En collaboration avec Radio Pays d' Hérault, voici une nouvelle série d'articles historiques pour cette année 2021, que nous publierons tous les jeudi. Les "hiers" sont nombreux dans l'histoire des hommes, des milliers de jours de sang, de larmes, de conflits et de destructions mais aussi de progrès scientifiques, médicaux et industriels inespérés.Tous ces "hiers" les uns après les autres, ont permis aux hommes d'accomplir certains rêves comme d'échapper à l'attraction terrestre, de conquérir l'espace, de concevoir l'infini. Des populations asservies aux peuples libérés, de la cruauté des uns à l' héroïsme des autres, la mémoire collective de cette humanité se nomme l' Histoire et c'est la nôtre ! " une autre histoire " vous fera revivre, semaine après semaine, les grands évènements d'un passé qui ne peut que donner du sens à notre avenir. Vous pouvez également écouter cette chronique sur RPH.

Le 21 janvier1840, voilà exactement 181 ans, deux navires battant pavillon français se fraient un chemin parmi les icebergs de l'océan Antarctique.

Le commandant de l'expédition, le navigateur français Jules-César Dumont d'Urville pose le pied sur une terre glacée de l'Antarctique dont il prend possession au nom de la France. Le découvreur de ce territoire est un personnage représentatif du début du XIXe siècle. Comme ses concitoyens, las des guerres révolutionnaires, il a foi dans le progrès et aspire à mieux connaître le monde. C'est un aventurier au service du progrès.
En 1819, à la veille de ses 30 ans, Dumont d'Urville participe à une expédition scientifique en mer Egée. Sur l'île de Milo, il est informé de la découverte d'une statue de Vénus par un officier de marine. Il en fait l'acquisition pour le compte de son gouvernement et la ramène en France. La Vénus de Milo trône aujourd'hui en bonne place au musée du Louvre.
Le marin effectue aussi deux voyages scientifiques autour du monde avant de prendre en 1826 le commandement d'une corvette, l'Astrolabe. Il a mission de récupérer ce qui reste des navires de Lapérouse, un explorateur disparu en Polynésie, à la veille de la Révolution française, 40 ans plus tôt. Les restes des navires de Lapérouse avaient été repérés en 1827 sur l'île de Vanikoro par le capitaine anglais Peter Dillon, lequel avait reçu en conséquence une récompense des mains du roi de France. Au terme d'un périple de trois ans dans le Pacifique et autour de l'Australie, Dumont d'Urville ramène en France une grande masse d'informations scientifiques et publie le compte-rendu de son voyage. dumontdurvilleadelie
À cette époque, les Anglo-Saxons commencent à explorer les régions antarctiques. Le roi de France Louis-Philippe 1er, qui est passionné de géographie, veut les prendre de vitesse. Il est séduit par un projet que lui présente Dumont d'Urville et contribue lui-même au financement de sa mission. C'est ainsi que Dumont d'Urville arme l'Astrolabe et une autre corvette, la Zélée. Il appareille de Toulon à l'automne 1837.
Deux ans plus tard, ayant découvert les îles aujourd'hui connues sous le nom de Joinville et Louis-Philippe, il fait relâche sur l'île de Tasmanie, au sud de l'Australie, ses marins souffrant du scorbut. Profitant de l'été austral il repart et le 21 janvier 1840, il touche enfin cette terre tant convoitée et qui va faire sa gloire. Il la nomme "la Terre Adélie" en l'honneur de sa femme Adèle et pousse même la délicatesse jusqu'à donner aussi son prénom aux manchots du cru, les manchots Adélie. Dumont d'Urville arrive plus près du pôle Sud qu'aucun autre homme avant lui.
De retour en France, le capitaine de vaisseau est fait contre-amiral. Mais il n'a pas le temps de publier ses observations ni de jouir de sa gloire... Le dimanche 8 mai 1842, il périt avec sa femme et son fils dans le premier accident de l'histoire du chemin de fer. Le drame survient à Meudon, sur la ligne Paris-Versailles et fait 55 morts. Les contemporains s'en émeuvent mais considèrent que c'est le prix à payer pour le progrès. César Dumont d'Urville ne les eut pas contredits. Mais qu'en eut pensé Adèle, son épouse ?
Le bilan scientifique de ses expéditions est considérable notamment en ce qui concerne la cartographie , l'ethnographie et l'histoire naturelle de l'Océanie. Caractère hautain et susceptible, forte personnalité au savoir encyclopédique, Dumont d'Urville a dominé incontestablement l'exploration maritime française de la première moitié du 19ème siècle !
Aujourd'hui et en conformité avec le traité de l'Antarctique, signé à Washington en 1959, la terre Adélie est gérée par la France. Cette fraction du «continent blanc», au sud de l'Australie, abrite une base scientifique permanente, la base Dumont d'Urville. La France possède par ailleurs dans l'océan Antarctique, au sud de la Réunion, les îles Kerguelen.
Les conséquences du réchauffement climatique se font aussi sentir sur les pôles. En Terre Adélie, par exemple, en l’espace de quelques années seulement, plusieurs espèces voient leur population baisser, comme par exemple les manchots (empereur, jugulaires ou Adélie), le gorfou sauteur, l'albatros à sourcils noirs et l'éléphant de mer.
Mais c'est une autre histoire !

 

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