À Béziers, pas particulièrement connue pour son insécurité, les habitants découvraient avec stupeur la promotion en 2015 de l’armement de la police municipale par le nouveau maire : « La police a un nouvel ami. » Cette affiche banalisait et tentait de faire adhérer à une décision grave par un vague trait d’humour. L’objectif était probablement de donner un sentiment de sécurité aux uns, de menacer d’autres. La monstration du Beretta ressemblait en tout cas à un gros plan de western sur un colt, suffisant à lui-même pour rappeler qui détient la force.

Ce n’est pas la lutte contre la délinquance qui est problématique, c’est ce qui est constitué comme délit. On pourrait croire que les délits sont codifiés par la loi et qu’il n’y a pas lieu pour les forces de l’ordre d’avoir à juger de ce qui nécessite ou pas une intervention. Et pourtant prendre un arrêté interdisant de mettre du linge au balcon, de sortir après 22h si on est mineur, ou de négliger de ramasser la crotte de son chien sur le trottoir sont autant d’occasions d’élargir ce qui relève d’un délit. On pourrait privilégier d’autres modes d’intervention pour garantir la cohésion sociale. Mais le choix fait par la municipalité a bien été de faire intervenir la police. L’exemple le plus flagrant est celui des nombreuses interventions ostentatoires de nos cow-boys auprès des SDF dès lors qu’ils se trouvent aux abords du cœur de ville et des commerces biterrois. C’est aussi accompagné de policiers municipaux que Robert Ménard avait fait son show devant les caméras en faisant intrusion dans l’appartement où des migrants avaient trouvé refuge.
Dire que la mort de Mohammed Gabsi était prévisible est peu dire. Un homme connu des services de police, pour des infractions et pour des pathologies, sort de chez lui après le couvre-feu, décrété par le maire, lors du premier confinement. Ne pouvant présenter une pièce d’identité, il est mis en état d’arrestation et conduit vers le commissariat. Il s’agissait bien d’un délit au regard de l’arrêté pris par le maire : Mohammed Gabsi était hors de chez lui après 22h. La police municipale devait-elle pour autant le mettre en état d’arrestation ? Qu’est-ce qui le justifiait ? L’état de l’interpellé ne nécessitait-il pas de recourir à un service médical d’urgence ?
Comment peut-on prendre la décision de plaquer ventralement une personne menottée, même connue pour d’autres délits, et de s’asseoir sur elle en pesant de tout son poids, alors que son seul délit est d’être dans la rue à 22h et dans un état manifeste d’addiction ?
On peut se demander légitimement si l’édile n’a pas sa part de responsabilité dans cette prise de décision, s’il n’a pas minoré la formation des policiers municipaux (1), s’il ne leur a pas donné trop d’attributions, impulsé un état d’esprit, imposé de faire respecter des règles à tout prix.
Les trois policiers qui intervenaient ce soir-là ont été mis en examen vendredi 18 décembre 2020, l’un pour « violences volontaires sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique dans l’exercice de ses fonctions », les deux autres pour « non-assistance à personne en péril ». Le premier a reçu une interdiction d’exercer.
Le maire de Béziers n’avait pas suspendu les trois policiers jusqu’à leur mise en examen et n’a jamais eu un mot de compassion pour la famille (2). Qu’en sera-t-il aujourd’hui ?
12 personnes dont 4 en cellule de dégrisement sont décédées en France à la suite d’interpellations pendant le premier confinement, comme le révèle Médiapart le 1er juin 2020.
À l’heure où manifester ou couvrir l’information sont en passe de constituer un délit, il est urgent de s’interroger sur les responsabilités de la classe dirigeante. Il ne faudrait pas que les violences dites policières minimisent la violence de ceux qui redéfinissent le cadre légal et qui donnent les ordres.


(1) Relire à ce propos notre article « À genoux Monsieur le Maire : Affaire Mohammed Gabsi ».
(2) Rappelons qu’un collectif de soutien s’est constitué autour de la famille de Mohammed Gabsi et manifeste tous les 8 du mois à Béziers, date anniversaire de l’interpellation qui a causé sa mort. « Envie à Béziers, l’émission » invite un membre du collectif mensuellement pour rendre compte de l’avancée de la procédure judiciaire.

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