L’extrême droite en France, on l’a déjà essayé (5). La Solidarité française

le 4 octobre, 2026

Nous poursuivons notre radiographie des partis et mouvements d’extrême droite des années 1930 dans le but de repérer les connexions avec l’extrême droite d’aujourd’hui. Cette semaine c’est le tour de la Solidarité française.

(5). La Solidarité française

La Solidarité Française (SF) fut lancée en juin 1933 par François Coty, un milliardaire anticommuniste et antisémite qui avait bâti sa fortune grâce aux parfums et son entreprise de presse.

Coty était propriétaire de « l’Ami du peuple », un quotidien bon marché et à très fort tirage.

À la tête du mouvement des jeunes de la SF, qui regroupait des troupes de choc, on trouvait le comte de Gueydon, connu sous le pseudonyme de « Vinceguide ».

L’objectif affiché de la SF était de barrer, y compris par les armes : « La route à l’internationalisme ».

La SF espérait former un « Front national » avec les autres organisations fasciste contre le cartel des gauches. Elle voulait à la longue, provoquer la chute de la 3ième République, une république à qui elle reprochait d’admettre l’existence même du marxisme.

En juillet 1933, un mois après sa création, la SF disait avoir recruté 30 000 pour ses unités de combat, les « bérets bleus ». En décembre elles annonçait compter 300 000 membres. Il est évident que ces chiffres étaient exagérés. D’après les historiens elle n’en avait que 20 000 en 1934, dont 3000 dans les troupes de choc.

La base de la SF était constituée de petits-bourgeois. Comme Hitler et Mussolini, avant qu’ils arrivent au pouvoir, la SF se faisait passer pour un défenseur de la petite bourgeoisie contre la grande bourgeoisie.

Dans son livre « La Solidarité française attaque » qui fut publié en 1935, un de ses dirigeants, Renaud, proposait une alliance entre les « Chemises vertes » (voir épisode précédent) et ses « Chemises bleues ». Mais ces tentatives se soldèrent par un échec.

Parallèlement la SF essaya de détacher les ouvriers des syndicats de gauche en les attirant dans des syndicats jaunes, ce fut aussi un échec.

À l’instar d’une organisation d’extrême droite actuelle le slogan de la SF était : « La France aux Français ! ».  

Le 6 février 1934, la SF était le plus grand mouvement fasciste français. Ses « Chemises bleues » furent au premier plan dans les combats qui eurent lieu place de la Concorde et place Vendôme, qui visaient à attaquer l’Assemblée nationale.

Dans une sorte de répétition générale, les soirées précédant le 6 février, les groupes de choc de la SF parcouraient les rues de la capitale en criant « la France aux Français ».

Après les émeutes du 6 et les contre-manifestations du 7 au 12, la SF chercha à unifier les factieux dans un « Front national » qui devait s’opposer à un front rouge.

L’Action française et les Jeunesses patriotes (voir épisodes précédents) acceptèrent de se joindre à la SF pour former cette coalition.

En juin 1935, le « Front national » organisa une réunion publique autour du mot d’ordre : « De l’ordre, de l’autorité, un chef, pour la France ! »

Le déclin de la SF s’amorça à cause de difficultés financières et de la mort de son créateur Coty. Politiquement, elle déclina faute d’avoir pu dégager un seul chef pour appliquer son programme.

Cette montée au zénith et cette dégringolade est typique des organisations fascistes qui sont souvent rongées de l’intérieur par des luttes intestines qui, faute de démocratie, ne peuvent se régler que par la violence (voir dans les épisodes précédents l’histoire de l’Action Française, la Ligue des patriotes, des Jeunesses patriotes et du Faisceau).

Ces hauts et ces bas illustrent une des traditions du fascisme français.

Comme ses organisations sœurs actuelles le message de la SF était contradictoire, il affichait un soutien à Hitler et Mussolini mais préconisait le patriotisme contre ces puissances étrangères.

Comme tous les mouvements fascistes des années 1930, la SF se disait républicain. Mais le républicanisme auquel elle se référait visait à saper le système démocratique.

Pour la SF le féminisme menaçait les bases de la société patriarcale et les traditions de gauche (l’anticléricalisme, la solidarité, les libertés publiques …) ne faisaient pas partie de la France « véritable ».

En résumé, la SF possédait les signes particuliers des fascismes européens de l’entre-deux-guerres et des partis néo-fascistes modernes.

La SF incarne une sorte de fil brun de la continuité fasciste.

(Les données présentes dans cet article sont extraites du livre de l’historien Robert Soucy intitulé « Fascismes français ? 1933 – 1939 » dans la collection Mémoires des éditions « Autrement », il a été édité en 2004)

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