On vous a déjà évoqué à Envie à Béziers une des dernières trouvailles de l’actuel maire de Béziers et candidat à une présidence autoritaire. Vous savez l’histoire des hauts parleurs couplés aux nombreuses caméras du centre-ville. Depuis leur centrale les policiers municipaux contrôlent les faits et gestes des habitants et les interpellent.

Pas plus tard que samedi dernier je me rendais au rassemblement organisé contre les lois liberticides et en soutien à Max victime d’un contrôle abusif de la BAC, des polices nationale et municipale. Quelle ne fût pas ma surprise d’entendre une voix surgie du théâtre de la ville ! Ҫa donnait à peu près ceci : « Allo, allo, ici la Police Municipale, nous vous rappelons qu’il est interdit de faire de la trottinette sur le parvis du théâtre. » En effet un garçon que je n’avais pas remarqué jusque-là et qui devait avoir moins de 10 ans profitait de son premier jour de vacances pour faire rouler sa trottinette sur le parvis bien profilé pour cet usage. Le jeune garçon habitué peut-être à cet univers où on porte des masques et où on reçoit des ordres tombés du ciel a obéi à l’injonction. Mais je vous rassure il est revenu quelques minutes plus tard, pensant comme tout enfant échapper aux regards en surplomb. J’ai découvert ainsi qu’une interdiction municipale empêche les enfants de jouer sur la place du théâtre, celle de la Mairie ou de la Médiathèque. On savait que ces caméras poursuivaient les faiseurs de crottes de chien. Mais voilà les enfants visés à leur tour.

Jusqu’où va-t-on aller ? À quoi pourrait-on encore occuper la police municipale ? Ah, les crachats ! C’est qu’il faut l’éduquer cette populace mal dégrossie. On pourrait aussi contrevenir à tous ceux qui fourrent leur index dans une narine pour en éjecter les résidus sur le trottoir. Ou à toux ceux qui se seraient mal attifés pour aller chercher la baguette et les croissants. « Eh jeune homme, dirait le haut-parleur, c’est quoi ces cheveux en bataille ? Vous croyez qu’ils vont venir les touristes à Béziers avec un tel laisser-aller ? ».  On pense aussi au langage fleuri qu’on entend ici et là. Tous les « enculés cong » et les « mes couilles ». Sauf que là on est tranquilles, le candidat maire à une présidence autoritaire, il a dit qu’il fallait un président qui parle mal. Et on est servi.

Faut plutôt chercher du côté obsession islamique de la Ménardie. « Allo, allo, Madame, ici la police municipale, nous vous rappelons qu’un arrêté interdit le port du voile dans l’espace public. » La dame résisterait peut-être à cette entrave à sa liberté individuelle. Et la police municipale déboulerait pour que la dame s’exécute, comme elle le fait pour les crottes de chien. Il ne s’agirait plus de ramasser la crocrotte ou de ranger sa trottinette, mais de retirer son voile. Et là on aurait un arrière-goût de déjà-vu qui ne s’est pas bien terminé et a apporté son lot de malheurs.

En entendant ces hauts parleurs sur le parvis du théâtre j’ai pensé - allez savoir pourquoi - à ce film animé de 1952 de Paul Grimault et Jacques Prévert « Le roi et l’oiseau » quand tous les hauts parleurs de la ville de Takicardie hautement hiérarchisée et contrôlée poursuivent le petit ramoneur et la petite bergère qui tentent d’échapper au despote Charles 5 et 3 font 8 et 8 font 16 : « Allo Allo Forte récompense ! Une charmante bergère et un petit ramoneur de rien du tout… de rien du tout…sont recherchés par la police de sa majesté ». On vous conseillerait bien de revoir et de faire voir à tous les enfants de Béziers ce petit bijou de clairvoyance (1).

 

(1) Pour une belle analyse de l'urbanisme et sa dimension politique dans "Le roi et l'oiseau", se reporter ici.

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