Un film intimiste et délicat pour retracer une vie de galère, après 43 ans d’activité professionnelle, dont 40 comme « homme de ménage » (si l’on peut dire) des bâtiments et des piscines de centrales nucléaires. Un ménage particulier puisque tous les déchets doivent être décontaminés et emballés séparément avant d’être jetés.
Quand il a commencé, EDF était peu regardant sur la sécurité et moins encore la société sous-traitante qui l’employait. « On embauchait surtout des ‘repris de justesse’ et des gitans » ajoutant que lui était un enfant de la DDAS, placé en famille d’accueil. « À l’époque on sortait le bore (absorbeur de neutrons) à la spatule. » Yvon a mené une vie de solitaire, logé au pied de la centrale, loin de sa femme et de ses enfants. Délégué syndical, il a tout appris par lui-même pour se mettre au service des autres, se battant pour la sécurité de ses collègues et leurs conditions de travail. À 62 ans il accède à sa retraite et écrit son histoire. Chapeau !
Ce film n’a rien d’un documentaire militant contre le nucléaire. Par sa conception originale, il s’inscrirait plutôt dans la branche « film de recherche de l’Art et Essai ». Le début, où il apprend seul à se servir du clavier de l’ordinateur pour pouvoir réaliser des tracts est un peu laborieux. Mais peu à peu on s’attache au personnage et à travers lui on découvre ce sous-prolétariat marginalisé, que l’encadrement traite sans état d’âme.
Yvon, Un travailleur du nucléaire
Documentaire de Marie Tavernier
France 2024, 77 min prod. Apaches, Tangente Distribution



























