pour une fois cependant, on tient à remettre les pendules à l’heure. Sur Facebook, la ville nous reprochait d’avoir dit que sur la place David d’Angers, le sort des arbres allait être scellé » et précise que cette information, publiée le 22 mars, sur l’abattage des arbres de cette place, avait été donnée par les services municipaux. Cela dit, le Midi Libre raconte encore que « dans le dernier numéro du JDB, l’organe de communication de Robert Ménard, daté du 15 avril », l’état de ces arbres « implantés actuellement sur le pourtour de la place nécessite leur remplacement ». L’éditorial du Midi Libre peut alors affirmer que « de temps en temps, il n’est pas inutile de se défendre et de rétablir au passage la réalité et sa crédibilité. Précisons que le cabinet du maire s’est excusé. Le mal était fait ». Aux dernières nouvelles, l’annonce de l’abattage de ces arbres a suscité tellement de réactions que le maire a décidé d’abandonner cette décision.

17 avril. Interview de Robert Ménard dans l’Express où l’on apprend qu’il ne croit plus à la candidature d’Eric Zemmour pour les élections présidentielles. En revanche, il pense maintenant que « Marine Le Pen fait dans les sondages des scores jamais égalés. Elle a plus de chance qu’elle n’en a jamais eu. Elle est à présent la seule candidate crédible face à M. Macron ». Un changement d’attitude par rapport à son analyse de l’année dernière : « Marine Le Pen est la garantie, l’assurance vie de M. Macron. Elle va perdre. Je ne veux pas de ça ». Sinon, il aime toujours Renaud Camus auteur du concept du « grand remplacement ». Il est aussi partisan d’une nationalité à points que l’on peut perdre avec une période d’essai de 10 ans. Cette nationalité serait refusée aux femmes qui portent le voile… À part ça, il refuse l’étiquette d’extrême droite mais plutôt « divers droite ». Ce qui fait dire à certains « s’il est divers droite, alors Marine le Pen se situe au centre gauche ? »


18 avril. Le Parisien publie des extraits du carnet de celle qui avait le projet d’attentat contre une église de Béziers, Leila B. Le journal explique que la jeune femme, troisième enfant d'une fratrie de cinq, passait ses journées recluse dans sa chambre depuis son renvoi du lycée. Personne n'avait le droit d'en franchir le seuil. On sait également qu’elle regardait souvent des vidéos de fusillades aux États-Unis ou de décapitations de Daech. « J’aime bien voir les gens se faire décapiter, la personne qui souffre, celui qui coupe la tête, la mort » avouera-t-elle d'ailleurs pendant sa garde à vue. Dans son carnet, on y découvre aussi qu’elle était fascinée autant par le nazisme que par le djihadisme. Parmi d’autres éléments découverts à l'intérieur du carnet, un plan détaillé de son ancien lycée à Béziers avec le dessin d'un revolver et ce commentaire qui fait froid dans le dos : « Vers 9-10 heures, je vais buter un de mes voisins puis décider si je bute 3 autres voisins (...) Après je vais au lycée et je commence le massacre. Je vais buter tous les gens sur mon chemin », détaille-t-elle avec froideur. Elle avait aussi dessiné le schéma de l’église située à proximité de chez elle et décidé de s’attaquer à des fidèles pendant le week-end de Pâques. Dans les colonnes du Parisien, on évoque aussi le contact avec un homme disant se trouver en Turquie qui « voulait attaquer une église ou une synagogue avec des armes… ». Aujourd’hui, Leila B. est mise en examen et placée sous mandat de dépôt. À noter que l’ancien juge anti-terroriste Marc Trévidic a livré son point de vue sur ce terrorisme individuel lié aux réseaux sociaux. On pourrait croire qu’il répond directement à Robert Ménard : « Si un État s’en prend de façon indifférenciée à la population musulmane, il est plus facile pour l’idéologie qui dit que l’État est islamophobe de perdurer. Pour lutter, il faut se garder de faire toute islamophobie. Il ne faut pas rentrer dans le piège qu’ils nous tendent de façon éhontée. La politique de drones des États-Unis en Afghanistan et au Pakistan a créé beaucoup d’émules. » Il ajoute : « C’est le problème du discours ultra-sécuritaire : ce qu’il propose a une efficacité nulle. On va mettre tout le monde en centre de rétention administrative, et peu importe que cela crée du terrorisme ? Qui est laxiste ? Pour moi, c’est celui qui a un discours politiquement dur, tout en sachant que ce qu’il va faire sera désastreux au niveau du résultat. Les gens radicalisés, surtout les jeunes, sont des gens très fragiles. Ils peuvent passer du côté de la violence assez facilement, c’est du lait sur le feu. D’où l’importance d’y aller intelligemment dans la réponse » Et d’expliquer que les moyens depuis 2015 ont été renforcés : « On a des services très bien dotés aujourd’hui. Le problème sera de garder ces moyens ».

19 avril. On ne connait toujours pas la liste des candidats de l’extrême droite pour les élections départementales, en revanche on sait maintenant que le RN voudrait faire « tomber Mesquida » (PS) pour prendre sa place. C’est Gilles Ardinat qui l’a annoncé clairement en expliquant que le RN aurait des candidats estampillés RN ou soutiendrait des listes dans les 25 cantons du département. Le RN laisserait toutefois à Robert Ménard la composition des binômes dans les 3 cantons que les extrémistes avaient gagnés en 2015 autour de Béziers.

20 avril. Les caméras de surveillance en très grand nombre à Béziers n’ont pas vraiment fait diminuer la délinquance. Autour de la place Garibaldi, certains habitants ne perçoivent pas de changement. Pourtant le Centre Opération et Surveillance (COS) de la police municipale, qui se trouve sur cette place et surveille 24H sur 24 toute la ville, pose des problèmes de stationnement aux riverains et commerçants. En effet, devant ce COS, des places sont réservées aux véhicules des policiers, mais en plus les policiers stationnent leurs voitures privées toute la journée dans cette zone bleue où le stationnement est limité à 20 minutes. Au final, tout le monde râle car les commerçants et leurs clients sont obligés de se garer souvent en double file et sont donc souvent verbalisés.

21 avril. Cela ne vous rappelle rien ? Romain Lopez, le maire RN de Moissac (Tarn-et-Garonne), copie Robert Ménard en s'attaquant au linge suspendu aux fenêtres. En effet, pour ce maire d’extrême droite, « le linge pendu aux fenêtres constitue une pollution visuelle. À Moissac, il n’est pas dans nos mœurs d’étendre ses draps et ses culottes aux fenêtres. Cet arrêté, qui sera scrupuleusement appliqué par nos agents de police, rappelle à ceux qui s’en moquent que nous avons des coutumes et des règles d’hygiène à respecter ». Les contrevenants s’exposent ainsi à une amende de 38 €.

22 avril. Décidément, la maire de Béziers doit être obsédé par l’ordre. Une nouvelle affiche au titre évocateur « Wanted » vient de nous rappeler les interdictions qui ont cours dans « sa » ville. Déjection canine et détritus, 68 euros. Dépôt sauvage jusqu’à 1500 et tags et graffitis jusqu’à 3750 euros… En revanche, une autre affiche, limite dangereuse, est apparue incitant le passant à « boire des canons » pour sauver les viticulteurs suite aux gelées du 8 avril dernier. Cette affiche est vraiment limite surtout par rapport à la Loi Evin qui interdit l’incitation à la consommation d’alcool.

26 avril. Un rassemblement a eu lieu devant le commissariat de police de Béziers pour saluer la mémoire de Stéphanie Monfermé, adjointe administrative de police, poignardée dans le commissariat de Rambouillet par un homme radicalisé. Bien entendu, les Ménard étaient présents avec leur écharpe tricolore. On attend toujours leur réaction, même discrète, au décès de Mohamed Gabsi suite à son interpellation par la police municipale en avril 2020. (Comme quoi les morts n’ont pas tous la même valeur pour le maire de Béziers). Or ce même soir, des policiers de Béziers ont été pris à parti par une trentaine d'individus qui leur ont tiré dessus avec des mortiers dans le quartier de la Dévèze. « Trop, c'est trop » s'énerve Fabrice Aebi, représentant du syndicat Unité SGP Police FO. Et d’avertir : « Jusqu'à présent, le professionnalisme de mes collègues a permis d'éviter un drame. Jusqu'à quand ? », déclaration faite tranquillement peut-être pour nous prévenir des bavures policières à venir ? En fait, à l’origine de ces affrontements, on trouve la présence d’une caméra de surveillance à l’entrée du quartier. Les affrontements ont commencé quand les policiers sont intervenus pour une voiture en feu au pied de cette caméra. Faut-il voir un signe contre le dispositif tout sécuritaire du maire de la ville ? En tous cas, l’édito du Midi Libre du lendemain dénonce clairement les amalgames. « Les pauvres et les immigrés (ou leurs descendants) ont toujours été les boucs émissaires, pour les moins ouverts de notre société, ceux qui ont une notion rigide de l’identité et ne cessent de répéter qu’elle est menacée. Le quartier de la Devèze, certains n’y voient que des « kassos et de la racaille »; aussi est-il juste de « taper » sur toute une population alors que seule une quarantaine de personnes posent des problèmes d’incivilités et de la délinquance ? ». Cela dit, jetant toujours de l’huile sur le feu, le maire de Béziers a appelé à un rassemblement pour soutenir ses policiers le 1er mai.

28 avril. Une tribune signée par une vingtaine de généraux, une centaine de hauts gradés et plus d’un millier de militaires a été publiée le 21 avril par le magazine d’extrême droite Valeurs actuelles. Ils y dénoncent le soi-disant « délitement » de la France et appellent les responsables politiques « à défendre la Nation contre l’islamisme et les hordes de banlieue » car « une guerre civile serait inéluctable ». Cette tribune n’en finit pas de faire des remous. Après avoir déjà fustigé une « tribune irresponsable », la ministre des Armées, Florence Parly, a demandé des sanctions. C’est ainsi que 18 soldats d'active identifiés, dont quatre officiers, devront passer devant un tribunal militaire. Cette tribune a été mise en ligne par un site « Place d’armes » dirigé par le capitaine Jean-Pierre Fabre-Bernadac, ancien de la gendarmerie mobile et de l’armée de Terre, mais aussi responsable du DPS, le service d’ordre du Front national. Ce site encense les invités de Robert Ménard comme Bernard Lugan et Alain de Benoist issus de la fachosphère. En réalité, cet ancien officier de gendarmerie est un habitué des prédictions de guerre civile. Le 19 avril, il déclarait chez André Bercoff sur Sud Radio (autre invité du maire de Béziers) : « Je crains fort qu’aujourd’hui la situation soit tellement grave, que nous allions vers une explosion et peut-être vers quelque chose de plus grave. Je ne dirais pas le mot guerre civile mais ce n’est pas loin ». Dans un article sur le site royaliste Politique magazine, il expliquait plus clairement sa vision raciste : « Dans une situation explosive, il faut deux protagonistes pour s’affronter. Actuellement nous en avons trois : la population autochtone encore enracinée venant généralement des peuples d’en bas, la masse migratoire communautarisée et souvent islamisée et les « élites » mondialisées et « boboïsées » issus des classes supérieures. La confrontation de ces diverses strates de populations et la lente maturation de ce face à face conduit inexorablement à la guerre civile ou au minimum à une intervention de la force armée. » Parmi les signataires, on trouve le général Christian Piquemal, ancien patron de la Légion étrangère, déjà radié en 2016 des cadres de l'armée pour avoir participé à une manifestation interdite contre les migrants à Calais. Juste avant d’être interpellé, Christian Piquemal avait, sur le site de Robert Ménard Boulevard Voltaire, justifié sa décision de braver la décision préfectorale au nom de « la France éternelle » et avait prédit : « La France debout va se lever, il va se passer des choses dans les mois qui viennent. ». Déjà à l’époque ce général avait reçu le soutien de Marine Le Pen, de Marion Maréchal et bien sûr de Robert Ménard. Ce dernier avait déclaré « Clandestins en liberté, général français arrêté, bienvenue en Hollandie » et encore « Piquemal en comparution immédiate ! La justice plus rapide avec un général patriote qu'avec les voyous du quotidien. ». Faut préciser que ce général est un grand adepte de la théorie du complot dite du grand remplacement de Renaud Camus. Ce n’est donc pas un hasard si ce discours séditieux est soutenu par toute la fachosphère. Pour Marine Le Pen, ces militaires avaient « interpellé en quelque sorte le peuple français sur la gravité de la situation » et elle les avait appelés à rejoindre son mouvement. Allant exactement dans le même sens que le RN, Robert Ménard a fait semblant de nous interroger : « Faut-il s'inquiéter de la tribune des généraux ou de la situation de la patrie ? » avant de demander « que l’armée soit déployée dans les banlieues pour résoudre la sécurité ! » Parmi les autres signataires de cette tribune, on trouve :
- Le général Antoine Martinez qui dénonce « l’immigration extra-européenne de peuplement » et « l’islamisation » de la France. En 2019, il a aussi agité le spectre d’une « cinquième colonne » jihadiste au sein de l’armée, avec ses « soldats français musulmans qui effectuent chaque année le pèlerinage à La Mecque. » Ce général est également leader des Volontaires pour la France (VPF), un groupuscule d’anciens militaires persuadés que la France s’effondre sous les coups de boutoir de « l’islam [et de] l’oligarchie financière apatride ».
- Le général de division François Gaubert, conseiller régional RN en Occitanie en 2015 sur la liste de Louis Aliot (candidat sur le 5° canton de Montpellier).
- Le général Norbert de Cacqueray, candidat RN avec sa femme aux municipales à Vannes (Morbihan).
- Le général de division, Eric Champoiseau, figure lepéniste en Gironde et candidat sur la liste aux élections municipales de 2014 et 2020 à Libourne.
- Le général de division Emmanuel de Richoufftz, qui aux municipales 2020 au Grau-du-Roi était sur la liste de Debout la France, parti de Nicolas Dupont-Aignan, après avoir échoué à constituer une liste RN.
Citons encore quatre autres généraux, très politisés : Daniel Grosmaire, André Coustou et Roland Dubois, ils avaient en 2018 dénoncé avec d’autres généraux le traité de Marrakech sur les migrations, et Jean Claude Grollier qui lui avait signé un manifeste des officiers généraux ayant servi en Algérie afin de défendre la mémoire de leur combat.
Alors, évidemment la date du 21 avril n’a pas été choisi au hasard : elle correspond à la date anniversaire de la tentative de putsch des généraux pendant la guerre d'Algérie. Le maire de Béziers d’ailleurs honore la mémoire du commandant Hélie Denoix de St Marc qui, en ce 21 avril 1961, avait décidé de rejoindre les putschistes en plaçant ses hommes dans les rues d’Alger.

30 avril. À l’appel du PCF de Béziers, un rassemblement d’une soixantaine de personne a eu lieu sur le parvis du Théâtre. Plusieurs personnes ont dénoncé l’appel des militaires à la sédition paru quelques jours plus tôt dans le journal d’extrême droite, Valeurs actuelles, 60 ans après le putsch des généraux en Algérie.

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