Nous pensons intéressant de publier et commenter le discours que Robert Ménard, maire de Béziers, a prononcé, lors du lancement de la Féria, il y a quelques jours, le 13 août 2026. Il est très révélateur du discours d’une extrême droite décomplexée, mettant en avant une vision identitaire et conservatrice supposée répondre aux attentes du « vrai peuple ».
Le texte qui suit, en italiques, est le texte complet du discours, tel que diffusé par la mairie de Béziers, sur Instagram : https://www.instagram.com/p/Db9G8LCNhU_/
« Mes amis, mes amis biterrois, mes amis venus d’ailleurs,
Ce soir, nous avons tout ! Une messe dans les arènes, un défilé de chars avec la Vierge Marie, notre saint patron, Saint Aphrodise, et le comte de Trencavel qui nous a défendu jadis face au roi et au Pape. Nous avons même eu une éclipse solaire ! Un signe du Ciel. Et de quoi donner le tournis aux jobards de la laïcité. Nous prierons pour eux… »
Après avoir défilé, au côté de la préfète de l’Hérault, derrière la Vierge Marie – sans son écharpe tricolore – et participé – avec son écharpe – à la messe de démarrage de la Féria dans les arènes de Béziers le 13 août, Robert Ménard s’en prend aux « jobards de la laïcité ». Or les textes sont clairs : le maire ne peut assister à une cérémonie religieuse avec son écharpe tricolore, sauf quand il représente officiellement sa commune lors d’une cérémonie traditionnelle organisée par une institution de la République, ce qui n’est pas le cas (Sénat – Réponse à la question n° 02558, 22 mars 2018).

Robert Ménard défilant derrière la Vierge Marie le 15 août 2026
Au passage Ménard fait référence au comte de Trencavel, qui a résisté à la croisade des Albigeois et a été fait prisonnier à Carcassonne en 1209, puis mourut dans un cachot. Dans le « roman local » de Ménard[1], c’est l’homme qui a défendu les Cathares (qui n’ont jamais été présents à Béziers) contre le roi de France, et aussi contre le Pape, qui a refusé sa médiation. Par ailleurs, le maire de Béziers voit dans l’éclipse un « signe du ciel » : on est en plein délire.
« Nous avons tout pour faire de cette féria un moment pas comme les autres, un moment unique, un moment de chez nous. Un moment où nous n’avons besoin de demander la permission à personne
Cette Féria, vous le savez, vous en avez conscience, c’est bien plus qu’une fête. C’est l’affirmation de ce que l’on est : le Sud, le Midi, la Méditerranée !
C’est qu’ici, nous sommes différents. Nous avons un accent. Eh oui ! Nous parlons haut. Eh oui ! Nous parlons fort. Eh oui ! Et surtout, surtout, nous n’aimons pas qu’on nous dicte ce que l’on doit faire, ce que l’on doit penser, comment on doit vivre. Et, pourquoi pas, comment on doit s’habiller !
Ici, nous avons des traditions ! Et, tant pis, si ça emmerde les bureaucrates, les Parisiens, les Montpelliérains. Tant pis si ça emmerde ceux qui veulent décider de tout, légiférer sur tout. »
Et Ménard d’insister, après la référence à Trencavel : ici à Béziers, nous sommes le Sud, nous sommes le peuple, nous sommes différents, nous sommes des rebelles, nous avons nos traditions et on ne nous imposera rien ! Et de s’attaquer aux bureaucrates, aux Parisiens et, tant qu’à faire, aux Montpelliérains.
« Notre mode de vie, notre culture, nos croyances, ça ne se décide ni à Paris, ni au parlement, ni dans un parti politique. Notre vie, c’est le fruit de notre histoire, de nos racines, de notre identité, de notre tempérament, de nos désirs, de nos rêves, de nos humeurs. Et parfois, de nos mauvaises humeurs, soyons honnêtes !
Oui, ici, dans nos rues, Marie, la Vierge, la Sainte Vierge continuera d’être portée en procession. Ici, la corrida vivra dans les arènes, quoiqu’en pensent les sinistres animalistes. Ici, on continuera à faire la fête, et tant pis pour ceux qui veulent une vie grisâtre et réglementée. Ici, on marie les gens qui sont en situation régulière et les OQTF, on les renvoie chez eux. Oui, ici, nous continuerons à aimer les femmes, le corps et le regard des femmes, à notre façon, et tant pis aussi pour les féministes à deux balles. »
Après une nouvelle référence à la Vierge Marie, Ménard fait l’éloge de la fête opposée à « une vie grisâtre et réglementée ». Il donne au passage sa définition de « la vie », « fruit de notre histoire, de nos racines, de notre identité, de notre tempérament… » – comprenez de notre histoire, de nos origines locales, vision totalement opposée à la conception républicaine de la communauté nationale.
Ménard n’hésite pas à attaquer les animalistes, mais surtout les féministes. Il proclame un amour « à notre façon » pour les femmes, leur corps et leur regard. Les intéressées apprécieront. Ménard s’adresse exclusivement aux hommes.
« Oui, ici, à Béziers, on continuera à appeler un chat un chat. Un délinquant un délinquant. Un salaud un salaud. Et c’est comme ça !
Nous sommes un peuple fort, un peuple libre ! Cette Féria, c’est la nôtre. C’est l’amitié, l’amour, la beauté, la poésie mais aussi la résistance, le refus de ressembler aux autres, le refus de disparaître : nous sommes ce que nous sommes et nous y tenons ! Même si ça dérange…
Je déclare la Féria 2026 ouverte. Vive la Féria ! Vive Béziers ! Vive la France ! ».
Le discours à peine prononcé, une campagne d’affichage est lancée par la ville de Béziers :

Un bel exemple de discours démagogique, identitaire, mais aussi imprégné de références religieuses et traditionnalistes. Avec des positions particulièrement agressives vis-à-vis des féministes, des laïques, des animalistes, des Parisiens[2], des Montpelliérains… Et un travestissement de l’histoire, mise au service d’une vision identitaire de Béziers. Certains pensaient que Robert Ménard s’était assagi, sans doute parce qu’il a été soutenu par les Républicains lors des dernières municipales et qu’il soutient la candidature aux présidentielles de David Lisnard ; ce discours montre qu’il n’en est rien.
[2] Comique de la part de quelqu’un qui passe une bonne partie de sa semaine dans les studios des chaînes de télévision parisiennes.


























