Des déclarations de guerre d’un bout à l’autre de l’échiquier politique, des demandes de dissolution, des appels à traquer les « islamo gauchistes », une surenchère vis-à-vis des thèses du R.N., la droite qui veut amender la constitution, la gauche qui cafouille . . . Cette Toussaint 2020 a des relents d’une autre Toussaint, celle de 1954. S’attarder sur cette autre Toussaint vaut bien sûr comme travail de mémoire. Mais aussi et surtout pour mesurer comment des points de non-retour peuvent se constituer.

La Toussaint rouge est le nom donné rétrospectivement à la journée du Premier novembre 1954 durant laquelle le FLN algérien déclenche la lutte armée pour l’indépendance dans plusieurs endroits du territoire algérien : 10 personnes, civiles et militaires, européennes et algériennes sont mortes.
En 1954 l’Algérie est considérée comme partie intégrante de la France. Un million d’Européens y ont des droits supérieurs aux 8 millions d’Algériens. Jusqu’en 1947 ces 8 millions d’Algériens n’avaient qu’un statut inférieur d’indigènes, ils vivaient dans une forme d’apartheid. Depuis de nombreuses années une opposition légale algérienne tentait de résorber pacifiquement les discriminations subies. Pour toute réponse, ses leaders étaient incarcérés, assignés à résidence en France, leurs revendications ignorées.
Dès le 5 novembre le ministre de l’intérieur de l’époque F. Mitterrand déclare : « La seule négociation c’est la guerre ». Le FLN n’est alors qu’un groupuscule inconnu. Le déclenchement de la lutte armée est dénoncé, condamné, désapprouvé, par la totalité de l’arc politique algérien et européen qui pense alors pouvoir modifier les rapports de forces à l’intérieur du cadre légal.
Si la condamnation est unanime, une ligne de fracture béante existe entre ceux qui estiment que la seule réponse est la répression et ceux qui proposent et demandent des changements importants au niveau politique, économique, social, législatif en faveur des 8 millions d’Algériens.
Le choix de la répression est fait par le gouvernement en place. Pourtant les autorités françaises ne savent rien sur le FLN. La répression frappe au hasard. Des personnes qui ne sont pas impliquées dans la lutte armée et qui n’approuvent pas l’insurrection sont arrêtées et leurs organisations sont dissoutes. Le gouvernement double les effectifs militaires.
Le 12 décembre 1954 F. Mitterrand annonce à l’Assemblée nationale un projet de timides réformes structurelles qui vise à réformer le statut des Algériens. Le 3 Février 1955 le gouvernement de P. Mendès France est renversé sur la question algérienne.
La suite de cette intense séquence de quelques mois, nous la connaissons :
- D’alignements en alignements,
- De renoncements en renoncements.
Pendant les 8 années qui suivent, la Toussaint rouge devient le point de départ d’une guerre civile qui ne dira jamais son nom. Cette guerre civile a pourtant marqué au fer rouge l’histoire de la France et de l’Algérie. C’est de cette guerre civile que se réclament Ménard et les ultras de l’Algérie Française, pendant que de l’autre côté de la Méditerranée des millions d’Algériens luttent contre le pouvoir du FLN toujours en place.

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