Territoires en résistance (suite) – Non aux fermes usines et merdes de vaches dans la Somme 2011-2020. (4)

le 8 novembre, 2026

Au début des années 2010, Michel Ramery, baron du BTP dans le Nord Pas de Calais et habitué aux pratiques mafieuses, se met en tête d’ouvrir une ferme usine près d’Abbeville.Sa famille, classée parmi les 500 plus grandes fortunes de France, prévoit d’entasser 1 000 vaches dans un hangar pour produire 8 millions de litres de lait par an. À titre de comparaison, une ferme française compte une cinquantaine de bovins pour environ 300 000 litres de lait annuels. Ce système agro-industriel pousse à l’extrême l’impératif de production : des bêtes enfermées en « zéro pâturage », sans espace, traites 3 fois par jour, nourries de granules importées, dont l’espérance de vie est considérablement réduite. Une catastrophe pour l’animal comme pour l’environnement, mais aussi du point de vue sanitaire. C’est une source majeure d’explosion épidémique.

Les déjections du troupeau doivent alimenter deux méthaniseurs subventionnés au titre « d’énergie verte » tandis que les tonnes de digestat (résidu chargé en azote) seraient épandues sur les terres environnantes, au risque de contaminer les nappes phréatiques. FNE (France nature environnement) suspecte cette ferme usine d’avoir pour finalité la méthanisation avant la production de lait : concentrer des vaches pour augmenter la quantité de fumier et vendre l’énergie produite en raflant les aides. Le lait n’est plus qu’un prétexte à la méthanisation.

L’annonce du projet dans le village de Drucat suscite une réaction épidermique d’inquiétude et d’hostilité. Très vite, l’association Novissen voit le jour. Sa fondatrice — qui n’était pas une militante — se lance : pétitions, contacts, réunions, interpellation des élu·es locaux et des ministres ! Des liens se tissent avec la Confédération paysanne et L214 (collectif de défense du bien-être animal). La contestation se déroule localement et nationalement. Actions au Salon de l’Agriculture, manifestations dans plusieurs villes, reportages au journal télévisé et nombreux articles de presse. Les ministres de l’Environnement s’en mêlent et affrontent le ministre de l’Agriculture qui défend la structure agro-industrielle. En 2014, alors que la ferme collecte ses premiers litres de lait, le ministère organise une réunion de crise. L’État impose un plafond de 500 vaches et une réduction de la taille des méthaniseurs. Mesure insupportable pour les contestataires. Mais l’exploitant dépasse immédiatement le seuil relançant la confrontation judiciaire ! Pendant ce temps, les membres de la Confédération paysanne bloquent et occupent le chantier pour empêcher l’arrivée des vaches et la mise en service des installations. La répression est rude : amendes, peines de prison avec sursis. Des rassemblements s’organisent devant le tribunal d’Amiens. La ferme usine enfle : 850 vaches. La préfète inflige une amende. L’exploitant obtient l’annulation de la sanction.  Les militants dénoncent une justice à deux vitesses. Le ministère de l’Environnement fait appel et gagne.

. Grâce au travail de sensibilisation de l’association Novissen, plusieurs coopératives et grandes surfaces cessent d’acheter ce lait. L’exploitation devient un gouffre financier. En 2021, le fils héritier de Michel Ramery finit par la liquider.

Cette victoire exemplaire n’a pas empêché de naître d’autres entreprises de mégalomanie agro-industrielle en Bretagne comme en Flandres, portant non seulement sur des vaches, mais aussi des poulets en batterie. Un collectif « RAFU » (résistance aux fermes usines) s’est créé. Plus tard, le tribunal de Dijon a ouvert la voie à une jurisprudence reconnaissant pleinement le rôle des élu·es locaux dans la protection de l’environnement au moment d’instruire les demandes de construction.

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