Le 4 février 1794, voilà exactement 227 ans, la Convention vote l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises (ou ce qu'il en reste). Dès avant la Révolution française, l'abbé Henti Grégoire milite en faveur de l'intégration des Noirs et fonde le 19 février 1788, avec quelques nobles libéraux comme les marquis de Mirabeau et de Lafayette ou encore de Condorcet, la «Société des Amis des Noirs». Elle est calquée sur une société fondée quelques mois plus tôt par des Quakers anglais.

Plus utopistes que les abolitionnistes anglais, ils réclament non seulement la fin de la traite (l'achat de Noirs en Afrique et leur revente en Amérique) mais aussi l'abolition immédiate de l'esclavage proprement dit.
Quand, au début de la Révolution, la célèbre Nuit du 4 août met fin aux privilèges féodaux, on n'envisage pas d'étendre aux esclaves le principe d'égalité devant la Loi. Pas plus quand les députés promulguent la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
L'Assemblée Constituante fait un modeste pas en avant vers l'émancipation des personnes de couleur en accordant en mars 1790 quelques droits politiques aux mulâtres et aux Noirs affranchis. C'est manifestement insuffisant !...
Le 15 mai 1791, le débat fait à nouveau rage à l'Assemblée nationale. Les représentants des colonies, qui sont des planteurs de souche noble, menacent de se séparer de la métropole si l'on abolit l'esclavage. Ils justifient son maintien en invoquant le droit de propriété inscrit dans la Déclaration des droits de l'homme dans son article 17.
Cela n'empêche pas un député, Pierre Samuel Dupont de Nemours, de plaider courageusement pour l'abolition au nom des grands principes. Finalement, l'Assemblée se contente d'accorder le droit de vote à certains hommes de couleur libres.
Le 28 mars 1792, la nouvelle Assemblée législative fait un nouveau pas en avant et établit une égalité de droit entre tous les hommes libres (à l'exception des esclaves). Mais toujours pas d'abolition de l'esclavage !
Ces demi-mesures et ces dissensions ne satisfont guère les esclaves. À Trois-Rivières, au sud de la Guadeloupe, une des petites Antilles, une révolte aussi brève que violente éclate dans la nuit du 20 avril 1793. Plusieurs Blancs sont massacrés.
À Saint-Domingue (aujourd'hui Haïti), la principale et la plus riche de toutes les colonies françaises, affranchis et esclaves se soulèvent sous le commandement d'un chef nommé Toussaint Louverture. Devant ce soulèvement et les menaces d'invasion anglaise et espagnole, les commissaires de la République française à Saint-Domingue se résignent à proclamer la liberté générale des esclaves. C'est chose faite le 29 août 1793 dans la province du Nord et le 4 septembre dans les parties ouest et sud. Tout cela bien avant l'abolition officielle !
Trois députés sont élus par la colonie, un Blanc, Jean-Baptiste Mills, un mulâtre, Louis-Pierre Dufay, et un Noir originaire du Sénégal, Jean-Baptiste Belley qui sont reçus à la Convention sous les acclamations et reçoivent l'accolade du président de l'Assemblée.
abolition1794La Convention vote enfin dans l'enthousiasme le décret qui abolit l'esclavage dans toutes les colonies. Nous sommes le 4 février 1794 !
Le vote des Conventionnels, si remarquable soit-il, passe inaperçu dans l'opinion publique.
Le décret de Pluviôse comme on l'appelle est appliqué de façon très variable selon les colonies. En réalité, cette mesure sans précédent votée par les députés de la Convention n'a pris effet qu'en Guadeloupe et à Saint-Domingue.
– La Martinique, occupée par les Anglais, n'en a pas profité et les planteurs ont pu conserver leurs esclaves grâce à la bienveillance des occupants.
– Dans l'océan Indien, les colons de l'île de la Réunion et de l'île Maurice ont réussi à s'opposer à l'application du décret.
– Quant à la grande île de Saint-Domingue, elle a attendu le départ des Anglais, chassés par Toussaint Louverture en octobre 1798, pour appliquer le décret et abolir l'esclavage. Encore les anciens esclaves n'ont-ils troqué leur statut que pour celui de travailleurs forcés...
Le Premier Consul, pragmatique, aurait sans doute souhaité s'en tenir au statu quo. Mais il est pris de court par la restitution à la France de l'île esclavagiste de la Martinique à la paix d'Amiens et plus encore par les velléités indépendantistes de Saint-Domingue.
Mais Toussaint Louverture ne veut pas en rester à sa victoire sur les Anglais. Il se nomme Gouverneur général à vie de l'île. Il mène une politique indépendante et signe des contrats de commerce avec les États-Unis et la Grande-Bretagne.
C'est plus que n'en peut supporter Napoléon Bonaparte qui décide de rétablir à Saint-Domingue la souveraineté française. Le 14 décembre 1801, une flotte de 36 navires appareille de Brest avec 23.000 hommes. L'expédition est plus importante que celle que Bonaparte conduisit en Égypte trois ans plus tôt... Son échec sera encore plus dramatique !
Même objectif pour la Guadeloupe où Victor Hugues, nouveau maître de l'île, fait immédiatement appliquer le décret de Pluviôse. Le 2 mai 1802, une autre flotte de 11 navires débarque 3500 hommes en Guadeloupe. Elle a là-aussi pour mission de restaurer l'ordre dans l'île où un conseil animé par des officiers de couleur a pris le pouvoir. Au prix de nombreuses atrocités, l'île est reprise aux insurgés et l'esclavage est rétabli.
Dans ce contexte, les colons qui n'ont jamais accepté le décret de Pluviôse encourage Bonaparte à l'abolir. Cambacérès, le deuxième consul, avocat des planteurs, mais peut-être aussi sa propre femme, Joséphine de Beauharnais, issue d'une riche famille créole de la Martinique utilise leur influence. Le 20 mai 1802 Napoléon Bonaparte signe le décret par lequel il légalise à nouveau l'esclavage.
La France a été en 1794 l'un des premiers États au monde à tenter d'en finir avec l'esclavage. Le Royaume Uni l'abolira dès 1833 et les États-Unis en 1865 avec leur 13ème amendement
La France ne l'abolira définitivement qu'en 1848, sous l'impulsion de Victor Schoelcher.
Mais c'est une autre histoire !

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