Territoires en résistance (suite) : Fumel ne fumera plus ! (2)

le 25 octobre, 2026

En juillet 1986, un incinérateur de déchets est inauguré sur la commune de Fumel dans le Lot-et-Garonne. D’emblée, l’usine ne respecte pas les prescriptions ministérielles en matière de pollution de l’air. Les cheminées sans filtre ni instrument de mesure rejettent dans l’atmosphère des fumées dont les concentrations en dioxines et en métaux lourds dépassent de loin les normes sanitaires. Quant aux mâchefers, les résidus de la combustion, ils s’entassent au-dessus du cours d’eau de la commune et polluent les sols et les nappes d’eau. Les nuisances deviennent vite intolérables pour les riverains. En été, l’air est saturé de poussière au point qu’il n’est plus possible de faire sécher son linge en extérieur. Par ailleurs, une augmentation des maladies respiratoires et des cancers est constatée par une étude de l’université de Besançon. 4 cas de maladies thyroïdiennes (dont un décès) ont été recensés.

Mais le lien avec l’incinérateur ne pouvait pas être expressément prouvé.

Des lettres adressées au Syndicat intercommunal des eaux de la Lémance qui gérait l’incinérateur restaient sans réponse.

Des rapports de différents cabinets d’experts en 1991, 1992, 1998 confirmaient en vain que les normes environnementales n’étaient pas respectées. Cela ne débouchait sur rien.

Excédés par les années de silence des autorités départementales, les habitants montèrent une association de défense en février 1999. Ils lancèrent des recours judiciaires. Les responsabilités étaient multiples : celles de l’exploitant, des élus locaux, des services de l’État (DDASS, DRIRE), l’inspection des installations classées. Et les préfets qui autorisaient des dérogations !

Toutes les voies de recours légales avaient été épuisées.

C’est alors que le CLASH (Chômeurs libres, actifs, solidaires et heureux) s’en est mêlé. Ce groupe militant était lié au réseau « Agir contre le chômage »

 (AC !), très actif au cours des années 1990.

Le 15 mars 1999, dix-sept de ses membres décidèrent d’aller saboter l’usine.

La porte du four fut démontée et les câbles d’alimentation sectionnés. Devant l’étendue des travaux nécessaires pour la remettre en fonction, l’usine renonça à la réparation. Le collectif déclara que cette action relevait de la salubrité publique. Aucun blessé, aucune violence, mais un acte contre un système toxique.

Cependant, une intense répression s’abattit contre les militants. L’affaire fut portée au pénal. Le procès eut lieu en 2003. La couverture médiatique mit en avant l’irresponsabilité des pouvoirs publics. José Bové, alors porte-parole de la Confédération paysanne soutint les militants. La présidence reconnut la toxicité du site, mais finalement, sur 6 prévenus, 4 furent condamnés à la prison.

Depuis, la nature a végétalisé la colline artificielle constituée par les déchets de l’incinérateur. Le reste du site a été racheté en 2005 par le Syndicat mixte local.

De nombreuses autres luttes contre ces projets dangereux ont eu lieu par la suite, en Bretagne (à Planguenoual et à Plouharnel), à Clermont-Ferrand, à Fos-sur-Mer, à Angoulême (2025), à Ivry. En matière d’empoisonnement collectif, l’État n’est pas en reste. Rien n’est jamais définitivement acquis.

En Bref

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