1re manche : l’ambitieux projet de création de studios de cinéma s’est délité.

150 hectares de terrain dédié entièrement au cinéma. C’était le projet élaboré en 2017 par le Conseil départemental, à l’initiative de son président, Kléber Mesquida et d’un financier Bruno Granja, patron de la société « Studios Occitanie Méditerranée » qui devait voir le jour sur le domaine de Bayssan, aux portes de Béziers et de l’A9. Une réalisation aussi grandiose qu’éclectique mêlant l’accueil de professionnels du cinéma à un public de touristes et des tournages de films à des jeux vidéo. Tout semblait prévu : 2 millions de visiteurs, 3000 emplois, etc., sauf que lors de la consultation obligatoire en septembre-octobre 2020, le public a émis des doutes sur ce projet qui ne tenait pas sérieusement compte des possibilités d’aménagements de cette zone que ce soit du point de vue des accès routiers, de l’afflux de véhicules, de l’alimentation en eau, sans parler des terrains agricoles et de zones boisées qu’il faudrait sacrifier. En outre, le président de la Mission régionale de l’Autorité environnementale d’Occitanie (MRAe) a fait remarquer qu’il aurait été nécessaire d’évaluer les interactions fonctionnelles et les effets cumulés entre les différentes installations prévues sur ce même domaine, car il y avait aussi des jardins méditerranéens et un gigantesque aquarium. D’oppositions en reports, les discussions ont traîné.

Pendant ce temps un autre projet est né, porté par la société « Occitanie Films » (structure qui gère et accueille les nombreux tournages dans la région) et par un promoteur immobilier (le groupe GGL) et défendu par la commune de St Gély du Fesc. Des studios de tournage, sur 30 000 mètres carrés, mais aussi des ateliers de décors, des studios de postproduction et même une école de cinéma sont prévus.

Pour en finir, la convention avec les « STUDIOS D’OCCITANIE » par laquelle le syndicat mixte s’était engagé à NE PAS VENDRE pendant un délai de 46 mois a pris fin. « Ce contrat est donc révolu de plein droit, » a déclaré Kléber Mesquida qui s’est désengagé.

2e manche : Comme un bonheur n’arrive jamais seul, le 2e projet de Mesquida bat de l’aile.

Saisi par « France Nature Environnement » le Conseil d’État vient d’ordonner la suspension du chantier des « Jardins de la Méditerranée », porté par le Département de l’Hérault sur le site. Pour France Nature Environnement, « l’appellation romantique de jardins cache des attractions en dur : un restaurant, un patio, un pavillon des vins, un phare de plus de 30 m de haut, un aquarium géant, un dôme de réalité virtuelle, diverses allées, les sanitaires et divers locaux techniques amèneront 300 000 visiteurs par an. Ces constructions seront insérées dans un ensemble d’aménagements paysagers, dans une des rares zones de forêt naturelle et de garrigue subsistant dans ce secteur. “Plutôt que de valoriser la biodiversité très riche et déjà très menacée dans notre région, le Conseil Départemental fait le choix d’un projet à l’ancienne, où la préoccupation écologique est au second plan malgré le vernis paysager.”

Mais voilà que Robert Ménard relève le gant !

Fin mai 2022, il annonce depuis le salon Licensing expo de Las Vegas qu’il a signé un contrat avec Legendary, une société de production US, basée en Californie pour implanter sur les lieux un Parc d’attractions de jeux vidéo qui occuperait 50 hectares et devrait attirer 2 millions de visiteurs par an pour un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros. (Le prix d’achat des licences d’exploitation n’a pas été divulgué.) Ce contrat a été signé entre la communauté d’agglomération de Béziers et des partenaires privés sans l’aval du Département qui détient 66 % du foncier où doit s’implanter le futur parc. L’annonce par voie de presse de ce nouveau projet non concerté s’est faite depuis le Nevada. Réaction de Philippe Vidal, président du Syndicat mixte pour l’aménagement de la gestion du domaine de Bayssan : “On nous avait annoncé des studios de cinéma avec la Paramount et on se retrouve avec les lapins crétins”.

Même si le projet est revu à la baisse (50 ha au lieu de 150), la liste des dommages qui avaient été soulevés par le public et les associations écologistes lors du 1er projet, en 2020, reste globalement la même.

Et pour des contenus encore plus préoccupants ! En effet, outre l’augmentation sans fin de la puissance énergétique sollicitée par ces jeux qui pose de graves problèmes écologiques, l’opportunité de ce genre de parc d’attractions doit être discutée. Les jeux vidéo prennent chaque jour plus de place dans l’univers des enfants et engendrent des troubles de l’attention préoccupants. Les enseignants et les psychiatres s’en inquiètent. Faut-il les développer au motif que c’est “dans le vent” et que ça pourrait rapporter gros ? Même si certains de ces jeux soignent leur image de marque culturelle et prétendent instruire les jeunes, il est scientifiquement prouvé qu’ils affectent la mémoire visuelle, la mémoire à court terme, l’hippocampe. Ils influent également sur la quantité de dopamine. Le déficit de dopamine rend l’enfant moins attentif et parfois même plus agressif. Des comportements addictifs en résultent. Donc, outre les dégâts que nous allons infliger à la nature, l’installation de ce genre de parc à thème n’a rien de culturel ni d’éducatif et ne va pas du tout dans le sens de ce qu’il faut faire pour protéger notre vie sur la planète.

 

Si vous voulez en savoir plus sur l’effet nocif de ces jeux (et des écrans en général) sur les enfants, lisez le livre de Michel Desmurget, directeur de Recherche en Neurosciences à l’INSERM.

Dans “La fabrique de crétin digital”, Michel Desmurget explique que la consommation du numérique sous toutes ses formes – smartphones, tablettes, télévision, etc. – par les nouvelles générations est astronomique. Dès 2 ans, les enfants des pays occidentaux cumulent chaque jour presque 3 heures d’écran. Entre 8 et 12 ans, ils passent à près de 4 h 45. Entre 13 et 18 ans, ils frôlent les 6 h 45. En cumuls annuels, ces usages représentent autour de 1 000 heures pour un élève de maternelle (soit davantage que le volume horaire d’une année scolaire), 1 700 heures pour un écolier de cours moyen (2 années scolaires) et 2 400 heures pour un lycéen du secondaire (2,5 années scolaires).

Vous trouverez également les conférences de Michel Desmurget sur You Tube : “Les écrans et nos enfants — Une fabrique du crétin digital — Les écrans font-ils écran à la compréhension ?”