L’extrême droite en France, on l’a déjà essayé (7). Les intellectuels fascistes

le 18 octobre, 2026

Au cours des années 1930, des intellectuels, écrivains, journalistes, fascistes ont fourni à leurs lecteurs des raisons de soutenir certains des mouvements politiques les plus brutaux du 20ième siècle. Cent ans plus tard nous retrouvons d’autres « plumes » au service de croisades tout aussi néfastes.

(7) les intellectuels fascistes

Parmi les idées que ces intellectuels faisaient circuler, celles qui prédominaient étaient celle de la décadence, de la spiritualité, du racisme, de l’antisémitisme et de l’anticommunisme. Quatre d’entre eux sont particulièrement connus : Bertrand De Jouvenel, Pierre Drieu La Rochelle, Robert Brasillach et Louis-Ferdinand Céline.

Je vous propose de radiographier leur pensée et mesurer son actualité

Bertrand de Jouvenel

En 1938, Bertrand de Jouvenel écrit « Le réveil de l’Europe » un ouvrage à la gloire du fascisme. Il y défend la thèse que le problème de son temps est celui des « rapports du temporel au spirituel ».

Pour lui, un homme qui gouverne est un homme qui en commande d’autres. Pour que ses ordres soient exécutés avec empressement il faut que l’autorité spirituelle et l’autorité temporelle ne fassent plus qu’une.

L’exemple brandi par Jouvenel est celui de la Rome antique, incarné dans la figure de l’empereur.

Jouvenel reconnait que les fascistes italiens et allemands se sont livrés à des actes qu’il qualifie de « virils, mais nécessaire, pour garantir l’union nationale ».

Il reconnait aussi que la foi fasciste est empreinte de haine, mais il estime qu’elle est justifiée quand elle se tourne contre « ceux qui veulent la ruine de la civilisation ».

Jouvenel admire l’homme fasciste, en qui il voit le guerrier, le chef de famille et de clan.

Pour lui l’homme fasciste exerce ces vertus viriles sur ses enfants, son épouse, ses employés, un État où l’homme relâche cette discipline est condamné.

Pierre Drieu La Rochelle

Toute la carrière littéraire et politique de Drieu révèle dans ses écrits une préoccupation semblable à celle de Jouvenel sur la spiritualité et la décadence.

Il déclare en 1934 que le fascisme se consacre à la restauration du spirituel et en 1943 qu’il faut collaborer avec les nazis.

Il écrit en 1937 que le fascisme est une révolution sur le corps : « Son but est de créer sur une grande échelle des corps athlétiques, durs et résistants, qui ne seraient pas corrompus par l’hédonisme décadent ».

Pour lui l’Allemagne nazie a progressé vers cette conception spirituelle de la société à la différence de la France démocratique qui continue à se vautrer dans un matérialisme débilitant.

En 1941, il explique que le totalitarisme nazi offre « une double régénération, corporelle et spirituelle ».

Dans « Gilles » en 1939, Drieu vante les mérites du « catholicisme viril » du moyen Âge et regrette que le catholicisme moderne soit « efféminé ». Constant un des personnages clés du roman considère la guerre à venir comme « une guerre de religions ».

Gagner dans un combat politique, surtout s’il est violent, prouve une virilité supérieure. Chez Drieu, le sexisme et le fascisme s’entrecroisent et se renforcent mutuellement

En 1945, lorsque c’est au tour des nazis d’être vaincus, Drieu les accuse de ne pas avoir été « assez révolutionnaire », « assez sanguinaires ». Il déclare que le fascisme est mort parce qu’il a été « trop timide ». Déclaration qui quand on connaît les massacres de masse opérés par les nazis laisse rêveur.

Robert Brasillach

Brasillach propose lui aussi une solution spirituelle à la décadence. Pour lui, le fascisme n’est pas une doctrine politique mais un état d’esprit. Il décrit les rassemblements de Nuremberg auxquels il a assisté comme une forme de poésie.

Il affirme que le fasciste incarne le retour du chevalier chrétien du Moyen Âge, qui tirait sa force « de la croix et de l’épée ».

Pour Brasillach, la guerre civile en Espagne est un conflit entre la décadence marxiste et la spiritualité fasciste. Il présente le soulèvement de Franco comme une croisade religieuse.

Ce qui rend les ennemis du fascisme en Espagne si abominables à ses yeux, ce n’est pas qu’ils sont barbares, mais qu’ils sont de gauche. Les héros de son panthéon sont les cadets de l’Alcazar de Tolède, les rouges qui les attaquent sont des traîtres à la nation.

Brasillach est un fabricant de mythes qui enterre les questions d’injustice sociale sous une chape de religiosité.

Un de ses biographes a montré que Brasillach reconnaissait le rôle primordial joué par les divertissements fascistes.

Pour lui, « l’énergie des masses, peut, si on ne l’absorbe pas, trouver de dangereux exutoires politiques, elle doit être diminuée par des longues heures de labeur et par des distractions ».

Un programme on ne peut plus moderne que l’on retrouve dans les programmes pour la présidentielle de la droite extrême et dans l’extrême droite actuelle.

Louis-Ferdinand Céline

Céline est un antisémite notoire, à la fin des années 1930, il lance une attaque venimeuse contre la « pourriture » des libéraux, des démocrates et des marxistes.

Au début de la décennie, des hommes de gauche l’admirent à cause de ses critiques de l’ordre établi teintées d’anarchisme mondain, de sa condamnation du militarisme français et de son association avec le roman prolétarien.

Cette lune de miel se termine en 1936, lorsqu’il publie « Mea Culpa » un écrit qui maudit le marxisme et le « Popu, Prolo, Prolovitch ».

Le Céline qui naguère se répandait en injures contre les horreurs de la Première Guerre mondiale et les dangers du militarisme n’est plus.

En 1937, il écrit que l’Europe se porterait mieux unie sous le commandement de Hitler que divisée sous ses adversaires démocrates.

En 1938, il soutient que le nazisme a fait plus pour les ouvriers que le communisme en Russie.

En 1941, il exprime sa satisfaction quand la 3ième République tombe.

En tant qu’écrivain, après 1936, il écrit trois ouvrages antisémites : « Bagatelles pour un massacre » en 1937, « l’école des cadavres » en 1938, « Les beaux draps » en 1941. Ils mettent en lumière son admiration pour l’Allemagne nazie et son attachement à des idées propagées par les fascistes français depuis 1924.

L’antisémitisme semble avoir été l’exutoire préféré de Céline mais il tirait à boulets rouges contre : les communistes, les socialistes, les libéraux, les démocrates, les francs-maçons, les prolétaires, les noirs, les femmes, les homosexuels, les catholiques, les Anglais, les Français, les Américains, les Arabes . . .

Il aurait pu prendre n’importe qui comme bouc émissaire dans la plus tradition fasciste.   

( Les données présentes dans cet article sont extraites du livre de l'historien Robert Soucy intitulé " Fascismes français ? 1933 - 1939 " dans la collection des éditions " Autrement ", il a été édité en 2004 )

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