Environ 12 000 personnes se sont réunies à Trappes, le 30 octobre, contre le racisme et l’islamophobie, une semaine après l’attentat raciste qui a touché la ville. Elles dénoncent l’influence du RN et de médias comme CNews dans la transmission de la haine.
Abdoulaye, chauffagiste de 46 ans, a tenu à être présent. Pour rendre hommage aux victimes d’abord, mais aussi pour exprimer son inquiétude et sa colère. « Imaginez : maintenant, on a peur de laisser nos enfants sortir de chez nous », dit avec gravité l’habitant de Trappes qui, malgré son appréhension, est tout de même venu accompagné de ses filles. Vendredi 30 octobre, environ 12 000 personnes se sont réunies à 18 heures dans cette ville des Yvelines pour un rassemblement contre le racisme et l’islamophobie à l’appel de son maire Ali Rabeh (Génération·s).
Une semaine plus tôt, le 23 octobre, Kévin T., 39 ans, y commettait un attentat terroriste raciste : il a tué par balles un jeune homme noir de 26 ans, Pengo Bossio Wangi, et en a blessé sept autres, dont une fillette de 12 ans, gravement touchée. Depuis mis en examen, Kévin T. a déclaré à la police avoir voulu s’en prendre spécifiquement aux « Noirs » et aux « Arabes » afin de « venger les commerçants » après la manifestation du 17 octobre contre la vie chère.


« Ouvrir les yeux » sur le RN
« Le racisme tue », « R’Haine », « Stop au racisme, justice pour Pengo »... Devant l’estrade installée pour l’occasion et sur laquelle est écrite « Contre le racisme, choisir la République », quelques pancartes sont brandies dans la foule aux côtés de drapeaux français.
Aïssetou Diawara, Trappiste de 24 ans, prend la parole sur la scène : la formatrice au sein de Banlieues Climat et présidente de l’association Planèt’Trappes tient à rappeler que « le racisme et l’islamophobie ne sont pas nés vendredi dernier [23 octobre] ». « L’extrême droite est omniprésente sur les chaînes et plateaux télé et y déroule ses discours racistes, islamophobes et antirépublicains sans que personne ne s’indigne », lance-t-elle. Avant de demander : « À quel moment on va dire stop ? »
« L’assassin n’a pas choisi ses victimes au hasard [...] Sa haine ne vient pas de nulle part. Elle a été inoculée dans son esprit par la répétition incessante des mots et des discours qui ont fait de ces minorités [les personnes noires, arabes et musulmanes] des cibles à abattre », déclare ensuite Ali Rabeh, visiblement très ému.
« Qui osera prétendre encore que ce parti a fait sa mue et a abandonné son projet raciste ? »
Dénonçant le rôle délétère de certains médias, dont CNews, chaîne du magnat d’extrême droite Vincent Bolloré, l’élu s’en prend aussi frontalement au Rassemblement national (RN) : « Sur sa table de chevet [celle de Kévin T.], on a retrouvé un exemplaire de “Mein Kampf” [d’Adolf Hitler] et des autocollants à la gloire du RN. Que faut-il de plus pour ouvrir les yeux ? Qui osera prétendre encore que ce parti a fait sa mue et a abandonné son projet raciste ? Le RN a assuré la transmission de la haine à travers les décennies. »
Et de rappeler des déclarations passées de Jordan Bardella et Marine Le Pen, le premier ayant décrit Trappes comme une « République islamiste en miniature », la seconde comme un « territoire perdu de la République sous le poids d’une immigration massive et ininterrompue ».

De quoi faire dire au maire, qui a fustigé au passage les politiques qui, « dans le camp républicain, ont cru bon de donner des gages [à l’extrême droite] en reprenant ses termes, en flirtant avec ses thèses, jusqu’à inscrire dans la loi ses revendications », que « le terroriste n’a pas choisi Trappes par hasard ».
« La France, c’est nous, nous sommes ici chez nous. Vous êtes bien plus Français que ceux qui par leurs discours de haine et leurs actes bafouent les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité », ajoute-t-il sous les applaudissements de la foule. Après une Marseillaise — quelque temps auparavant, une minute de silence a été observée —, l’élu quitte l’estrade, signant la fin de ce rassemblement où étaient présents Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), Marine Tondelier (Les Écologistes) ou encore Raphaël Glucksmann (Place publique).


Valérie, une retraitée de 61 ans, s’apprête à rentrer à Paris. C’était important pour elle d’être là : « Aujourd’hui, parce que je suis Noire, j’ai peur. On assiste clairement à un glissement : par exemple ma mère, qui est Blanche et qui jusqu’à présent votait à gauche, tend à s’orienter vers la droite et même l’extrême droite parce qu’elle regarde CNews toute la journée. C’est le moment d’être solidaires. »
Hilan, 21 ans et venu de Massy (Essonne) avec ses amis Mouadhe et Nada, confirme : « CNews et d’autres médias arment mentalement les terroristes d’extrême droite. Il faut que l’on soit unis, et surtout — pour nous, ce sera Mélenchon — que l’on aille voter : les partisans du RN, eux, iront. »
Richard Laporte grand pourvoyeur d'articles de l'excellent site Reporterre












