L’AFFAIRE DU CINÉMA RENÉ VAUTIER À ELNE (suite)

le 6 octobre, 2026

Dans notre dernière lettre-info, on vous racontait le choix de la mairie (extrême droite) d’Elne, dans les Pyrénées-Orientales, d’effacer de son cinéma le nom de René Vautier et qui n’est pas passé inaperçu, notamment grâce à une pétition lancée par des habitants de la commune (voir l’article précédent). Cette pétition a atteint 11 379 signatures en une semaine, 1300 signatures dans les dernières 24 heures.De nombreux articles ont été publiés dans la presse internationale, nationale, locale, des communiqués des diverses institutions cinématographiques, associations de programmation, syndicats de réalisateurs, de diffuseurs, ont exprimé leur indignation et leur solidarité. Une centaine de cinémas ont repris le nom de René Vautier pour renommer leur cinéma en signe de protestation, afin d’honorer la mémoire du cinéaste et résistant à l’occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale.De nombreux cinéastes, producteurs, distributeurs, programmateurs, nous ont contactés, et ont contacté la famille de René Vautier, pour exprimer leur soutien et leur solidarité, pour programmer des films du cinéaste. Nous nous associons à la famille Vautier pour les remercier chaleureusement.
Douarnenez
Une centaine de cinémas, cette semaine, ont affiché comme enseigne le nom de René Vautier, effacé du cinéma d'Elne. Le mouvement continue encore à s'amplifier !
cinémas
Quelques jours avant le lancement du nouveau cinéma, effacé du nom de René Vautier, et "mis au pas" par le maire Steve Fortel, l’association qui devait reprendre la programmation du cinéma d’Elne a renoncé, confirmant l’information que nous avions relevée dans le projet de convention, un article qui actait que « la ville avait un droit de regard sur la programmation, en dernier recours. »
Ce vendredi 2 octobre, jour où le maire d'Elne inaugurait son cinéma "neutralisé", sous contrôle, entouré des élus de sa majorité entrés par la petite porte de derrière, d'autres élus d'extrême droite de la région, de la police municipale et de la gendarmerie nationale, des forces mobilisées pour rien (quelle image pour un cinéma qui re-ouvre !). Face à ce tableau à la triste allure, en panne de mots et d'idées sur ce que représente un cinéma (la plupart de cette assemblée n'avait jamais mis les pieds dans un cinéma), un rassemblement très pacifiste de spectateurs, essentiellement habitants d'Elne, a protesté pacifiquement et joyeusement contre cet acte très politique qui n'a dupé personne. Même les moins cinéphiles, même des gens qui ont voté pour ce maire, se demandaient pourquoi celui-ci avait trouvé si urgent et important de prendre cette décision absurde, avec toutes les autres préoccupations qui font la vie d'une commune traversant tant de difficultés, et qui a plutôt besoin de vivre en paix dans sa diversité. C'est ce que sont venus nous dire discrètement des habitants, et même des employés municipaux, affligés du fiasco, et inquiets de leurs missions à venir... Ceux qui ont suivi le conseil municipal du 22 septembre savent pourquoi cette décision a été prise : Monsieur le maire a lu sur Wikipédia que René Vautier avait fait des films en Algérie et qu'il était communiste... Rien d'idéologique bien sûr dans sa décision d'effacer son nom du cinéma, que René Vautier avait pourtant inauguré il y a vingt et un ans, bien avant que Steve Fortel fasse ses armes dans le Parti nationaliste français, son "erreur de jeunesse" pas si lointaine que ça, qui lui a fait rejoindre le troupeau de "brebis galeuses" exclues du RN (cf. Blast 25.11.2025 Dans les Pyrénées-Orientales, bientôt un maire pétainiste ?). Il est fort probable que Steve Fortel et ses conseillers n'ont jamais vu un film de René Vautier. Pourtant, ils auraient appris un peu de l'humanité.
Rassemblement
Images extraites du film en cours des Mutins de Pangée...
Face à cette situation embarrassante, Steve Fortel a refusé toute communication avec la presse et a rejeté nos demandes de lui donner la parole dans notre film en cours. Il a refusé de donner plus d’explications à Moïra, fille de René Vautier, et, dans un geste d’une violence crasse, il lui a remis la plaque du cinéma qui rendait hommage à son père, une plaque qu’il avait fait arracher avant même la décision du conseil municipal. Émue, mais combative, Moïra lui a souhaité bon courage pour faire de son nouveau cinéma sous contrôle, un vrai cinéma « Art et essai », lieu de diversité et de débat, qui pourra prétendre profiter des aides redistribuées. Il n’est pas certain que les pop corn suffiront à combler le vide imaginaire.
Nous avions alerté précédemment, par courrier, le conseil municipal d’Elne qu’un cinéma n’est pas une salle municipale comme les autres, qu’elle n’est pas hors du monde, hors d’un système de diffusion, qu’elle s’inscrit dans un réseau solidaire, avec des principes et des règles. Bien sûr, le conseil municipal est tout à fait légitime pour changer le nom de son cinéma. Par contre, un cinéma municipal ne peut prétendre être un cinéma « Art et essai », disposer de l’argent collecté par les fonds de soutien sur les billetteries CNC, en revendiquant une programmation sous le contrôle d’un maire, quel qu’il soit. Nous en profitons d’ailleurs pour faire passer le message à tous les maires de France, quelle que soit leur affinité politique et à tous les citoyens et spectateurs de salles « Art et essai ». L’indépendance de la programmation du politique est une condition inaliénable. Et nous dénoncerons toute tentative d’ingérence d’un maire, à chaque fois qu’on nous le signalera, quelle que soit sa tendance politique, qu’il soit de droite ou de gauche, qu’un film lui plaise ou non. Le maire n’est pas le programmateur du cinéma de la commune dont il est élu. La programmation d’une salle « Art et essais » doit rester indépendante, et la personne ou le collectif qui en est en charge doit garder le choix de programmer ou de ne pas programmer un film. Nous ne protestons jamais quand un film n’est pas programmé dans une salle, mais nous avons déjà constaté des déprogrammations sur nos films, sous pression politique, alors que ces films obtiennent systématiquement le label « Art et essai », nous l’avons aussi constaté récemment sur un film comme L’affaire Abdallah de Pierre Carles, et ce genre de censure, sur un film qui a un Visa du CNC, n’est pas acceptable en France. Quant à l'autocensure, c'est une affaire de conscience qui regarde les personnes qui programment. On ne fourni pas les miroirs. 
Célébrer la mémoire de René Vautier, c’est saluer son œuvre, très souvent censurée, dès son premier film Afrique 50. C’est aussi rappeler sa grève de la faim en 1973, qui a aboli le visa de censure politique au cinéma en France, au moment de la sortie du film de Jacques Panijel : Octobre à Paris (à propos des manifestants jetés à la Seine le 17 octobre 1961 sous les ordres du ministre Papon), un film dont on apprend d’ailleurs qu’il ressort au cinéma le 21 octobre prochain (bravo !). Tout ça n'a rien à voir avec l'effacement du nom de René Vautier ? Il n'y a pas de neutralité, il y a des actes qui neutralisent. 
Le nom de René Vautier aura beau être effacé de l’enseigne d’un cinéma, l’histoire reste l’histoire, et la mémoire ne sera pas effacée partout. Et les films de René Vautier continueront à rendre fous de rage les nostalgiques des mauvais temps anciens, des occupants et des colonies d’antan. D’ailleurs, notre proposition de programmer le court-métrage (très à propos), Le remords, est suivie de nombreuses demandes. Vous trouverez les programmations en cours sur l’agenda des mutins.
Merci pour vos réactions, merci pour vos relais. C’est grâce à cette persévérance et à cette solidarité qu’on peut perpétuer la volonté de René Vautier, qu’il avait exprimée lors de l’inauguration du cinéma d’Elne, il y a vingt et un ans : « Ce sera à vous de continuer à faire vivre l’esprit de résistance en participant aux discussions autour des films qui passeront dans cette salle. »
Nous avons filmé sur place à Elne ces jours-ci. Un très grand merci aux gens qui nous ont accueillis sur place, particulièrement à Annie. Merci aux personnes qui ont accepté de parler devant les caméras. Honte au maire et à ses élus qui sont restés campés , les doigts sur la couture, et qui ont refusé de parler sans l'autorisation du chef, qui lui même n'avait rien à dire.  On se contentera de quelques balbutiements qui en disent long. Nous reviendrons sur cette affaire, plus en détail prochainement, car elle dit beaucoup de la bataille mémorielle et culturelle qui se mène dans le pays… mais aussi du risque de ce qui nous attend l'année prochaine à l'échelle du pays si la prise de conscience ne s'élargie pas. 
Plaque René Vautier
La plaque qui était visible dans le cinéma municipal d'Elne avant que le maire ne la fasse arracher... et finisse par la rendre à la famille Vautier, suite à la demande de sa fille Moïra.
Si ce n’est pas encore fait, vous pouvez encore rejoindre la pétition lancée par des habitants et cinéphiles d’Elne, pour retrouver le vrai nom de leur cinéma René Vautier. La lutte continue ! On mollit pas !
SIGNER LA PÉTITION
­À VOIR GRATUITEMENT­
Le remords
Résumé : Comment un réalisateur justifie le choix de se taire face à une injustice dont il a été témoin. Dans cette fiction, René Vautier joue lui-même le rôle ingrat du réalisateur parce qu’il ne trouve pas d’acteur qui accepte de le jouer.
Ce court-métrage est visible gratuitement sur CinéMutins, mais aussi disponible gratuitement (en copie DCP) pour les cinémas qui souhaitent le programmer en avant-programme en ce mois d'octobre. Si vous programmez une salle, un festival, n'ayez pas de remords... contactez-nous et on vous envoie le DCP. Toute la programmation en cours ici.

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