Le gouvernement Valls rejoint les thèses de l'extrême droite ! Fin 1955, ce que l’on n’appelle pas encore la guerre d’Algérie dure depuis un an, depuis l’insurrection de la Toussaint 1954. Le gouvernement en place dirigé par E.Faure provoque des élections anticipées programmées pour le début de l’année 1956.

Par Didier

Pour la première fois dans la vie politique intérieure française, la guerre d'Algérie va être au cœur des élections à venir. Le secrétaire de la SFIO (l’ancêtre du Parti Socialiste) G.Mollet mène campagne sur la condamnation « d’une guerre imbécile et sans issue ». Le 2 janvier 1956, une petite coalition autour de la SFIO obtient une courte majorité (27,1 %) et le soutien distant mais bienveillant du PCF (25,6 %). Le nouveau gouvernement est investi fin janvier, il compte dans ses rangs P.Mendès-France et F.Mitterand.

Dès son intronisation comme chef de gouvernement, Mollet dit vouloir changer le cours de la politique menée en Algérie. C’est d’ailleurs sur cette ligne qu’il a été élu. Il congédie rapidement le gouverneur général J.Soustelle, totalement lié aux activistes de l’Algérie Française, et annonce vouloir nommer un ministre résidant en Algérie, pour négocier la fin de la guerre et une forme (imprécise) d’autonomie/indépendance avec les nationalistes Algériens. Le choix de Mollet pour incarner cette transition se porte sur le général Catroux qui est connu pour ses thèses sur la décolonisation. Pour porter ce choix d’une issue négociée à un conflit armé, Mollet arrive le 6 février 1956 à Alger.

Une manifestation, détournée par les activistes de l’Algérie Française et les réseaux continentaux de l’extrême droite, l’y attend. Les gerbes qu’il dépose au monument aux morts sont déchiquetées, piétinées, dispersées. Des projectiles, dont des centaines de kilos de tomates, sont jetés en direction des officiels. La police algéroise, l’armée, ne bougent pas. Il s’en faut de très peu que le cortège officiel ne soit encerclé et agressé. Sur le même mode que les ligues factieuses à Paris en Février 1934, l’extrême-droite voulait sur un mode putschiste faire tomber le gouvernement élu démocratiquement. Loin de mettre au pas les factieux Algériens, loin d’appliquer la politique pour laquelle il a été élu 6 semaines plus tôt, Mollet capitule le soir même du 6 février 1956. Il limoge le général Catroux et abandonne le projet de transition démocratique en Algérie.

Le Canard Enchaîné titre ironiquement sur : « la nuit du Catroux ». Si la nuit du 4 août 1789 avait vu l’abolition des privilèges, celle de 1956 voit dès le 12 mars 1956 :

  • le vote des pouvoirs spéciaux
  • la création d’une procédure de justice militaire sans instruction
  • la légalisation des camps d’internement
  • les pouvoirs de police donnés aux militaires

La suite, on la connaît : 6 ans de guerre et d’horreur, la fuite en avant de l’OAS, la radicalisation du FLN. La suite, c’est aussi l’effondrement de la gauche institutionnelle, puisque le 13 mars 1956 les députés communistes votent en  faveur des pouvoirs spéciaux avec la SFIO.

il faut imposer les thèses de gauche ! Ce ne sont pas celles de l’état d’urgence, ce ne sont pas celles de la déchéance de nationalité.

 

Aujourd’hui, en février 2016, le gouvernement Valls a déjà obtenu le vote des députés du PS et du FDG sur l’état d’urgence. Seuls quelques-uns se sont abstenus ou ont voté contre. Il veut obtenir la même majorité sur la déchéance de nationalité. En février 1956 Mollet, en faisant voter les pouvoirs spéciaux, a fait le lit de l’OAS chère à R.Menard. Pour que l’histoire ne se répète pas, pour que Valls ne fasse pas le lit du Front National cher aussi à R.Menard en février 2016, il faut imposer les thèses de gauche ! Ce ne sont pas celles de l’état d’urgence, ce ne sont pas celles de la déchéance de nationalité. Ces thèses sont celles du Front National ! Si elles sont votées ou maintenues, elles serviront M. Le Pen pour son projet d’accession au pouvoir en 2017.

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