Nous continuons à publier quelques-unes des chroniques de Visa (Vigilance et Initiatives syndicales antifascistes) consacrées à Béziers tenue par l'extrême-droite. Pour en savoir plus sur les mairies brunes et les actions de Visa, c'est ici.

29 janvier. Depuis que Robert Ménard est à la tête de l’Agglo, la Médiathèque André Malraux (MAM) supprime un grand nombre de services surtout pour le public. Depuis le 13 février, elle sera fermée tous les lundis et les jeudis. Fini également les tournées du médiabus, fini l'accès à la médiathèque numérique, fini les actions culturelles et le service d'accueil des périodiques, fermeture aussi des cabines de langues. Bref, les horaires d'ouverture au public sont diminués de 42 à 34 heures hebdomadaires. C’est pour toutes ces raisons qu’un collectif d'usagers s’est créé pour mener collectivement des actions futures. À noter que Christophe Pastor, allié de Robert Ménard, qui cumule la vice-présidence à la culture au sein de l’agglomération et la fonction de maire du village d’Alignan-du-Vent, a également réduit les horaires d’ouverture de la médiathèque de sa ville.

30 janvier. Nouvelles manifestations dans le département contre la « Loi Sécurité Globale ». À Montpellier, il y avait près de 3000 personnes dans un défilé très musical. Il faut dire que les organisateurs avaient été particulièrement énervés par la saisie du matériel de la sono d’une manifestation précédente. Ils ont donc tenu à répondre au préfet par cette mobilisation très importante. De son côté la LDH 34 a indiqué que «la musique fait partie de nos modalités de revendication dans une période où la culture est mise sous silence ». À Béziers, il y avait environ 200 à 300 personnes contre la « Loi Sécurité Globale » et contre la loi sur le séparatisme. Tout s’est bien déroulée mais à la fin de la manifestation, une voiture de police a suivi le camion ramenant le matériel sono à la location. Ainsi, isolée et très loin du lieu de la manifestation, la BAC est intervenue pour saisir cette sono sur le parking d’un supermarché. Les six jeunes ne se sont pas opposés au contrôle d’identité ni à la confiscation du matériel de location. Mais la situation s’est dégradée quand la police a voulu les empêcher de récupérer leurs affaires personnelles dont un ordinateur portable. Des coups ont été échangés et un jeune (Max) a porté un coup de poing à un jeune policier. Des renforts de police sont vite arrivés (dont des policiers municipaux) et les six personnes contrôlées ont été matraquées. Deux jeunes ont été placé en garde à vue, dont Max qui a reconnu s’être emporté. Il est donc passé en comparution immédiate et le verdict est tombé : 18 mois de prison dont 9 mois fermes ! Plus la confiscation du matériel sono. Une honte. Aussi, très rapidement un appel à un rassemblement de protestation a été proposé pour le samedi matin 6 février. Les autres jeunes ont décidé de porter plainte à la gendarmerie contre ces violences policières.

31 janvier. Lu dans le Midi Libre. Les données du chômage sur la bassin d’emploi de Béziers en septembre 2020 sont de 25 600 demandeurs d’emploi en catégories A, B et C, soit une augmentation de 4,4% d’inscriptions sur un an. À Béziers (78000 habitants), il y a 13 606 demandeurs d’emploi qui sont indemnisés avec un montant moyen de 990 euros… Une augmentation de 8% en un an. Cette situation est confirmée dans une étude rendue par des chercheurs toulousains sur le niveau de vie médian dans le Languedoc Roussillon (c’est à dire la rémunération entre le groupe de salariés qui gagnent le plus et ceux qui gagnent le moins.) Alors, si le niveau de vie médian pour l’ensemble de la France est de 21 730 euros, il est seulement de 16 030 euros à Béziers (encore plus bas que ceux de Perpignan 16 630 euros ou d’Alès 16 830 euros). Bref, on est loin des propos mensongers du maire sur le luxe est de retour à Béziers.

31 janvier. Rassemblement à l’appel du mouvement intégriste de la « Manif pour tous » sous le label « Marchons enfants ». Très peu de monde (une petite trentaine) à Béziers pour dénoncer la PMA (procréation médicalement assistée) du projet de loi bioéthique. Mme Ménard était évidemment là pour apporter son soutien.

1er février. Dans un courrier daté du 7 décembre, la mairie de Béziers a décidé de retirer « ses » subventions aux unions locales car « Les contraintes budgétaires imposent à la ville de faire des choix en raison de la crise sanitaire ». Pourtant, cela fait 50 ans que les syndicats perçoivent cette subvention et sont à la Bourse du travail, quelle que soit la couleur politique du maire. Alors, après les menaces sur l’avenir de la Bourse du travail, c’est un nouveau signe de la volonté de la mairie de limiter le poids des syndicats dans la ville. C’est le rejet même de la notion de service public que représentent les syndicats dans leur rôle d’accompagnement et d’aide des salariés mais c’est aussi une manœuvre de Robert Ménard préméditée depuis longtemps. En effet, il y a plusieurs mois, lors du vote du budget prévisionnel pour l’année 2020, l’ensemble des élus ont voté une enveloppe budgétaire sans précision sur les subventions accordées aux associations ou aux syndicats comme les années précédentes. Les élus ont donc voté sans savoir que le maire avait décidé de ne rien attribuer aux syndicats. Malgré les protestations des huit unions locales (CGT, FO, CFDT, UNSA, CFE-CGC, Solidaires, FSU) la mairie a répondu que « cette subvention n'avait aucun caractère obligatoire ».

2 février. Les policiers municipaux de Béziers mis en examen dans le décès de Mohamed Gabsi ont fait appel de leur contrôle judiciaire mais ils se sont désistés juste avant leur audience devant la cour d’appel de Montpellier. Une quinzaine de personnes du Comité Justice pour Mohamed étaient présents devant le tribunal pour soutenir Houda Gabsi, la sœur de Mohamed. Elle a déclaré : « C’est un soulagement. Ils font enfin preuve de décence. La seule chose que je regrette, c’est de ne pas avoir vu les policiers municipaux, pour mettre un visage sur leur nom ». L’avocat des policiers, Me Medico, toujours soutenu par le maire de Béziers, a refusé de commenter ce désistement. En revanche, pour l’avocat de la famille de la victime, Me Darrigade,« C’est ce qu’on appelle une reculade ». Cela dit, il faut se rappeler que la plupart des justiciables non policiers mis en cause dans des affaires aussi graves sont en prison en détention préventive jusqu'à leur jugement.

3 février. Trois jeunes filles (13, 15 et 19 ans) ont diffusé leur agression contre une jeune fille (18 ans) bénévole à l’association de quartier Martin Luther-King. Elles ont été déférées devant le parquet de Béziers dans le cadre d’une mise en examen pour enlèvement, séquestration, tortures et menaces de mort. Elles risquent de lourdes peines d’emprisonnement. Cependant ces trois jeunes filles étant issues de la communauté gitane, la toile s’est enflammée. À tel point que Gino Solès, porte-parole de la communauté gitane de Béziers, a déclaré sur France 3 : « Évidemment nous condamnons ce geste mais nous ne voulons pas qu’il y ait des amalgames et des préjugées gratuits car en ce moment, nous nous faisons harceler sur Internet, on fait monter la haine contre nous. Alors, je le rappelle encore une fois : on est français et on veut être traités comme des français. Et ces trois filles ne représentent pas toute la communauté. » Même chose pour SOS Racisme qui condamne cette agression inacceptable : « il faut toutefois ne pas céder à la fatalité de l’amalgame en y assimilant l’ensemble de la communauté gitane ». Quant au maire de Béziers, toujours prêt à rebondir dans le sens d’être le « Monsieur plus » réactionnaire, il déclare : « les maisons de corrections doivent être remises au goût du jour ». Dans ces « maisons de corrections » anciennement « maisons de redressement » (tout un symbole) et abandonnées dans les années 60, les mineurs délinquants étaient placés pendant de très longues périodes. La logique était d'exclure et de punir, souvent au moyen de châtiments corporels. À noter tout de même que le procureur de la République de Béziers, Raphaël Ballant, a indiqué que « pour l’heure l’enquête s’est attachée à comprendre les faits. Ce qui est acquis, c’est que nous sommes face à une misère sociale, morale, sociologique prégnante ».

6 février. Le Conseil municipal a entériné de nouvelles transformations pour le centre-ville. En effet, les élus ont voté un budget de 8 millions d’euros HT pour le réaménagement des Allées Paul Riquet (éclairage compris) et un second de 1,5 millions d’euros pour un projet d’animation nocturne.
Lors du débat concernant ce réaménagement, là même où les époux Ménard résident, Nicolas Cossange (élu PCF) leur a demandé : « Est-ce votre pas de porte que vous arrangez ? Quand on voit l’état des autres quartiers de la ville, vu les montants engagés sur les Allées qui ne semblaient pas prioritaires, je me pose des questions ». Emmanuelle Ménard est montée aux créneaux et a demandé : « Voulez-vous qu’on déménage afin de prêter flanc à ce genre de questions démagogiques ». Finalement, c’est son mari qui a clos le débat par ces mots : « on s’en fout de lui, laisse tomber ». Cela dit, au cours de ce débat, les élus ont appris que la Grande roue installée par le maire en 2018 pour être le symbole de Béziers sera démantelée dans le cadre de ce réaménagement, c’était un vrai flop financier.
Il y a eu d’autres délibérations sur des budgets courant jusqu’en 2023 :
– Rénovation des vitrines et enseignes des commerçants dans le centre de ville (à l’exclusion des autres quartiers)
– Le parking en silo de la place de Gaulle qui sera confié au privé via une délégation du service public
– L’avenir du club de rugby à Béziers
Sur ce dernier point, Nicolas Cossange a demandé plusieurs fois pourquoi le capital de la Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC Béziers développement) était de 18 500 € contre les 50 000 € prévus. Par trois fois, Robert Ménard a demandé à son conseiller municipal Marc Valette de relire la délibération, en se moquant délibérément de l’élu communiste sous les rires de sa majorité. Christophe Huc,élu d’opposition de la liste Resplandy, a demandé lui aussi, pourquoi il y avait cette baisse de capital et pourquoi le club de rugby de l’ASBH a disparu des souscripteurs. Encore une fois, sans répondre sur le fond, le maire a parlé des difficultés du club. Bref comme d’habitude le maire joue la non transparence… Même le journal le Midi libre l’a constaté en indiquant à ses lecteurs « qu’à l’issue du conseil municipal, aucune information satisfaisante n’a été donnée sur les modifications des statuts de la Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) ».
Dans ce Conseil municipal, on a aussi voté pour la reconduction des primes aux mérites pour 2019-2020. Elles s’élevaient à 400 € pour les « agents méritants », 600 € pour les agents « très méritants » et 800 € pour les agents aux « résultats exceptionnels ». L’opacité de cette classification a toujours été dénoncés par les syndicats.

6 février. La préfecture de l’Hérault a interdit le rassemblement de protestation contre la condamnation à 18 mois de prison dont 9 fermes de Max après la manifestation du 30 janvier. Cette interdiction prise au nom « du risque sanitaire lié à une circulation active du virus dans le département de l’Hérault et du trouble à l’ordre public qu’il pourrait générer » montre bien la volonté de casser le mouvement social. Ce sont donc 16 cars de CRS et 4 voitures de police qui ont été déployés dans le centre de Béziers pour faire respecter cette interdiction du rassemblement prévu à 11h. Plusieurs associations regroupées dans un collectif de soutien (Attac, Solidaires, Ensemble, La libre Pensée, Générations, PCF, France Insoumise, Les Gilets jaunes, le CLRR (Comité de Résistance et de Reconquête Béziers-Capestang) et le Mouvement de la paix) ont organisé une conférence de presse pour protester contre l’interdiction de manifester et pour soutenir le jeune homme incarcéré. Si le coup porté par Max à un policier n’est pas remis en question, le collectif souhaite faire reconnaître « les violences policières » alors que la préfecture n’avait pas interdit avant la manifestation le recours à une sono. Le journal en ligne Le Poing apporte ces précisions : Tout s’est passé après la fin de la manifestation, sur le parking d’un supermarché où six jeunes du mouvement Free Party ramènent le camion avec le matériel sono loué pour la manifestation. Derrière eux, ils remarquent une voiture banalisée de la police qui les suit, sans s’en inquiéter car « ils avaient discuté de leur présence avec les organisateurs du défilé et on leur avait assuré que ça ne posait pas de problème ». Ils sont donc surpris quand les agents de la BAC procèdent à leur contrôle d’identité et veulent saisir le camion et le matériel de sonorisation. « On a demandé à voir une autorisation de saisie, ou au moins leurs cartes de police. Rien, ils n’avaient même pas leurs brassards sur eux… » dit l’un des jeunes. « On a commencé à parlementer, on ne comprenait pas le motif de la saisie. Il faut dire aussi qu’on avait encore beaucoup d’effets personnels, des vinyles, un sac à dos, un ordinateur portable, à l’intérieur du camion. L’heure du couvre-feu approchait et les choses se sont échauffées, verbalement.». Puis face aux insultes répétées de certains policiers, le ton est monté d’un cran et la situation a dérapé : « un membre des forces de l’ordre a envoyé brutalement au sol un des protestataires ». Pour Adèle : ce fut le déclencheur ! » « À partir de là, ça a été un déferlement de violences incroyable. Des renforts sont arrivés, pendant que les coups de matraque pleuvaient de tous les côtés… Une femme présente s’est vue traînée au sol sur plus de dix mètres, alors qu’on la menaçait de lui mettre une matraque dans le cul ». Dans la cohue, un policier - un Adjoint de Sécurité (ADS) - a été blessé à l’arcade sourcilière. « Sur le parking de l’Intermarché », commente Adèle, « Ils nous ont dit qu’ils allaient nous faire passer le goût de manifester, qu’ils ne voulaient plus jamais nous voir sur Béziers… » Et les interpellations ont commencé. « Deux d’entre nous menottés ont été emmenés en garde à vue ». En fait, « ils voulaient emmener mon compagnon aussi. », témoigne Adèle mais devant son visage ensanglanté, les policiers ont changé d’avis. « Celui-là c’est pas bon les gars, on l’a trop amoché », fait remarquer l’un d’eux. Un jeune homme en train de filmer la scène se retrouve menacé par les forces de l’ordre et contraint de s’enfuir. Franck fait partie de ceux qui auront le droit à un passage prolongé au poste de police. « Menotté, j’ai été amené jusqu’à une des voitures de police. Pendant tout le trajet, ça a été l’enfer. Ils m’ont insulté, frappé à de multiples reprises. Ils savent où te frapper pour que ça ne laisse pas de marques. J’étais effaré. » Une fois arrivé au poste, le calvaire de Franck continue. « Une des premières choses qu’on m’y a dite, c’est qu’en l’absence de caméras dans le commissariat, on ne pourrait rien prouver. Alors les coups, les insultes ont continué. » Le lendemain, Franck sort de garde à vue, faute d’éléments à charge. Une chance que n’aura pas Max, le deuxième interpellé de cette soirée. De leur côté, Adèle et son compagnon reçoivent le lendemain un coup de fil de la police. « On nous dit au téléphone qu’il faut qu’on vienne au poste sans quoi nos compagnons ne pourront pas sortir. Quand j’argue du fait qu’on a des enfants, on m’assure qu’il y en a pour une heure tout au plus. » Une fois sur place, le discours change et ils apprennent qu’ils vont être placés en garde à vue. « Il faudra des discussions à n’en plus finir pour que policiers y renoncent, en partie parce que l’enfant en question est gardé de manière très temporaire par un voisin ». Le groupe va pourtant faire constater les blessures auprès de médecins. L’idée étant d’aller dans la foulée faire un dépôt de plainte pour violences policières. L’accueil à la gendarmerie est assez bienveillant mais peu optimiste quant aux suites possibles à une telle affaire. Pendant ce temps, Max resté en garde à vue est déféré devant le tribunal pour « rébellion » et « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique ». Et il est condamné en comparution immédiate à dix-huit mois de prison, dont neuf fermes. Tout cette répression semble complètement démesurée. C’était déjà le cas à Montpellier le 16 janvier et cela a failli être la même chose à Béziers, lors de la manifestation interprofessionnelle du 4 février où des policiers ont signifié aux militants CGT que la musique était interdite. Ces mesures deviennent très inquiétantes. La CGT condamne « les consignes restrictives et autoritaires données aux forces de l’ordre » comme celle donnée « lors d’un piquet de grève des salariés d’Orange, en les menaçant d’une amende de 135 € s’ils ne se dispersaient pas sur le champ. » Le communiqué du syndicat Solidaires demande : « Pourquoi la question de la sono est-elle devenue une question centrale à Béziers sur cette manifestation particulière ? Pourquoi avoir déclaré aux organisateurs en début de manifestation qu’il n’y aurait aucun souci si la manifestation se passait bien, pour ensuite procéder hors manifestation et hors de présence des organisateurs à une réquisition du matériel ? » Et enfin le syndicat se demande si la nomination d’un nouveau sous-préfet sur Béziers a un lien avec la méthode adoptée

9 février. L’appli de la mairie de Béziers, qui vient de fêter son 2ème anniversaire, a été installé par 2 419 personnes et il y a eu 3 690 signalements. Ce n’est pas vraiment un succès en nombre de personnes connectées. La mairie a donc relancé une campagne de pub. L’appli permet de « Faire un signalement » : les nuisances sonores, les équipements dégradés, une présence de rats et peut-être de quelques dénonciations de personnes en plus ? D’autant qu’il est possible de joindre une photo tout en se géolocalisant. L’application contient des bugs : le menu de la cantine s’affiche mais n’est pas lisible car le zoom ne fonctionne pas et la fonction « Rechercher » pour les associations est, comme par hasard, inopérante…

 

 

 

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