Voici quelques chroniques de Visa 34 (Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes) avec qui Envie à Béziers est partenaire, consacrées à la gestion d'extrême-droite de la ville et l'agglomération de Béziers en décembre 2020.

1er décembre L’horoscope du journal du Biterrois n°6 donne une orientation assez précise des idées politiques de son rédacteur en chef.

Gémeaux : L’élection US vous a laissé un goût amer dans la bouche. Il est temps de prendre du recul et de passer à une activité détente.
Lion : Argent : la période va être difficile tout début janvier pour les blondes charnues.
Scorpion : Amour : dans votre couple, c’est un peu comme entre Joe Biden et Donald Trump. Quelqu’un est entré en fraude, mais vous n’en êtes pas sûr. Et si vous recomptiez les votes ?

4 décembre La crèche est de nouveau installée dans la cour d’honneur de la mairie. « En plus de la traditionnelle scène de la Nativité, on y trouve l’atmosphère de la garrigue des hauts cantons », dit le communiqué de la mairie ! SOS Racisme et La Libre Pensée ont une nouvelle fois interpellé le préfet parce que cette installation « est une entorse à la loi sur la séparation des Églises et de l’État » surtout au moment où est discuté le projet de loi sur le « séparatisme » appelée maintenant « Loi confortant les principes républicains ». Pour l’instant, il n’y a pas de réaction du côté des représentants de l’État.

4 décembre Interview du Général Jean-Valéry Lettermann, commandant adjoint de la gendarmerie pour la Région Occitanie, à propos de l’opération LIMES ("limites", en latin) : la Gendarmerie s'appuie sur des réservistes pour multiplier ses contrôles sur le renforcement des frontières. Le titre du Midi libre fait directement l’amalgame et la stigmatisation : « Immigration clandestine et risque d’attentat ». D’ailleurs le commandant va dans le même sens, sans aucune nuance : « L’idée est de lutter contre l’immigration clandestine et par extension, aider à la lutte antiterroriste en se positionnant aux frontières avec l’Italie et en ce qui nous concerne avec l’Espagne. » Il est satisfait d’avoir remis à la Police des airs et des frontières « depuis le 6 novembre, 242 étrangers en situation illégale et d’avoir affecté à cette traque, en plus des gendarmes, 60 réservistes » qui sont pour « les 3/4 des citoyens issus de la société civile (profs, ingénieurs), les 25% autres sont des gendarmes en retraite ».

5 décembre Un rassemblement d’une cinquantaine de parents et d’enfants pratiquant le maintien de l'instruction en famille (IEF) a eu lieu devant le parvis du théâtre de Béziers en présence du maire Robert Ménard et de Grégoire Lacet représentant de la députée Mme Ménard. La grogne est née après le discours sur le séparatisme d’Emmanuel Macron lorsqu’il a dit : « Dès la rentrée 2021, l’instruction à l’école sera rendue obligatoire pour tous dès 3 ans ». Or ces parents dénoncent l’amalgame qu’il y a derrière ce projet de loi car il n’y a qu’une minorité d’enfants « sortis du milieu scolaire pour être mis dans des écoles coraniques et embrigadés ». Pour eux, cette décision « piétine la liberté d’enseignement inscrite dans la loi et la possibilité de choisir le mode d’instruction de son enfant ». Pas étonnant que le maire, dans une tentative de récupération, soit venu défendre ces parents, lui qui défend l’éducation surtout si elle est privée et religieuse… D’ailleurs, ce jour-là, on lui a tendu le micro et il l’a confirmé : « il s’agit d’une liberté essentielle pour les parents de pouvoir choisir le lieu et le mode d’éducation de leurs enfants… De la même façon que dans les années 80, ont a dû s’opposer à l’idée de supprimer les écoles privées, le gouvernement de gauche à l’époque a dû reculer, de la même façon aujourd’hui, on a droit d’éduquer ses propres enfants à la maison, c’est exactement la même liberté. »

5 décembre Troisième samedi de mobilisation contre la Loi Sécurité Globale, des centaines de manifestants à Montpellier, Béziers et Sète.

6 décembre Marine Le Pen est interviewée sur LCI et revient sur les propos de Robert Ménard : « Cela ne me dérange pas de tendre la main à ceux qui souhaitent qu’on en revienne à de l’autorité, cela ne me gêne plus de tendre la main à des gens qui souhaitent un gouvernement autoritaire, parce que pour le coup ce n’est pas du tout mon opinion. » « - Vous parlez de qui ? », interrompt la journaliste. « - Je pense à des gens qui disent qu’il faut un président autoritaire », s’amuse la présidente du RN, « on en a presque déjà un… Si on pouvait s’en passer d’en avoir un autre… Par exemple, Monsieur Ménard. Il dit qu’il veut un gouvernement autoritaire et ajoute-t-il mal élevé. Personnellement, je préfère avoir de l’autorité et conserver une correction dans le débat public. » Bref, Robert Ménard avec son populisme extrémiste arrive ainsi à faire passer Marine Le Pen pour une presque démocrate.

7 décembre Finalement, au nom de la mutualisation des services, c’est une véritable OPA sur l’agglomération que Robert Ménard fait en ce moment. En effet à partir de 2021, il y aura à l’agglomération 20 personnes de la Mairie de Béziers : 5 membres du cabinet du maire + 6 des services techniques de Béziers + 9 des 14 personnes du service de communication de la mairie. Comment les autres maires accepteront-ils cette situation ? Ainsi les charges du Journal du Biterrois, journal de propagande de Robert Ménard, seront facturées à 50% par l’Agglo. Autre initiative du maire : les agents communautaires devront travailler 10 heures de plus dans l’année en application d’une loi de 2019. Et ceux des collectes des déchets, eux, devront faire 18 heures de plus dans l’année. Enfin, un autre événement a retenu aussi notre attention. Il s’agit d’une délibération autour d’une étude sur la future gare TGV de la ligne Montpellier-Perpignan. En effet, le maire de Villeneuve-les-Béziers, Fabrice Solans pourtant un soutien à Robert Ménard, refuse de voter cette délibération. Pour lui « la précédente Agglo avait déjà voté la construction d’une gare à Villeneuve, avant de revenir sur cette décision pour choisir un pôle multimodal à la gare de Béziers… Or l’État a décidé de maintenir cette décision d’une gare dite « A75 » à Villeneuve… En votant pour cette délibération, vous allez jeter 10% de la population de Villeneuve sur les routes. Vous ne pouvez pas me demander, en votant cette délibération, d’être mon propre fossoyeur. Je voterai contre ». Robert Ménard a eu beau expliquer qu’il s’agissait seulement d’étude, le maire de Villeneuve lui a répliqué, « oui mais en votant cette délibération on ne s’exprime pas uniquement sur les études mais aussi sur le foncier ». Là-dessus Gérard Abella (maire de Boujan et soutien à Robert Ménard) annonce qu’il s’abstiendra sur cette délibération. Sentant le vent tourner, le président de l’Agglo préfère faire marche arrière et annonce ajourner la délibération. Mais pas question quand même de voter une motion du conseiller communautaire PCF Nicolas Cossange indiquant que l’agglomération « refuse purement et simplement la gare à Villeneuve ».

8 décembre Nouveau rassemblement à Béziers car cela fait maintenant 8 mois que Mohamed Gabsi a trouvé la mort suite à son interpellation par la police municipale de Robert Ménard. Or, ce même jour le Midi Libre publie une interview assez hallucinante du secrétaire départemental Unité SGP Police-FO expliquant que « la peur au ventre, les policiers ne savent comment travailler ». Pour lui, il n’y a « pas de chasse au faciès » dans la police et les contrôles sont très encadrés tout en ajoutant quand même : « Bien sûr, certains sont ciblés ». En fait il accuse les politiciens qui ont créé des ghettos. Avant d’ajouter : « C’est là qu’il y a aussi le plus de trafic de stupéfiants ». Histoire de pointer ces lieux et surtout de ne pas relier ce trafic à de réseaux qui évoluent dans des sphères beaucoup plus « respectables ». Et lorsqu’on lui demande ce qu’il pense de la vidéo sur les violences policières contre Michel Zecler, producteur de musique, il prend la défense des policiers sanctionnés : « Je n’ai pas à juger. Mais je dis que cela doit s’expliquer. Il y a à la base une rébellion de la part du producteur » en ajoutant cette phrase « je vois qu’on a placé des collègues en détention provisoire pour calmer l’opinion publique. On ne le fait pas pour certains grands délinquants » (Ah, bon, la police ne ferait-elle pas son travail ?). On apprend aussi que c’est son syndicat qui est à l’origine du fameux article 24. Évidemment pour lui (comme pour le gouvernement et les Ménard, il ment) « il n’a jamais été question de limiter les droits de la presse et le texte prévoit de laisser travailler les journalistes ». Et il finit par dire : « ce qui se passe aujourd’hui, ce n’est que de la manipulation politique car les élections approchent. Résultat, les policiers partent travailler la peur au ventre. Les policiers ne savent plus comment faire. Il faut vite nous dire comment travailler. La situation est insoutenable ». On pourra juste lui dire que la police peut et doit continuer mais en sanctionnant tous ceux qui outrepassent les lois. Par exemple, il semblerait logique que ceux qui ont arrêté Mohamed Gabsi soient enfin jugés.

12 décembre Pour le quatrième samedi de suite, de nouvelles manifestations importantes contre la Loi Sécurité Globale se déroulent à Montpellier, Sète et Béziers. À noter qu’à Béziers, un collectif de parents accompagné de leurs enfants contre le port du masque dès 6 ans et d’autres contre la « dictature sanitaire » ou contre les vaccins s’est joint au cortège.

14 décembre Une délégation représentant un collectif de plusieurs associations, syndicats, élus et partis politiques (La Libre Pensée, SOS racisme, le Mouvement de la Paix, ATTAC, les syndicats CGT et Solidaires, les élus Nicolas Cossange et Dolorès Roqué, PCF, PS, LFI, Ensemble, Générations, POI), a été reçue par le sous-préfet Christian Pouget à propos de l’installation de la crèche dans la cour d’honneur de la mairie. D’une manière encore incompréhensible, le représentant de l’État a rejeté toute possibilité d’attaquer en référé la décision du maire de Béziers : « Notre analyse, cette année comme l'année dernière, nous a conduits à penser que le caractère prosélyte de son environnement est moins marqué ». Donc, l’État ne va pas attaquer la crèche. Évidemment, Robert Ménard s’en réjouit : « La crèche de la nativité fait évidemment partie de notre patrimoine culturel, de l’héritage judéo-chrétien, à Béziers comme en France. Elle est dans le cœur de tous les Biterrois, et elle a donc sa place à la mairie, qui est notre maison commune (...) ». À juste titre, Christophe Benoit de la Libre Pensée explique : « Quatre fois que Robert Ménard cherche des arguments pour dire qu’il est dans le cadre de la loi. Quatre fois qu’il est condamné. Il y a bien des endroits pour mettre une crèche, une église par exemple… C’est une provocation politique, une violation délibérée de la loi de 1905. Nous déposerons un recours sur le fond ». L’élu communiste Nicolas Cossange s’insurge lui aussi : « la non-réaction de l'État est une honte absolue, particulièrement inquiétante au vu de la défense de la laïcité ». Quant à Meddy Nedir, représentant SOS Racisme Béziers, il s'interroge : « Comment comprendre la demande légitime qui est faite à notre jeunesse de respecter la laïcité alors même que le premier magistrat de Béziers ne la respecte pas ? ».


14 décembre Dernier Conseil municipal de Béziers pour l’année 2020 : présentation du budget 2021 en nette augmentation de 2,5 millions d’euros pour le fonctionnement et de + 17,9 M€ pour les investissements. L’élu communiste, Nicolas Cossange, a alors dénoncé « l’externalisation de service comme celui de ménage dans certaines écoles ainsi que la non-augmentation du budget du CCAS alors que les besoins ont augmenté » et l’usage auto-promotionnelle du Journal des Biterrois : « Vous devriez rouvrir votre blog, cela coûterait moins cher aux contribuables ». Enfin l’élu s’étonne de l’augmentation de la masse salariale alors que le personnel diminue. Réponse méprisante, habituelle, de Robert Ménard : « Oui mais figurez-vous, parce qu’on essaie de mieux les payer, Monsieur Cossange ! ». De son côté, Thierry Antoine (EELV) a critiqué un budget du monde d’avant en matière d’écologie où ne figure pas une fois le mot climat. D’autre part, il a demandé un peu plus de transparence sur l’augmentation du budget classée en « Divers ». Évidemment Robert Ménard a, comme d’habitude, balayé toutes ces critiques.


18 décembre Enfin, l’année 2020, l’année du Covid se termine par une bonne nouvelle : la mise en examen des trois policiers municipaux qui avaient arrêté Mohamed Gabsi lors du 1er confinement, avant que celui-ci ne décède au commissariat de Béziers. Un seul des trois policiers, celui qui s’était assis sur Mohamed Gabsi dans la voiture de police, n’a plus le droit d’exercer sa profession. Évidemment, leurs avocats vont faire appel car selon M° Abratkiewicz, la cause de la mort serait liée à une prise de cocaïne et à une pathologie cardiaque : « On reproche à mon client une poussière de faute. Les policiers ne sont ni médecins ni des infirmiers pour gérer des cas désespérés et hors de contrôle comme Mohamed Gabsi ». L’autopsie avait pourtant bien révélé « une fracture du cartilage thyroïde et contusion du nerf vague » suite à « un appui maintenu avec une force certaine en région cervicale, probablement avec un genou, provoquant un syndrome asphyxique ». Ces trois inculpations montrent qu’on est passé à un autre stade. La famille de la victime ainsi que les militants du comité « Justice pour Mohamed » peuvent se réjouir même si le combat pour connaître toute la vérité sur cette affaire n’est qu’à son début. En fait, ces inculpations font suite aux nombreuses vidéos amateurs tournées lors de l'interpellation (d'où l'importance d'avoir le droit de filmer la police), et aux témoignages de plusieurs riverains et notamment de deux frères qui ont tout vu depuis leur appartement, situé au rez-de-chaussée. L’un des deux frères explique avoir aperçu, dans le véhicule de police, « un agent à genoux sur la tête de la victime, lui disant : Je vais te faire dormir ». Le même policier aurait lancé à un de ses collègues : « Laisse-moi le ! », et les portières se seraient alors refermées. Il affirme ensuite avoir vu « les suspensions du véhicule bouger, puis le policier municipal ressortir, essoufflé, et déclarer en riant : ça fait du bien ». Selon ce témoin, « un autre agent aurait alors constaté que Mohamed Gasbi avait vomi sur la banquette. » Ces déclarations sont aussi corroborées par son frère avec des détails encore plus macabres. « Le même agent aurait enfoncé ses deux genoux dans le cou de la victime qui serait restée inerte, la tête pendant légèrement à l'extérieur de la voiture ».
Comme une partie de ces témoignages sont parus dans le journal Le Parisien, les avocats des policiers ont déposé une plainte pour violation du secret de l’instruction en déclarant : « Nous sommes scandalisés de la diffusion d’éléments couverts par le secret de l’instruction avant même l’audition de nos clients. Nous sommes stupéfaits d’apprendre que la sœur de Mohamed Gabsi a rencontré certains témoins accompagnés des médias. Tout ceci porte atteinte à la manifestation de la vérité, à la neutralité et l’objectivité des témoignages recueillis. ». Tout ça, simplement parce que des médias ont interrogé des témoins ? Étrange conception de la justice.
Et Robert Ménard dans tout cela ? Non seulement, il n'a pas jamais suspendu "ses" policiers municipaux depuis le mois d'avril mais il n’est intervenu qu’une fois dans cette histoire, c'était le 9 juillet dernier à Sud Radio. Ce jour-là, il avait menti ouvertement et le comité « Justice pour Mohamed » avait envoyé un courrier pour obtenir une rectification. Le premier mensonge en disant « le rapport d’autopsie dit que ce garçon était tellement chargé en cocaïne que les doses pouvaient être létales… », sans bien entendu parler d’asphyxie. Le deuxième mensonge en disant « Je ne vais pas suspendre des gens qui n’ont même pas été mis en examen. » Or, Robert Ménard n’a pourtant pas hésité à suspendre à titre conservatoire deux ATSEM (personnel de la Mairie affecté dans les écoles) mises en cause au printemps 2019 par des parents d’élèves pour maltraitance envers leurs enfants sans attendre la mise en examen. Le troisième mensonge concerne la famille de Mohamed Gabsi. Robert Ménard a affirmé : « Je n’ai aucune raison de recevoir une famille qui me met en cause en disant qu’il y a un racisme systémique en France, qui met en cause les policiers qui n’ont même pas été mis en examen… » inversant ainsi la donne en accusant la famille de comportements racistes alors que cette famille ne réclame que la vérité et la justice depuis le début. Mais aujourd’hui, Robert Ménard est étrangement silencieux vis à vis de ses « cow-boys ». Se sentirait-il responsable ? En effet, il faut quand même se rappeler que Robert Ménard a toujours vanté les mérites de la répression et d’une incitation à une certaine forme de violence. On se souvient des affiches de la mairie représentant un pistolet avec ce slogan « La police a un nouvel ami » ou encore lors du premier confinement, quand il affichait fièrement, dans le journal informatique, juste au-dessous du nombre de victimes et d’hospitalisation du Covid, les chiffres des PV dressés par la police municipale et le nombre de gardes à vue… Enfin, plus récemment, Robert Ménard apportait encore son soutien aux policiers qui avaient jeté leurs menottes à terre afin de protester contre les accusations de racisme dans la police française.
2021, le temps est venu de rendre justice à Mohamed.

 

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies nous permettant par exemple de réaliser des statistiques de visites.