C'est pour avoir refusé de marier Eva et Mustapha en 2023 au motif que celui-ci était visé par une obligation de quitter le territoire français, que le maire d’extrême droite de Béziers était convoqué ce mercredi 30 septembre. Entretien avec Daniel Martin, membre du comité de soutien à Eva et Mustapha
EVAB : Rassemblement devant le tribunal judiciaire de Montpellier, ce mercredi 30 septembre, il est 13h, qu'est-ce que vous faites là, monsieur Daniel Martin ?
Daniel Martin : Nous sommes un collectif de soutien pour Eva et Mustapha dont le mariage a été refusé par monsieur Ménard de façon illégale. Et en fait, l’année dernière, on était déjà venu lors de la comparution de Robert Ménard en « plaider coupable » c’est à dire en Comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), qu ’il avait refusé. C'est nous qui avions amené Eva parce qu'elle était un peu toute seule. Et quand on est arrivé, on s'est rendu compte que Ménard avait organisé ses soutiens et qu'il s’était un peu servi de la puissance publique pour continuer sa stratégie de médiatisation. Et nous on s'est dit, qu’en tant que citoyens et en tant que personnes engagées, notre devoir c’est d'être à côté des victimes, des petites gens qui se font oppresser par ces systèmes-là. Et donc cette année, on a dit pas moyen, on sera présent. On sera présent autour d’EVA et on ne laissera pas l'extrême droite prendre toute la place.

EVAB : Alors on est au tribunal judiciaire aujourd'hui parce que finalement, un maire n'a pas le droit de ne pas marier, quelqu'un qui est en situation irrégulière. C'est ce droit qu’il a bafoué.
DM : Il a bafoué ce droit qui est un droit fondamental et qui est une forme de garantie qu'on s'est donnée, après la seconde guerre mondiale. On s'est donné des instruments pour éviter le retour à la barbarie, comme la sécurité sociale et les libertés et droits fondamentales. Et dans ces libertés et droits fondamentales, il y a le droit de s’aimer librement, de se marier, le droit de quitter un pays en guerre, le droit d'avoir une vie digne, ne pas être enfermé arbitrairement. Et là, ce que veut faire Monsieur Ménard, c'est en fait, décider, lui, qui a le droit de se marier ou pas, selon la couleur de peau, la religion etc. Nous on se dit, en fait, qui sont ces gens-là, ces vieux aigris, qui veulent dire qui a le droit de se marier ou pas.
EVAB : Alors à l’Assemblée Nationale et au Sénat il y a eu des tentatives pour pouvoir empêcher le mariage des étrangers en situation irrégulière. Cela a été refusé pour l’instant.
DM : Mais c'est normal, parce qu'en fait, c'est contraire à la Constitution, c'est contre nos propres lois. Et donc là, on a des gens qui se disent dépositaires de l’ordre public, qui créent du désordre public, en essayant eux, de violer leurs propres lois.

EVAB : Alors, il persiste et il signe puisque dans un discours au moment de la Féria, Robert Ménard a même déclaré : “A Béziers, on ne marie pas les gens en situation irrégulière”. Il en rajoute !
DM : C'est à dire que nous on essaie justement d'être auprès des victimes, Eva et Mustapha. Elle est Française et lui, de nationalité algérienne. Et Ménard se sert de ça. Non seulement il viole la loi, mais il s'en fait de la publicité. Donc du coup, ça veut dire qu'il sera prêt à le refaire. Et donc, ça pose question, c'est à dire que non seulement, il est dans une situation de délinquance, et en fait, il dit qu'il va...récidiver, et personne ne réagit ! Il faut savoir que, du coup, la préfecture, à l'époque de cette affaire, au lieu de dire à la mairie, vous avez déconné, vous n’avez pas respecté la loi, l’a soutenu et a fait expulser le mari d’EVA.
EVAB : Oui, parce que la préfecture n’a pas interdit ce mariage, elle l’a autorisé.
DM : Quand il y a un mariage, le maire a une fonction d'état civil, et il doit célébrer les mariages, quelle que soit la question du mariage. Le seul pouvoir qu’il a, c'est de dire, je pense qu'il y a peut-être un mariage gris, c’est à dire un faux mariage mais c'est le procureur qui va déterminer si on valide ou pas ce mariage. Le procureur a validé le mariage, et donc le travail de l'officier d'état civil, il n'est là que pour exécuter la loi. Ce n'est pas son travail de dire qui doit être expulsé ou pas.

EVAB : Alors, M. Ménard, aujourd'hui a fait appel à des témoins prestigieux, même si on ne sait pas s’ils vont venir. On a parlé de M. Retailleau, par exemple. Il avait même demandé au Président de la République d’être là, qui a balayé d’un revers de main, son invitation. Cela va rajouter quelque chose au débat ?
DM : Ça montre bien qu'il est juste là pour se faire de la pub. Il s’en fout des gens c’est un manipulateur. Il s’en fout royalement, en fait, de la situation, et on sait qu'il y a eu d'autres personnes qui ont été mariées après et avant et qui sont en situation irrégulière à Béziers. Donc c’est encore plus dégueulasse. C'est-à-dire, il se sert d'une situation avec un Algérien en plus. Ça dit quand même beaucoup de choses de sa pensée postcoloniale. Et donc, il fait venir des stars, Retailleau, mais c'est juste parce qu’en fait, sa défense, elle est creuse. A part parler de politique et de communication, il ne dit rien.
EVAB : Alors, il bafoue la loi sur le mariage, il bafoue la loi tranquillement sur la laïcité, et plusieurs fois, l'inéligilité le guette ?
DM : Ça serait quand même la moindre des choses, notamment vu le risque de récidive, et j'ai envie de dire, et c'est quand que les pouvoirs publics prennent ça en charge.
EVAB : Alors, le risque de récidive, souvent, ça implique la garde à vue ou la rétention. Peut-être que le futur Centre de Rétention de Béziers pourra lui ouvrir les bras ?
DM : Moi, je suis contre toute forme d'enfermement. Mais peut-être que ça lui ferait du bien !
EVAB : Merci et bonne continuation
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