L’ultradroite n’est pas jugée au procès Aramburu, mais depuis une semaine son ombre est omniprésente

par | 20 septembre 2026 | Société

Le 19 mars 2022, 2 militants de l’ultradroite assassinent froidement un rugbyman argentin Federico Aramburu venu à Paris assister au match de rugby France/Angleterre. Leur procès a débuté la semaine dernière.

La justice n’a pas retenu le caractère raciste des poursuites visant Loïk Le Priol et Romain Bouvier et leurs avocats ne cessent de défendre cette lecture du dossier pénal.

Pourtant, depuis l’ouverture des débats, l’ultradroite suinte par tous les pores de ce procès d’assises.

Elle apparaît dans le parcours, les amitiés, les références, les mots et jusque dans certains détails. Dans ce procès l’idéologie revient sans cesse par la fenêtre.

Lors de l’examen de la personnalité de Le Priol, l’avocat général s’arrête sur le code de son téléphone « 1488 ». Une combinaison très souvent utilisée dans les milieux suprémacistes blancs américains.

Le 14 renvoie aux quatorze mots d’un slogan suprémaciste et le 88 à la huitième lettre de l’alphabet « HH », pour « Heil Hitler ».

À la barre Le Priol balaie l’argument d’une soi-disant boutade « 88, c’est aussi deux fois ma taille de chaussures ».

Pourtant lors de la perquisition menée chez sa compagne Lyson R, les enquêteurs ont découvert au pied du lit où dormait Le Priol, un livre dédicacé « Les nationalistes sont de retour, Le Pen le vote vital ».

Chez Romain Bouvier, l’inventaire est plus spectaculaire. À côté d’armes et de munitions, les policiers saisissent une figurine d’Hitler faisant le salut nazi ainsi qu’une édition rare de « Mein Kampf » imprimée en caractères gothiques.

Dans ce procès, tout raconte l’univers de violences dans lequel s’étaient enfermés les deux accusés.

Après avoir été viré de l’armée pour avoir massacré une prostituée à Djibouti, l’ancien commando de marine Le Priol fréquente tout le gratin de la droite identitaire.

Certains de ces « dignitaires » apparaissent dans l’organigramme du RN comme Frédéric Châtillon et Axel Lousteau.

Le Priol apparaît aussi masqué dans le clip du rappeur identitaire Goldofaf (pseudonyme qui reprend l’acronyme FAF pour « France aux Français »).

Dans ce clip il est question de « croisade » de « grand remplacement » de « reconquête ».

Même « Babtou Solide Certifié », la marque de vêtements lancée par Le Priol ramène à un imaginaire suprémaciste et colonial (Babtou c’est le surnom donné aux soldats blancs par les Djiboutiens).

Romain Bouvier vient lui d’une famille ancrée à l’extrême droite, sa mère fut l’avocate d’une militante du GUD à Assas jugée elle aussi pour des violences.

Comme son père, il aime se définir comme un « gentleman fasciste » dans un univers « d’anars de droite », il se revendique intellectuel et violent.

Intellectuel, on ne sait pas. Violent c’est sûr, ses « faits d’armes » avec Le Priol le prouvent.

La sœur de la compagne de Le Priol fait moins dans la nuance. Elle déclare à la barre : « Loïk, c’est un facho ! », « Bouvier c’est un taré de royaliste ! », « J’avais dit à ma sœur que sa relation ne mènerait nulle part ! ».

Avant le meurtre d’Aramburu, il y avait eu l’affaire Klein. Elle aussi ramène à l’ultradroite.

En octobre 2015, Le Priol, Bouvier et 3 autres hommes s’en prennent violemment à Édouard Klein, ancien responsable du GUD et ancien camarade.

Pour une sombre histoire de flirt, ils s’en prennent à Klein chez lui. Les violences sont filmées : Klein est frappé, humilié et menacé. Le Priol et Bouvier sont condamnés et pour ces faits en 2022 peu de temps avant le meurtre d’Aramburu.

Ils n’avaient plus le droit de se rencontrer et de porter des armes, le soir du meurtre ils étaient ensemble et armés. Bouvier tire deux balles qui immobilisent Aramburu, Le Priol vide son chargeur sur l’homme à terre, immobilisé.

Malgré tous ces éléments à charge Le Priol et Bouvier sont jugés pour les faits, pas pour leurs idées.

Aucun mobile raciste n’est retenu pour le meurtre de sang-froid commis contre l’Argentin Aramburu alors que son camarade Shaun Hegarthy a été épargné.

Aucun mobile raciste n’est retenu et la cour ne fera pas le procès de l’ultradroite.

Le procès de l’ultradroite c’est à nous de le mener, en permanence face à toutes ces exactions.

Si nous ne le menons pas, on imagine facilement comment les Le Priol et Bouvier qui n’ont pas encore été arrêtés peuvent se sentir pousser des ailes si Le Pen gagne l’élection présidentielle en mars 2027.

Cet article est rédigé à partir d’informations données par les journalistes de plusieurs journaux (L’Équipe, Midi-Olympique, Libération). Qu’ils soient remerciés pour les liens qu’ils ont faits avec l’ultradroite.

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dimanche 20 septembre 2026, 20:25

Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers