Puisqu’on s’on s’intéressait pour notre dernière émission radio à l’extrême-droitisation des médias d’information générale, je suis allée consulter le site du CSA où on peut trouver le temps de parole accordé aux partis candidats aux élections municipales de 2020. Sur la période du premier tour (du 3 février au 13 mars) : le tiercé grand gagnant vous vous en doutez est laREM, Les Républicains et le RN sur BFMTV, Cnews et LCI.

Sur BFM TV les 3 premières places sont prises dans l’ordre par Les Républicains (46min 22), puis le RN ((26 min 57), puis LaRem (17min 56) sur 2 heures de temps de parole environ. On retrouve le même ticket gagnant de droite sur LCI mais pas dans le même ordre : LaRem (1 h 28), puis les Républicains (56 min 57), puis le RN (45min26) sur presque 6 h de temps de parole environ. Sur Cnews EELV (28 min 12) se glisse entre LaRem (33 min 02) qui est en pole position et le RN (26 min 53), suivi de près par les Républicains (26 min 07) pour 2h et demie de temps de parole. Sur France Info TV le tiercé va à la LaRem (50 min 46), mais cette fois-ci suivi du PS (39 min 35) et d’EELV (38 min 02) pour 4 h et demi environ de temps de parole au total.

J'en ai profité pour aller voir du côté de notre païs. On sait le maire actuel de Béziers friand des plateaux de télévision. Et il tweete avec beaucoup de constance l’annonce de ses apparitions médiatiques. Aux élections municipales toujours sur la même période sur Sud Radio sur la totalité de temps de parole accordé par la chaîne aux candidats près de la moitié est allée à la liste de Robert Ménard, suivi d’EELV pour un quart, les autres candidats étant réduits à peau de chagrin, voire rien pour la liste citoyenne. Hum hum cela ressemble étrangement ou presque aux résultats.

Dire que les médias font les opinions n’est pas depuis le XIXème siècle une nouveauté et Vincent Bolloré l'a bien compris. Le temps de parole n’est pas tout cependant. L’intervieweur joue également tout son rôle. Je me suis amusée – enfin amusée…- à écouter l’interview de Robert Ménard par Laurence Ferrari dans la matinale de CNews vendredi 15 janvier. Le maire y est tout d’abord invité à commenter l’actualité covid. Pourquoi le maire de cette ville de 80 000 habitants plutôt qu’une autre ville moyenne ? On n’en saura rien.
Mais bon c’est l’occasion pour Robert Ménard d’afficher un soi-disant bon sens éloigné de toute logique partisane « ni droite ni gauche » dit-il (hum ça nous rappelle qqn), regrettant que les élus ne soient pas consultés, comme si l’État pouvait consulter l’ensemble des maires de France pour prendre une décision de santé publique nationale. Au passage le préfet en prend pour son grade, lui qui n’enverra "qu’un sms" à Robert Ménard pour le prévenir d’éventuelles mesures. Le maire de Béziers ne peut s’empêcher à propos du couvre-feu de lancer également une petite pique très parisienne aux commerçants de « sa » ville qui n’ouvrent pas entre midi et deux heures. La question du manque de vaccins est l’occasion pour la journaliste de tendre une perche idéologique à Robert Ménard. C’est elle la première qui utilise l’expression de « déclassement de la France » sur laquelle rebondit aussitôt Robert Ménard, alors qu’elle aurait pu parler de délocalisation par exemple.

Après avoir fait le tour de la question du covid, Laurence Ferrari poursuit sur l’actualité, mais

on dirait qu’elle a choisi avec son invité les thèmes qui vont lui permettre de pousser les ritournelles préférées de l’élu d’extrême-droite.
Elle évoque l’épisode de la crèche de Grenoble fermée temporairement pour des raisons de sécurité par rapport à des menaces de dealers. Elle ne dit jamais que cette fermeture est temporaire et parle, là aussi la première, de « renoncement », donnant au maire de Béziers l’occasion de développer son discours sécuritaire en critiquant l’État de manière extrêmement caricaturale. Paf au sous-préfet qui aurait - on se demande pourquoi- affirmé au maire de Béziers - qui comme chacun sait n’a jamais fait de campagne d’affichage provocatrice sur la police municipale- que la présence de voitures de police municipale dans « certains quartiers » serait une « provocation ». La journaliste n’évoque à aucun moment ces fameuses affiches.

Robert Ménard fait alors allusion alors à la situation virtuelle d’un jeune sur son scooter ayant commis un délit que la police hésiterait « tétanisée » (la police hésite ? elle est tétanisée ?) à poursuivre car celle-ci craindrait les conséquences en cas de bavure. Les médias sont accusés, sauf Laurence Ferrari bien sûr, de n’avoir d’yeux et d’oreilles que pour les « voyous » au détriment des policiers. Sauf que cette situation est arrivée à Béziers entrainant pour le conducteur quinze jours de coma, que la journaliste à moins de n’avoir pas fait son travail n’est pas censée l’ignorer et qu’elle ne l’interroge à aucun moment ni sur cet événement ni sur la mort de Mohamed Gabsi pour laquelle 3 policiers municipaux viennent d’être mis en examen.

La journaliste évoque en revanche la condamnation de l’ex-président du syndicat de la magistrature dans l’affaire du mur des cons ce qui permet à Robert Ménard -partie prenante dans cette affaire- d’attaquer le syndicat et de remettre en cause l’impartialité que pourrait avoir à son égard la justice, oubliant ses propres discours sur la liberté d’expression. On finit sur quelques piques à Dupond-Moretti, opposant en son temps au RN. Et l’affaire Duhamel est ensuite l’occasion pour Robert Ménard de généraliser sa condamnation à l’ensemble d’une génération, une « élite » pour reprendre son vocabulaire poujadiste.

On aura fait avant cela un petit tour du côté des régionales et des 14% d’intention de vote pour l’alliance Ménard/ Barèges (la mairesse de Montauban), ce qui permet au maire actuel de Béziers d’attaquer de nouveau la bataille idéologique qu’il mène pour une union des droites sur les thèmes communs de la sécurité et de l’immigration. Et c’est alors qu’on comprend la raison probable pour laquelle Robert Ménard a été invité ce matin-là : évoquer les 14% qui mettraient les autres listes de droite en difficulté s’il se présentait faute d’alliance. Finalement on aurait tendance à laisser le dernier mot à Robert Ménard avec lequel on se trouvera pour une fois d’accord : « Vous savez, c’est comme les journalistes qui vous disent j’ai pas d’opinion et ça ne transparaît pas dans ce que je fais il faut se foutre du monde pour le dire ».

 

 

 

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