Contrairement à une idée reçue, il n’y a pas eu qu’une seule ville insurgée, Paris, au printemps 1871. Avant Paris d’autres villes, comme Marseille et Lyon, avaient proclamé la commune et ce dès la fin de l’été 1870 après les premières défaites militaires de Napoléon III dans la guerre qu’il avait engagée contre la Prusse.(1)

Le 24 septembre 1870 le drapeau rouge est hissé sur l’hôtel de ville de Lyon, il ne sera retiré que le 3 mars 1871. À Marseille une commune révolutionnaire est proclamée le 1er novembre 1870, une situation insurrectionnelle s’installe jusqu’au printemps 1871. L’idée fédéraliste selon laquelle la république doit être décentralisée avec des formes de démocratie directe et de contrôle des instances de pouvoir (civil, économique, social et militaire) se répand donc de manière très inégale dans tous les territoires qui ne sont pas occupés par l’armée prussienne. Cette tentative communaliste est bien sûr une réponse au centralisme libéraliste économiquement et autoritaire politiquement de Napoléon III.
De fait l’insurrection Parisienne du 18 mars 1871 relance les soulèvements plus qu’elle ne les provoque et ce bien après son écrasement dans le sang. À Saint-Étienne la commune est promulguée le 24 mars comme à Toulouse, au Creusot le 26 mars . . . Dans plus d’une cinquantaine de villes dont Béziers on manifeste en faveur de la commune. Partout, soit les tentatives de prise de pouvoir, civil et militaire, échouent; soit elles restent des démonstrations de soutien qui restent dans un cadre démocratique ordinaire (ce qui est le cas à Béziers malgré l’envoi d’un délégué de la commune parisienne pour étendre le mouvement).
Le 28 mars 1871, 10 jours après la déclaration de la commune à Paris, il ne reste plus que deux communes debout, en dehors de Paris, Marseille et Narbonne. À Narbonne la commune est proclamée le 24 mars 1871 par des insurgés regroupés autour d’Émile Digeon.Digeon1 Les insurgés narbonnais neutralisent très vite la garnison, dont une grande partie se mutine, et installent dans l’allégresse générale un nouveau pouvoir municipal. L’adhésion de la population est très forte. Narbonne compte à ce moment 16 000 habitants, plusieurs milliers se mobilisent jour et nuit pour la commune. Vainqueurs localement, très conscients de leur fragilité s’ils restent seuls et isolés, les communards narbonnais tentent d’embraser tout le Midi. Seule la ville de Perpignan répond : les villes de Béziers, Sète [Cette], Carcassonne apportent un soutien poli mais distant. Cernée militairement par des troupes envoyées ici aussi par Adolphe Thiers depuis Versailles, la commune de Narbonne capitule le 31 mars 1871 pour éviter un bain de sang, comme à Paris. La commune de Narbonne s’est donc emparée du pouvoir civil et militaire pendant une semaine. Elle n’a pas pu à la différence de Paris engager des transformations économiques et sociales importantes pendant cette courte période.
Cette parenthèse communaliste insurrectionnelle marquera durablement la ville jusqu’aux évènements viticoles de 1907 où son maire, le docteur Ferroul, dirigera là aussi une forme d’insurrection.
L’autre particularité de la commune de Narbonne c’est d’avoir essaimé dans nombres de communes (y compris rurales) plus ou moins environnantes. La commune narbonnaise a envoyé des délégués et a accueilli des délégations dans le but avoué de propager l’idée communaliste. Ce prosélytisme provoque des mouvements inégaux en défense du communalisme. C’est le cas à Coursan le 25 mars, Prades le 27 mars, Chalabre le 30 mars. Après la chute de la commune narbonnaise le mouvement se maintien en soutien de la commune parisienne. C’est le cas à Corneilha-la-Rivière le 3 avril, Cuxac d’Aude le 15 avril, Olonzac le 16 avril, le 7 mai à Saint-Hyppolite, le 10 mai à Pezilla-la-Rivière.
Ce alors que les Versaillais incarcèrent à tour de bras !
Alors que l’hôtel de ville de Paris tombe dans la nuit du 26 au 27 mai on placarde encore des affiches de soutien à la commune parisienne dans la ville de Perpignan. Après la chute de la commune à Paris des mouvements de sympathie continuent à Pézenas, Clermont l’Hérault, Lodève, Bédarieux, Riols, Saint-Chinian, Sérignan. Preuve si besoin était que la perspective communaliste a été très présente dans notre région.
Cette perspective prendra une forme beaucoup plus institutionnelle dans ce qu’on a appelé ‘’le Midi rouge’’ mais comme dirait un ami : c’est une autre histoire !

1. Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus je vous recommande le livre de Marc César, La commune de Narbonne mars 1871, aux presses universitaires de Perpignan.

 

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