Les nouveaux habits de l’extrême droite (6). Le web facho : Baptiste Marchais

le 11 octobre, 2026

Dans les années 20210, le web connaît des bouleversements profonds. Chacun dans sa catégorie, Facebook, Twitter, YouTube, Instagram va faire exploser les lignes de l’internet d’avant, celui des sites, des blogs, de l’écrit. À la place, l’image, la vidéo, vont devenir le canal principal par lequel passent la plupart des contenus de l’extrême droite qui voit émerger de nouvelles figures. Cette semaine nous nous arrêtons sur Baptiste Marchais le précurseur du « Canon français ».

Le web facho (6) : Baptiste Marchais

De son vrai nom Baptiste Deodati, Marchais est né en 1994, ancien champion de « powerlifting » (discipline dérivée de l’haltérophilie), amateurs de cigares, il lance en 2020 la chaîne « Bench & Cigars », qui semble à l’origine se rattacher aux univers « fitness et lifestyle », très populaires sur YouTube.

Grâce à ce produit d’appel, Marchais peut caser un contenu militant qui est tout sauf anodin.

Marchais est aussi et surtout un ancien des JNR, les Jeunesses nationalistes révolutionnaires, un groupuscule fasciste violent menés par le non moins violent Serge Ayoub.

(Serge Ayoub alias « Batskin » est un skinhead vétéran des années 1980, devenu gourou de la nouvelle génération néonazie. L’implication de membres des JNR dans la mort de Clément Méric a entraîné sa dissolution, ainsi que celle du mouvement « Troisième voie » également dirigé par Ayoub).

Cet héritage des JNR transpire dans les productions de Marchais, notamment les « Repas de seigneur » précités.

Attablés autour d’une montagne de viande et de charcuterie, Marchais et ses invités discutent de tout, de rien, font des blagues, parlent de la France, des islamo-gauchistes, de la dévirilisation des hommes sous la pression des féministes.

Parmi les invités de ces repas, outre Jean Lasalle ou Jean-Marie Bigard, on retrouve Papacito (voir épisode précédent).

Dans une vidéo vue plus d’un million de fois, Papacito, Marchais et Julien Rochedy (ex-patron du Front national de la jeunesse) discutent avec le vidéaste identitaire pro-Trump Georges Jordi. L’objet de la rencontre est de dire ses quatre vérités à « la presse wokiste, islamo-gauchiste, anti-France ».

Le tout se fait avec le sourire, en sirotant un digestif et en tirant sur un cigare. Au milieu de tout ça, on a un discours très politique. Les spectateurs sont appelés « les amis », les discutant ne se présentent pas comme des sachants.

L’effet visé cherche à susciter l’identification grâce à une proximité recherchée avec une personne célèbre, qui passe, elle, à la télévision.

L’artifice est aussi vieux que la célébrité, mais l’univers numérique a donné une puissance de frappe incomparable à ces influenceurs.

Les influenceurs d’extrême droite utilisent les mêmes codes que les autres. Ils se retrouvent au milieu d’un spectre où on aurait aux extrêmes l’extrême droite institutionnelle et l’ultradroite la plus radicale. Il faut faire semblant de ne pas faire de politique, se montrer sympathique, proche du peuple en mangeant du fromage, de la viande, en buvant du vin.

La puissance du narratif qu’ils instaurent sert à banaliser le discours et les valeurs de l’extrême droite. Ce narratif passe par le basculement dans le politique de thématiques qui n’avaient pas forcément vocation à y entrer.

Marchais est en cela un des précurseurs des repas du canon français montés par un milliardaire d’extrême droite, Stérin.

Ces derniers temps Marchais, comme Papacito ou le Raptor, délaissent YouTube. Les signalements répétés les privent de la monétisation confortable qui motive aussi l’essentiel de leurs productions. Ils ont pour la plupart migré vers les podcasts, les messageries chiffrées, les plateformes réservées aux abonnés.

Ils gardent évidemment une vitrine sur les réseaux ouverts et continuent d’apparaître sur YouTube, invités par leurs comparses de la « nouvelle génération » qui mêle femme et hommes.

Nouvelle génération que nous décrypterons la semaine prochaine.

Cet article est une recension du livre de Thomas Rozec « La mytho des fachos » paru aux éditions Binge en mai 2026. Je vous en recommande vivement la lecture intégrale et l’achat.

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