Nous poursuivons notre radiographie des partis et mouvements d’extrême droite des années 1930 dans le but de repérer les connexions avec l’extrême droite d’aujourd’hui. Cette semaine, c’est le tour des Croix de feu.
(6). Les Croix-de-feu
Les Croix de feu (CDF) ont débuté comme une association d’anciens combattants, sans grande importance politique, pour devenir le plus grand mouvement fasciste français.
Les CDF furent fondés en 1928, grâce à l’aide financière de François Coty (voir épisode précédent). Il mit à leur disposition des bureaux dans l’immeuble de son journal « Le Figaro ».
À l’origine, le parti n’ouvrait ses rangs qu’aux anciens combattants décorés et choisit pour insigne un crâne (comme les SS) et une croix de guerre entourée de flammes (presque comme le RN /FN).
En 1929, il élargit son recrutement aux anciens combattants sans décoration. Puis vinrent se rajouter les fils et filles de CDF, les femmes de CDF, les hommes mineurs de moins de 21 ans, les adultes qui n’étaient pas des anciens combattants et une organisation de bienfaisance, le Mouvement social français.
En 1929, le mouvement ne comptait que 5 000 membres et était pratiquement apolitique. Il s’occupait principalement de distribuer des prestations aux anciens combattants et de faire défiler ses troupes lors des fêtes officielles dans le but de raviver le souvenir de la mystique du sacrifice national.
En 1931, le vice-président des CDF, François de La Rocque, lieutenant-colonel à la retraite lié au monde des industries électrique et pétrolière évince ses concurrents et prend le pouvoir au sein du mouvement.
Il ne lui faut pas longtemps pour se faire reconnaître comme « chef » incontesté des CDF. Il endosse goulument le rôle de commandant militaire et exige de ses troupes un serment d’obéissance absolue qu’il définit comme une « discipline librement consentie ».
Le charisme de La Rocque émanait de son allure martiale, mais c’était un piètre tribun.
Ses discours étaient aussi nationalistes que ceux de Hitler, mais à la différence du « Führer », il éprouvait un dégout viscéral pour les agitateurs.
Le fait d’être stoïque et non déclamatif n’en faisait pas moins un fasciste bon teint.
Ce qu’il y avait d’hitlérien chez La Rocque en 1931, c’était son insistance pour que ses troupes de choc lui obéissent aveuglément. En exigeant une foi absolue dans son commandement, il alla plus loin que tous les fascistes français de la décade des années 1930.
En se situant ainsi il prépara le terrain idéologique à l'accueil du Maréchal Pétain « le sauveur de la France ».
Sous la direction de La Rocque les CDF devinrent beaucoup plus politiques. Comme les mouvements fascistes vus précédemment, les CDF se proposaient de faire barrage au communisme et de battre la gauche dans son ensemble en ayant recours à un mélange de nationalisme autoritaire et de politique paramilitaire.
De 5 000 en 1929, le nombre des adhérents passa à 20 000 en 1932.
Les émeutes du 6 février 1934 apportèrent aux CDF un flot de transferts et de soutiens financiers.
Les colonnes des CDF qui avaient marché ce jour là contre la Chambre des députés, ne prirent pas part aux émeutes, elles défilèrent pour l’essentiel avec une rigueur militaire, de l’autre côté de la Seine.
La Rocque démontra à la grande bourgeoisie qu’il tenait ses troupes à l’inverse de ses rivaux.
En 1935, profitant de l’effondrement d’autres partis fascistes (voir épisodes précédents) les effectifs des CDF passèrent à 228 000 membres.
Six mois plus tard, le nombre d’adhérents avait doublé et s’élevait à 500 000.
Les CDF avaient construit, une organisation paramilitaire totalement verticalisée.
Les troupes de choc s’appelaient les « Dispos ». Les Dispos étaient divisés en « mains » de 5 hommes, en « groupes » de 3 mains, en « clans » de 5 groupes, en « tribus » de 5 clans et en « légions » de 5 tribus.
En 1933, La Rocque fit appel à ses troupes de choc pour organiser une série d’exercices paramilitaires. L’objectif était de gagner le soutien et la confiance des conservateurs et des grands patrons.
Ces exercices s’effectuèrent à intervalles réguliers jusqu’en 1936, date à laquelle ils furent interdits par le gouvernement de Front Populaire.
La Roque présentait ses troupes de choc comme un contrat d’assurance contre les communistes et comme l’embryon d’une future armée blanche qui ferait front aux rouges.
En décembre 1935, les CDF fondèrent le Mouvement social français (MSF). Ce mouvement gérait des œuvres sociales qui avaient pour but de diminuer le mécontentement populaire en recourant au paternalisme bourgeois.
Lorsque le Front populaire arriva au pouvoir en mai 1933 les CDF ne firent aucune tentative de coup d’État mais il fondèrent un parti : Le Parti social français (PSF) dans le but de gagner par les urnes.
Cette tactique fasciste empruntée par Hitler 3 ans auparavant entraîna des divisions en interne.
En 1939 le PSF comptait dans ses rangs 3 000 maires, mille conseillers municipaux et une dizaine de députés, mais il ne réussit pas à se transformer en parti démocratique.
Être démocrate par nécessité est une chose, l’être par conviction en est une autre.
Pendant l’été 1940 La Rocque entrepris une série de virages successifs (appel à la résistance armée, soutient à la « Révolution nationale » du maréchal Pétain), qui atteignirent leur paroxysme en 1941 avec le soutien à l’Allemagne nazie lors de l’invasion de l’URSS et l’aide discrète aux services de renseignements anglais lors de l’été 1942.
En 1943 la Gestapo l’arrêta et l’emprisonna comme 52 membres de son mouvement. Il fut rapatrié et jugé en France en 1945 et mourut en 1946.
Au final La Rocque fut un faux démocrate, un faux dictateur, mais un vrai opportuniste qui avait pour seule boussole la défense de sa caste qui cumulait noblesse et capitalisme.
( Les données présentes dans cet article sont extraites du livre de l'historien Robert Soucy intitulé " Fascismes français ? 1933 - 1939 " dans la collection mémoires des éditions " Autrement ", il a été édité en 2004 )










