Un bateau rempli de migrants sur une mer rouge sang . . . l’affiche de la ville de Béziers qui annonce la conférence sur l’immigration du 14 octobre à 19 h au théâtre des variétés, n’est pas une affiche de soutien à SOS Méditerranée. C’est une énième déclinaison de la théorie du « grand remplacement ».
La théorie du « grand remplacement » est une peur agitée par l’extrême droite depuis la fin du 19ième siècle. Dans les décennies récentes elle a connu deux épisodes majeurs qui brandissent, la disparition de la civilisation européenne à cause de l’immigration.
Épisode 1 : Jean Raspail
En 1973, Jean Raspail, catholique tendance traditionnelle, royaliste, membre des milieux d’ultradroite de l’époque, publie son nouveau roman « le camp des saints », un titre tiré de l’apocalypse.
Raspail imagine l’arrivée sur les côtes françaises d’un million de migrants venus d’Inde, jetés sur les mers par la misère et attiré par la richesse de l’Occident pour la piller. Les envahisseurs violent, pillent, tuent et entraînent dans leur sillage tous les immigrés du pays. Des résistants « de souche » prennent les armes et défendent l’Europe contre tous les immigrés.
Ce livre d’un racisme et d’une violence rare récolte les louanges de la droite et un haussement d’épaule dédaigneux de la gauche.
Pourtant le caractère complotiste de la prose de Raspail était déjà présent dans « le Figaro ». Le 6 mai 1971, il y imaginait déjà une invasion de hordes de miséreux.
La prose de Raspail devient un « best-seller » dans les milieux de l’ultradroite, on s’y repasse « le camp des saints » comme un texte interdit, dont la vision d’avenir serait victime d’un complot judéo-maçonnique.
Interdit, ce texte ne l’a pourtant jamais été. Raspail n’a subi aucun ostracisme pour ses écrits. Il a continué d’être édité, squatté nombre de plateaux télés, jusqu’à sa disparition en 2020.
Signe de la porosité existante, le discours de Raspail va être abondamment relayé par l’extrême droite de Zemmour et Le Pen.
Cette dernière revendique « le camp des saints » comme son livre de chevet. Elle saluera la mémoire de Raspail à sa mort en lui décernant le qualificatif de « prophète ».
Épisode 2 : Renaud Camus
Renaud Camus est jusqu’aux années 2000 un graphomane acharné qui publie un journal par an depuis la fin des années 1980.
En avril 2000 paraît « la campagne de France : journal 1994 », la controverse éclate quand Camus s’énerve contre le trop grand nombre d’intervenants juifs dans une émission de France Culture qu’il affectionne.
Depuis quelques temps des voix s’élevaient contre les saillies ultra limites que contenaient ses journaux.
Il apparaît rapidement que Camus n’a pas qu’un seul ennemi. Outre les juifs, il exècre les musulmans, dont il souhaite dans son journal qu’ils soient toujours étrangers en France.
Plusieurs années avant la parution du « grand remplacement » les ferments idéologiques d’extrême droite étaient bien en place.
En novembre 2010, Camus publie un livre programme « De l’In-nocence : abécédaire ». Le texte propose une entrée consacrée au « grand remplacement », à savoir la disparition du peuple européen au profit d’un nouveau peuple issu de l’immigration extra-européenne.
Cette pseudo théorie est essentiellement une vue de l’esprit facilement contestable, qui n’est pas étayée d’un point de vue scientifique et intellectuel.
Cette idée est abondamment utilisée par l’extrême droite, là aussi de Zemmour à Le Pen.
On la retrouve citée au mot près par le terroriste australien Brenton Tarrant, auteur du massacre raciste de Christchurch en Nouvelle-Zélande.
On la retrouve dans le discours De Valérie Pécresse candidate des Républicains en 2022.
On la retrouve dans la stratégie de défense nationale de l’administration Trump en 2025 où elle sert de fondement aux agissements de la police de l’immigration : ICE
Une sorte de mise en pratique des théories d’extrême droite : c’est dans cette lignée que se situe le maire de Béziers en invitant le conférencier d’un soi-disant « think-thank » qui en réalité est financé par le milliardaire exilé fiscal d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin.











