Il pleut des cordes ce mercredi 30 septembre devant le tribunal correctionnel de Montpellier, à l’intérieur l’air est irrespirable !
Vers 13h30, on se bouscule à l’entrée du tribunal. Devant, sous les parapluies, Robert Ménard, Bruno Retailleau et les troupes biterroises en soutien au maire, sous la protection de l’odre, tentent de rentrer dans la cour par une porte latérale qui ne laisse passer qu’une personne à la fois sous le regard soupçonneux des forces de police. Derrière, le collectif de soutien à Eva et Mustapha exprime sa colère. Je suis au milieu de ce premier groupe et la grille se referme derrière moi ! Seul ce groupe est autorisé à rentrer.
C’est le moment de faire la queue pour le contrôle de sécurité. Je me retrouve à attendre au milieu du groupe de « vieux aigris » (voir entretien avec Daniel Martin), certains ceints d’une écharpe tricolore mais toutes et tous le sourire aux lèvres en constatant qu’ils sont les seuls à être admis. Les « fous furieux » comme ils disent sont restés dehors. Les commentaires dans la file fusent : « bien fait pour les gauchiasses», « c’est n’importe quoi leurs slogans » « heureusement, ils ne seront pas à l’audience » « ils me font peur » et j’en passe ! Je me fais petit !
Dans la salle d’audience, Eva, son avocate, les avocats des parties civiles, Robert Ménard et sa clique, ses avocats, les journalistes … et moi ! Sans compter de nombreux policiers. L’avocate de la LDH fait remarquer au président du Tribunal le déséquilibre évident des personnes admises dans son tribunal. Il n’en tiendra pas compte.
Vous avez lu dans la presse, le compte rendu de ce procès, les arguments des uns et des autres, la réquisition honteuse du parquet qui ne réclame que 7500€ d’amende loin du maximum que prévoit la loi, à savoir cinq ans de prison, 75 000 euros d'amende ainsi qu'une peine d'inéligibilité.
Je ne reviens pas sur le déroulé de cette audience mais par contre, je souhaite vous faire part de mon ressenti car ce que je retiendrai,
C’est d’abord l’ambiance haineuse, un air rendu irrespirable par les commentaires et les chuchotements. La salle est acquise à Robert Ménard. Cela se sent, dans les réactions à voix basse que j’entends autour de moi.
C’est la solitude de Eva, dans cette salle hostile alors qu’elle est la victime.
C’est cette incapacité qu’ont eu l’avocate d’Eva et ceux des parties civiles à déstabiliser le maire de Béziers et les témoins qu’il avait conviés, à les pousser à la faute, à dénoncer leur mépris.
C’est ce décalage entre la notoriété des uns avec leurs jeux de rôle et l’humilité des autres.
C’est la collusion et la complicité évidente entre le procureur et le couple Ménard pendant les suspensions de séance. On se tape sur l’épaule et on rit ensemble … mais de quoi ?
Ce sont les applaudissements dans la salle des pas perdus lorsque Bruno Retailleau est venu témoigner.
C’est la morgue de Robert Ménard et l’air narquois de Bruno Retailleau envers la victime et ses soutiens. Leur suffisance face au Tribunal. Ils mènent un combat politique sous couvert de contradiction entre les responsabilités d’état civil du maire et ses fonctions d’officier de police judiciaire. Tout cela avec un objectif et un intérêt évident de rabâcher, encore et toujours, cette haine des étrangers, cette immigration qu’ils ne contrôlent pas, en laissant croire que les étrangers sous OQTF sont des délinquants qui troublent ou ont troublé l’ordre public alors que c’est une sanction administrative délivrée par un arrêté préfectoral et pas par la justice.
C’est malgré tout, l’attitude du président du Tribunal qui fut finalement le plus offensif face à cette arrogance permanente de Robert Ménard.

Le verdict sera rendu le 1er décembre. J’espère que le Tribunal ne suivra pas les réquisitions du parquet et saura condamner, comme il le mérite, un acte illégal, qui bafoue les droits humains, pris par un élu dans le cadre de ses fonctions, au mépris de la loi, en toute conscience et qui annonce qu’il récidivera si l’occasion se représente.
Je suis sorti du Tribunal un peu groggy, avec le sentiment que deux mondes coexistent mais que la future guerre des valeurs se prépare. J’ai eu un mal fou à traverser les dizaines de caméras et de journalistes qui attendaient dehors. A l'extérieur, la pluie continuait d’arroser la ville mais c’est de honte que j’étais recouvert.
Aujourd’hui, ils ont gagné la guerre de la communication mais la résistance à cette dérive sécuritaire s’est bruyamment exprimée et ça fait chaud au cœur !











