L’extrême droite en France, on l’a déjà essayé (9).  J. Doriot

le 1 novembre, 2026

Les grands mouvements fascistes des années 1930 sont fondamentalement conservateurs dans leurs objectifs sociaux et économiques. Il a pourtant existé dans cette décennie des mouvements fascistes issus de la gauche. Du côté des communistes, le dirigeant le plus important de cette « dérive fasciste » est Jacques Doriot. Le virage à l’extrême droite de Doriot n’a pas d’équivalent à l’époque actuelle, il dépasse de loin la dérive du maire de Béziers R. Ménard.

(9). Jacques Doriot

Doriot fut communiste entre 1920 et 1936. Après avoir adhéré au PCF en 1920, à 22 ans, il monte très rapidement dans la hiérarchie du parti.

Cette même année il est envoyé à Moscou pour assister au 3e Congrès de l’Internationale communiste et passe près de deux ans en Union soviétique. 

À son retour en France en 1922, il dirige la Jeunesse communiste.

En 1924, il devient membre du comité central du PCF.

En 1925, il dénonce l’impérialisme français au Maroc.

En 1925 toujours, il se rend compte que la décision qui pourrait faire de lui le chef du PCF sera prise par le Komintern. Au cours des deux années qui suivent, il cherche à gagner les faveurs des staliniens. Son opportunisme est manifeste : après la mort de Lénine, il soutient Trotsky, puis Zinoviev, puis Staline.

Sûrement à cause de ces errements, Staline refuse de le nommer secrétaire général du PCF et accorde finalement le poste à l’orthodoxe M. Thorez.

Entre 1926 et 1928, Doriot subit deux revers supplémentaires. En 1926, le Komintern l’envoie en Chine pendant plusieurs mois. Quand il revient, il n’est plus le chef de la Jeunesse communiste. La police l’arrête et il passe plusieurs mois en prison pour avoir soutenu la rébellion du Rif et publié des articles antimilitaristes. 

En 1928, il sort de prison, est élu à la Chambre des députés et devient l’un des porte-parole du PCF au parlement.

Le Doriot qui sort de prison n’est plus le même. Après avoir été élu député de Saint-Denis, il remet pour la première fois en cause les décisions du Parti.

Il consacre les 4 années qui suivent à se créer une base politique et électorale qui a des allures de forteresse à Saint-Denis.

En 1932, il est réélu député à une majorité écrasante.

En 1934, il dénonce la menace fasciste qui s’est manifestée lors des émeutes du 6 février. Il remet en question la ligne du Parti et prône l’unité avec le PS qui est alors qualifié de « social-traître » par le PCF.

Au congrès du PCF en juin, Thorez propose qu’on exclue Doriot du Parti, la motion est adoptée à l’unanimité.

Malgré cela, Doriot continue d’engranger les succès locaux ; il est élu à Saint-Denis lors de l’élection municipale partielle de 1934 avec 75,9 % des suffrages.

Entre 1934 et 1936, il continue d’affirmer qu’il est communiste malgré sa rupture avec le PCF.

En 1935, il accuse Marcel Déat d’incarner une mauvaise copie du fascisme. En décembre de la même année, il vote au parlement la dissolution des groupes fascistes ayant participé aux émeutes du 6 février 1934.

En 1935 encore, il qualifie Hitler de « bourreau du peuple allemand » et « d’ennemi le plus redoutable de la classe ouvrière allemande et internationale ».

En juin 1936, date à laquelle il fonde le Parti populaire français (PPF) son idéologie n’est plus communiste. En l’espace d’un an, il est passé à l’extrême droite.

Dès 1937, Doriot a rejoint la cohorte des groupes fascistes.

Cette bascule s’explique par les menaces que font peser les communistes et les socialistes sur son fief de Saint-Denis.

À partir de 1937, Doriot devient un fervent défenseur du capitalisme. Il est désormais favorable à une entente avec l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste contre l’Union soviétique. Le PPF adopte un certain nombre de symboles et de pratiques des fascismes allemand et italien. Pourtant Doriot dit comme le RN que son parti n’est ni de gauche ni de droite et adopte l’hommage à Jeanne d’Arc.

En 1938, un conflit au sein de la direction du PPF entraîne la démission du principal bailleur de fonds Pierre Pucheu. 

Sous le régime de Vichy, l’antisémitisme du PPF s’accentue. Des bandes de casseurs brisent les vitrines de boutiques juives, tandis que les propagandistes demandent une loi interdisant aux Juifs d’exercer toute profession.

Doriot finit sa carrière pitoyablement, mitraillé par un avion allié en 1945 dans une voiture en uniforme SS alors qu’il essayait de regrouper les fascistes qui refusaient une défaite devenue inéluctable.   

(Les données présentes dans cet article sont extraites du livre de l’historien Robert Soucy intitulé « Fascismes français ? 1933 – 1939 » dans la collection « mémoires » des éditions « Autrement », il a été édité en 2004).

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