Un policier sous tension : Procès du responsable de la mort de Mohamed GABSI

Six ans, six mois et vingt-deux jours : tel fut le délai pour parvenir enfin à une audience de jugement pour le policier municipal à l’origine de la mort de Mohammed Gabsi le 08 avril 2020 à Béziers. C’est donc avec de grands espoirs de justice que la famille, partie civile au procès, et les soutiens sont entrés dans la salle d’audience du tribunal de Béziers le vendredi 30 octobre à 9h. La journée entière était prévue pour ce procès.

La présidente débutait par une description minutieuse des faits qui fut très instructive. Étaient rappelées tout d’abord les conditions dans lesquelles Mohamed Gabsi a été arrêté. Ce contrôle faisait suite à un défaut de sa part d’attestation de sortie dans le cadre du couvre-feu instauré pour le Covid. Cela n’a pas été mentionné mais pour rappel le 08 avril 2020, le couvre-feu n’était absolument pas généralisé en France (il ne le sera qu’en octobre 2020) mais restait l’apanage de quelques maires voulant faire du zèle en matière sécuritaire. La juge faisait valoir que l’attestation en question avait été retrouvée près des lieux de l’arrestation, ce qui signifie qu’elle devait être facilement accessible et ne nécessitait peut-être pas un tel déploiement d’énergie (course poursuite, amené au sol, menottes, etc.) pour être consultée.

Plus étonnant, nous apprenions que le fait d’embarquer Mohamed Gabsi pour le commissariat faisait suite à une demande auprès de la Police Nationale. Pour donner du poids à leur requête, les policiers municipaux avaient indiqué qu’ils avaient subi une dégradation de leur véhicule de la part de Mohamed Gabsi. C’est la raison qui avait conduit la police nationale à accepter de recevoir Mohamed Gabsi. L’enquête précisera par la suite qu’aucune dégradation du véhicule n’a été observée.

Était constatée une défaillance du système d’enregistrement des caméras de vidéo surveillance. Par ailleurs, une seule caméra piéton a été actionnée dont le contenu n’était pas exploitable. Appelés en renfort, il y a eu pourtant jusqu’à dix-huit policiers sur place. Évidemment pas de caméra piéton non plus sur le principal mis en cause. Enfin l’observation du véhicule laissait apparaître que la housse du siège avait été enlevée, elle comportait de nombreuses traces de sang et de semelle, la présence de deux mouchoirs imbibés de sang et du sang partout dans l’habitacle.

On apprenait également que Mohamed Gabsi avait les mains entravées dans le dos par des menottes, qu’il avait la tête qui pendait vers le sol au moment du transport. Il avait des traces au niveau des poignets, du sang sur le nez, un large hématome sur le dos au niveau de l’épaule qui indiquait « une compression cervicale antérieure au niveau gauche prolongée et appuyée », par une surface large (un coude ou un genou...). Était constatées également une fracture de la corne thyroïdienne (au niveau du cou), une ecchymose de cinq cm au niveau des cervicales avec des hématomes jusqu’au plan osseux, une asphyxie mécanique.

Par ailleurs, ce que les policiers avaient présenté comme un ronflement d’endormissement s’est avéré être en fait un GASP, qui est une respiration agonique (ronflement, bruit rauque) qui est un réflexe du tronc cérébral lorsque celui-ci est en manque d’oxygène dans le cerveau, très caractéristique des secondes qui précèdent l’accident cardiaque. La présidente a bien insisté sur les différentes analyses médicales. Suite à cette description, tout le public comprend que la mort fait suite à un arrêt cardiaque entraîné par une pression sur le nerf vague.

Enfin l’analyse toxicologique fait apparaît un taux important de cocaïne susceptible d’entraîner la mort également ainsi que des traces d’un ancien médicament pris par Mohamed Gabsi dans le cadre de sa schizophrénie.

La mort est donc plurifactorielle mais à la lecture de tous ces détails, il n’échappe à personne que l’intervention de la police dans la voiture est évidement l’événement qui l’a entraînée. On apprenait aussi que Mohamed Gabsi avait déjà subi une arrestation en févier 2019, par les mêmes policiers, entraînant déjà un arrêt cardiaque qui avait nécessité son accueil aux urgences.

Tout l’enjeu devenait pour la présidente de comprendre ce qu’il s’est passé pendant les cinq minutes durant lesquelles Mohamed a été enfermé sur le ventre, menotté dans le dos, dans la voiture du Groupe de Soutien et d’Intervention de la Police Municipale. Débuta donc l’interrogatoire du policier. Les questions avaient trait à sa position dans le véhicule pour comprendre l’incohérence entre ses allégations (j’étais assis sur les fesses de la victime) et les causes de la mort (forte pression sur les cervicales). Au passage, la juge essaie de comprendre l’intérêt de vérifier l’attestation de sortie, la fausse histoire de la dégradation du véhicule, la connaissance, qui s’avère nulle, du policier sur le danger de positionner quelqu’un sur le ventre,
Par exemple : puisque Mohamed Gabsi, mesurant 1,86m avait forcément les jambes repliées comment le policier a-t-il pu s’asseoir sur ses fesses ? Il était forcément plus haut, près du cou. Par ailleurs, son collègue, assis à l’avant du véhicule indique qu’il a senti le dos de l’accusé contre son propre dos durant toute l’opération, c’est donc bien que l’accusé était dos à la route et sans doute s’appuyant sur Mohamed Gabsi.

Les questions commençaient effectivement à devenir intéressantes car elles allaient nous permettre de comprendre les faits tels qu’ils se sont déroulés. Mais il n’en fut pas ainsi ! Visiblement perturbé, l’inculpé sans crier gare s’effondre littéralement sur le sol du tribunal percutant violemment les meubles alentours en chutant : cris dans la salle, évacuation du public, appel des pompiers.

L’émotion était-elle trop forte ? Les questions trop précises ? L’incohérence entre le discours et les faits trop prégnants ? Nous ne le saurons pas aujourd’hui car les pompiers dépêchés sur place l’ont conduit à l’hôpital en urgence. Un fait reste établi : le corps parle.

La présidente s’est donc vue contrainte de renvoyer l’affaire au 05 février 2027 à 9h. Il est important que du monde soit là : c’est dans ce lieu que l’on s’approchera de la vérité, même si cela ne fera pas revenir Mohamed Gabsi.

En Bref

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