Le 11 février 1945, voilà exactement 76 ans, s'achève la conférence de Yalta qui a pour objectif de poser les bases de la paix. Pendant une semaine, au bord de la mer Noire, le 1er ministre anglais Churchill, le soviétique Staline, et Roosevelt, président des États-Unis se concertent sur le sort futur de l'Allemagne et du Japon dont la défaite ne fait plus de doute.

Quand commence la conférence, le 4 février, l'Armée rouge de Staline a déjà atteint l'Allemagne orientale. Les Anglo-Saxons, quant à eux, n'ont pas encore franchi le Rhin. D'où l'assurance dont fait preuve Staline face à ses alliés occidentaux. Assurance d'autant plus grande que Roosevelt est malade (il meurt trois mois plus tard) et Churchill physiquement usé.
Les sujets principaux portent sur le désarmement des agresseurs, la libre autodétermination des peuples à disposer d'eux-mêmes et l'ouverture des marchés. Bien que les Alliés se soient déjà mis d'accord sur ces 3 points, leurs intérêts divergent considérablement : tandis que les États-Unis ne souhaitent aucune délimitation de sphères d'influence car ils veulent garantir la liberté du commerce, les Britanniques et les Soviétiques sont partisans d'une telle solution. Tous trois se retrouvent sur le fait qu'il faut impérativement éliminer l'Allemagne en tant que puissance.
Comme le Japon résiste encore aux assauts américains, Roosevelt demande au dictateur soviétique d'entrer en guerre contre lui. Il lui assure en échange quelques avantages territoriaux en Extrême-Orient. Dans les faits, la bombe atomique d'Hiroshima rend l'intervention soviétique inutile en mettant fin à la guerre du Pacifique plus tôt que prévu.
C'est donc avant tout sur l'Allemagne que portent les discussions de Yalta.
Les trois chefs alliés projettent de démilitariser et de dénazifier l'Allemagne et de la découper en trois zones d'occupation (Churchill obtient après coup qu'une zone soit accordée à la France ).
Ils prévoient de démanteler son industrie militaire et de dissoudre l'armée du IIIe Reich. Capitulation sans conditions pour l'Allemagne excluant ainsi tout armistice, donc capitulation militaire mais aussi politique. On chiffre à 20 milliards de dollars - un montant énorme - les réparations qui seront imposées à l'Allemagne (dont la moitié pour l'URSS), sous forme de transferts de biens industriels, de marchandises, de main d'oeuvre.
Les Trois Grands se proposent de réunir à San Francisco, en avril 1945, une conférence internationale en vue de remplacer la défunte Société des Nations (SDN).
On espère que la future Organisation des Nations Unies, implantée à New York et dotée de plus grands pouvoirs, se montrera plus efficace. À la tête de l'ONU est prévu un Conseil de sécurité au sein duquel une poignée de membres permanents disposeront d'un droit de veto (c'est l'assurance pour ces membres de n'être jamais gênés par une décision de l'ONU).
Churchill plaide avec énergie pour qu'en plus des Trois Grands (États-Unis, Royaume-Uni, URSS), la France et la Chine disposent aussi d'un siège permanent. Bien entendu, il n'est pas question de contester à l'URSS victorieuse les territoires qu'elle a déjà annexés ou s'apprête à le faire.
C'est ainsi qu'elle conserve les États baltes (Lituanie, Lettonie, Estonie) dont elle s'était emparée en 1940 ainsi que la Moldavie, enlevée à la Roumanie. Elle conserve aussi la Carélie finnoise et la Pologne orientale. La Pologne est malgré tout un des points les plus difficiles dans les discussions. Roosevelt finira par accepter les demandes soviétiques en échange d'élections libres.
L'URSS annexe la Prusse orientale dont la population est sans ménagement chassée vers l'ouest. La capitale de cette vieille province allemande, la prestigieuse Koenigsberg, ville natale du philosophe Emmanuel Kant, devient une base militaire soviétique sous le nom de Kaliningrad.
En ce qui concerne les autres pays européens d'Europe centrale libérés de la tutelle nazie, les «Trois Grands» s'engagent à les laisser libres de choisir démocratiquement leur destin par la voie d'élections libres. Principes réaffirmés dans une «Déclaration sur l'Europe libérée».
Mais les déclarations de Yalta ne sont pas malheureusement suivi d'effets et l'URSS ne tarde pas à imposer sa loi aux États de l'Europe de l'Est, à les intégrer au système communiste et à les transformer en États satellites.
Tout au long de la conférence, Roosevelt se laisse abuser par les bonnes manières et la bonhomie de Staline. Il croit en sa loyauté. Il ne lui faut que quelques semaines pour mesurer ses erreurs et constater en Pologne et ailleurs le peu de crédit des promesses de Staline.
En fait, malgré son grand retentissement médiatique, la conférence de Yalta n'a eu aucun effet sur la fin de la Seconde Guerre mondiale. Bien accueillie à l'époque, elle fit plus tard l'objet de débats passionnés : mise à l'écart de la France, division de l'Europe, manifestation de l'hégémonie américaine ou inversement de capitulation américaine devant Staline !
Contrairement à une légende postérieure, il n'a pas été question d'un «partage» de l'Europe au cours de la conférence de Yalta. C'est de son propre chef et en violation des promesses faites à Yalta que Staline a imposé un régime communiste à tous les pays libérés par ses armées (sauf l'Autriche). Churchill lui-même a facilité cette mainmise sur l'Europe centrale lors d'un tête-à-tête à Moscou, le 10 octobre 1944, cinq mois avant la conférence de Yalta
Le dictateur soviétique savoure son triomphe quelques mois plus tard à la conférence de Postdam, du 17 au juillet au 2 août 1945 qui aboutira à la partition de l'Allemagne en deux parties et au blocus de Berlin.
La chute du mur de Berlin en 1989 qui ouvre la voie à la réunification allemande a remis en cause l'ordre international institué à Yalta,
mais c'est une autre histoire !

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