Visa 34, avec qui nous poursuivons un partenariat, vient de sortir un nouveau numéro consacré à l'extrême-droite dans notre département et notre région. Nous mettons en ligne ici un de ses articles, dont le titre se réfère à l'ouvrage d'Ugo Palheta. Pour lire l'ensemble de ce numéro, rendez-vous sur le site de Visa. Nous rappelons par ailleurs qu'un Visa 66 s'est créé et participe à l'appel à un rassemblement d'opposition les 3 et 4 juillet prochains à l'occasion du congrès du RN à Perpignan.

On vient d’assister aux USA à une tentative d’insurrection qui aurait pu déboucher sur un coup d’état si la manifestation ultraviolente avait donné lieu à la déclaration de la loi martiale. Les insurgés n’avaient manifestement pas le projet de prendre le pouvoir.
Pourtant la prise du pouvoir par l’extrême droite est d’actualité dans nos démocraties occidentales même dans celles qui ne sont pas encore illibérales !
Le parti représentant l’extrême droite en France depuis 50 ans a progressivement modifié son image. Porteur de la tâche honteuse laissée par les massacres racistes des années 20 et 30 en Italie et en Allemagne et surtout les génocides et les fours crématoires pendant la deuxième guerre mondiale, il restait minoritaire, ne dépassant jamais 15% aux élections jusqu’au premier tour de Jean-Marie Le Pen à la présidentielle de 2002.
La fille Le Pen a repris le flambeau du père et repeint progressivement l’image radicalement fasciste du parti pour lui donner une « respectabilité démocratique » et cacher sous de beaux discours son racisme, son antisémitisme, sa xénophobie, son idéologie foncièrement nationaliste. Même si à l’intérieur du parti, des militants n’ont pas supporté d’abandonner la rhétorique du père, du genre « Durafour crématoire » et autres déclarations racistes.
De fait le RN est devenu un parti « honorable », présentable aux élections, qui peut récolter une majorité de voix au premier tour. Mais lorsqu’on analyse le contenu des discours dans les meetings ou la politique menée par les municipalités brunes, lorsqu’on décompte les groupuscules satellites qui gravitent autour les manifestations du RN, on constate que le fond n’a pas changé. Marine Le Pen ne veut pas prendre le pouvoir de façon violente ; aujourd’hui, la majorité de ses électeurs s’y opposerait. Elle suit la voie tracée par Mussolini et Hitler : gagner légalement les élections.
Jusque-là elle n’est pas parvenue à percer le « plafond de verre » pour gagner le pouvoir présidentiel. Combien d’électeurs ont voté Chirac pour éviter Le Pen, ou Macron pour éviter Marine ! Aujourd’hui pour l’un comme pour l’autre, ils sont déçus. En 2022, Macron compte se retrouver une nouvelle fois avec MLP au deuxième tour, mais est-ce que le vote contre le danger extrémiste va une nouvelle fois fonctionner ? Rien de sûr...
La nouvelle stratégie qui se développe au RN et chez ses alliés est de constituer un front de la droite extrême, rassemblant aux côtés du RN les militants et les élus de droite qui ne censurent plus leur attirance pour les idées d’extrême droite. Ménard à Béziers est l’un des grands défenseurs de cette politique de front radical permettant de casser le plafond de verre et d’accéder au pouvoir suprême ; il profite de sa non inscription au RN pour jouer le rôle de trait d’union entre LR et RN. En revanche Thierry Mariani, ancien ministre de Sarkozy et député de droite, n’a pas hésité, lui, à s’allier avec le RN, tout comme Jean-Paul Garraud, qui sera tête de liste RN aux régionales en Occitanie.
Autre exemple : celui qu’on a vu aux élections municipales de Sète l’année dernière. Pacull, adjoint principal du maire LR, l’a quitté pour se présenter à la tête d’un nouveau courant (Union des droites et des citoyens, mais il est toujours inscrit LR) en s’alliant officiellement avec le RN. Il a fait un meeting à Sète qui rassemblait des centaines de personnes où l’invité d’honneur, Robert Ménard, a passé la moitié de son long discours à plaider pour ce rassemblement du RN et des militants de droite les plus radicaux des autres partis. Au final, le candidat Pacull n’est arrivé que quatrième avec seulement 11,8% des voix.
Il y a eu beaucoup d’autres déceptions pour les candidats du RN dans les municipalités du bassin de Thau et en Occitanie (Agde, Lunel).
Cela dit, on voit que le RN fait de moins en moins peur aux électeurs de droite même si sur certaines affiches des dernières municipales, l’appartenance des candidats ou l’ alliance avec le RN n’étaient jamais mentionnées. Par exemple, les affiches d’Aliot à Perpignan ne déclaraient pas son appartenance au RN. Il a été largement élu maire avec 53,1 % des voix en battant l’ancien maire Jean-Marc Poujol.
En conclusion, on assiste à une évolution insidieuse de l’alliance entre le RN et LR, à une convergence des deux courants qui risque de permettre la prise du pouvoir aux élections.

 

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