Cette chronique est dédiée aux dessinateurs de presse et à Samuel Paty mort pour avoir fait son métier d’enseignant.

Chers lecteurs, le dessin de Clo qui accompagne ces lignes, fait allusion à la tentative d’expulsion des syndicats de la Bourse du travail par le maire actuel de Béziers. Pour en comprendre toute la portée, faisons un petit retour sur la saga qui oppose les syndicats à la mairie de Béziers depuis 2014.

police syndiqueSous sa première mandature Robert Ménard avait fait une première tentative pour trouver une nouvelle destination à la bourse du travail. Il avait été question d’y loger la police équestre, ou une école privée. Il avait menacé également les syndicats de devoir prendre les charges à leurs frais. Finalement la mairie avait signé une nouvelle convention avec les organisations syndicales, sucrant au passage des emplois de conciergerie et de nettoyage. Depuis la Bourse avait été délaissée par la municipalité et ce bâtiment s’est considérablement d’ailleurs dégradé.
Nouvelles élections municipales en 2020 et nouvelle mandature. Comme dans les contes, les épisodes se répètent et Robert Ménard envoie aux syndicats, après que ses services les aient reçus individuellement, un courrier début juillet leur donnant congé le 1er février 2021. Le projet est d’installer la police municipale dans le bâtiment où depuis 1970 les syndicats défendent les droits des salarié-es.
Après quelques échanges de courriers improductifs autour de la question du relogement des syndicats, le projet est -Miracle comme dirait Robert Ménard- abandonné. Celui-ci aurait finalement jeté son dévolu sur la Caserne des pompiers pour installer la police municipale dont les effectifs ne cessent d’augmenter et annonce aux syndicats que le préavis de départ est annulé.
Dans une interview accordée à Radio France Bleue Hérault le 9 octobre, le maire se pose en simple gestionnaire comme si toute cette histoire un peu erratique n’était qu’une banale histoire de locaux. Il fait mine d’être débonnaire et détaché : « Si les syndicats nous avaient dit « c’est hors de question d’aller ailleurs », on ne serait pas allé plus loin. »
Pourtant depuis qu’il a été élu le maire fait peser sur les syndicats une épée de Damoclès. Traditionnellement en France les municipalités d’une certaine envergure, même si elles n’en ont pas l’obligation légale, offrent aux syndicats l’accès à des locaux pour que la défense des travailleurs puisse s’exercer librement. Mais les maisons des syndicats et les bourses du travail connaissent depuis plusieurs années des attaques de la part des municipalités, qui relèvent de la charge symbolique et idéologique. Cette institution démocratique dérange les tenants des politiques libérales. Toujours dans l’interview accordée à Radio France Bleue Hérault le maire actuel de Béziers ne peut s’empêcher d’ailleurs de sortir à la fin du ton lissé qu’il emploie, pour suggérer fortement que l’espace occupé par les 7 organisations syndicales est démesuré « pour peu d’utilisation », glisse-t-il.
Ce « peu d’utilisation » ne peut que chatouiller très désagréablement l’oreille de tout défenseur des salarié-es, de tout syndicaliste qui accompagne individuellement chaque année nombre de salarié-es sur des litiges de toutes sortes, qui les forme à leurs droits, qui participe à la vie des entreprises et des établissements publics en siégeant dans de nombreuses instances, en participant à des négociations, qui organise l’action syndicale et intersyndicale. C’est une tâche d’autant plus accrue dans un contexte d’énorme régression des droits sociaux et des droits du travail. On se rappelle que dix mille manifestants syndiqués et gilets jaunes ont battu le pavé à Béziers l’hiver dernier contre le projet de réforme des retraites.
La bourse du travail a bien toute son utilité à Béziers et est largement utilisée par l’ensemble des 7 organisations syndicales et d’autres os partenaires pour la défense individuelle et collective des droits des travailleurs. Y compris ceux des salarié-es de la mairie maltraité-es par Robert Ménard employeur. Mais ça c’est une autre histoire qu’on vous racontera une autre fois. On ne saurait trop en attendant de vous conseiller de lire sur note site l’article de Flor Azadel consacré à l’histoire de la bourse du travail à Béziers, l’une des premières en France, depuis sa création en 1891.

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