Cécilia Aramburu, la mère de Federico, a connu les pires heures de la dictature militaire argentine, ses exactions, ses meurtres, ses disparitions. Elle n’imaginait pas que 40 ans plus tard à 12 000 kilomètres de Buenos Aires, son fils venu en France pour jouer au rugby serait assassiné par des fascistes français le 19 mars 2022.
En tuant, le fascisme brise et dévaste des familles, des enfants, des amis, c’est le cas de la famille Aramburu.
Trinidad, la fille de Federico avait dix ans au moment de l’assassinat de son père. Dans les mois qui ont suivi le drame, la fillette regardait la nuit le détecteur de mouvement de sa chambre. Elle imaginait que c’était une caméra qui la filmait. Elle attendait la nuit et le jour que son père revienne.
Au procès, la famille Aramburu a vu « ad nauseam » les images des caméras de surveillance qui ont filmé les derniers instants de la vie de Federico, les images de son exécution par deux hommes qui étaient partis dans en chasse pour tuer. Cécilia la mère, n’a pas pu résister, elle n’est pas restée dans la salle d’audience.
Face à une plaidoirie qui minimisait la violence des assassins, Maria Aramburu l’épouse de Federico a démonté le traumatisme des accusés plaidé par leurs avocats. Elle a dignement rappelé que ses enfants avaient 10, 8 et 2 ans au moment des faits et qu’ils seraient traumatisés à vie.
Pour elle, pour ses enfants, la douleur subie n’est pas figée sur la date du meurtre, c’est une douleur qui va rester.
Maria Aramburu a raconté l’annonce de la mort du père de ses enfants. Miren, la compagne de Shaun Hegarty, l’ami de Federico, a sonné un matin, elle lui a dit que « Fede » avait eu un accident. Maria a demandé s’il était à l’hôpital, Miren lui a dit non. Elle a demandé s’il était vivant, Miren a dit non. Maria s’est évanouit et elle a vomi.
Shaun Hegarty l’ami de Federico a tout écrit pendant le procès. Il noircit des pages les unes après les autres. C’est sa manière à lui d’intégrer des évènements qu’il n’a toujours pas compris.
Il dit tout écrire pour lui, pour plus tard, pour mettre des mots sur un drame dont il se reproche d’être resté spectateur.
À l’audience, Miren son épouse dit de lui « cette jeep qui scelle la mort de Federico il la voit tout le temps ». Pour lui, 4 ans après, cette carcasse de fer incarne toujours le malheur.
La phrase hurlée par Bouvier et Le Priol « ils sont là ! », résonne encore dans sa tête. Cette phrase précède le meurtre de quelques dizaines de secondes sans qu’il ne puisse rien faire pour l’éviter.
Dans les plaidoiries un avocat des parties civiles a dit : « quelles que soient les circonstances, on ne tire pas sur un homme désarmé ».
Pour un démocrate convaincu c’est vrai, pour un fasciste ça ne l’est plus.
Les fascistes argentins ont exécutés en masse des civils désarmés pendant la dictature militaire il y a 40 ans.
Les fascistes français ont exécuté un civil désarmé il y a 4 ans.
À 12 000 kilomètres d’écart, dans des temporalités différentes, le lien entre ces exactions c’est le fascisme
Le procès Aramburu nous dit quelque chose : en masse où individuellement le fascisme tue.
Le combattre c’est prendre le parti de la vie contre la mort.
À l’issue de cette audience l’avocat général a requis 27 ans de réclusion contre Loïk le Priol, 20 ans contre Romain Bouvier, 3 ans contre Lyson Rochemir, 3 ans contre Anthony Sorrentino.
Dans sa plaidoirie il a rappelé l’évidence : « Le Priol et Bouvier ne sont pas des scouts inoffensifs. Leur vie est une histoire de violence, de défi, de haine raciale. »
Cet article, comme le précédent, est rédigé à partir de comptes rendus d’audiences rédigés par des journalistes de l’Équipe, Midi-Olympique, Libération.
Qu’ils soient remerciés pour les liens qu’ils ont faits avec l’ultradroite.


















