L’extrême droite en France, on l’a déjà essayé (4). Les Chemises Vertes et la Cagoule

par | 27 septembre 2026 | Extrême droite

Nous poursuivons notre radiographie des partis et mouvements d’extrême droite des années 1930 dans le but de repérer les connexions avec l’extrême droite d’aujourd’hui. Cette semaine c’est le tour des Chemises Vertes et de la Cagoule.

Les Chemises Vertes

Le Front Paysan, plus connu sous l’appellation de « Chemises Vertes » (CV), était une ramification importante de l’Action Française.

Cette organisation politique fut fondée par Henri Dorgères en 1934.

Le Front Paysan comptait un nombre important de sympathisants dans le monde rural. Il agissait comme un moyen de pression, mais n’avait pas l’intention de gouverner le pays.

Cette particularité le distingue des autres organisations fascistes de l’époque.

Les CV cherchaient avant tout à enrôler les agriculteurs de droite qui étaient propriétaires fonciers. Les ouvriers agricoles de gauche ne représentaient pas une base à conquérir pour les CV.

L’un des principaux objectifs de ce mouvement était de protéger ceux qui avaient des terres contre ceux qui n’en avaient pas.

L’autre particularité des CV était leur porosité par rapport aux thèmes politiques récurrents de l’extrême droite. Cette particularité en faisait une sorte de « branche rurale » de plusieurs partis et mouvements (Solidarité Française, Croix-de-Feux /PSF, PPF).

Dorgères, Henri d’Halluin de son vrai nom était membre de l’Action Française avant de créer le Front Paysan.

En 1934 et 1935, le Front Paysan organisa beaucoup de rassemblements en France et en Algérie. Ces réunions dégénéraient très souvent en bagarres entre les CV et leurs adversaires de gauche.

Autre caractéristique des CV, en 1935, Dorgères appela à une grève de l’impôt contre le gouvernement.

Tout en étant opposé à la guerre (la paysannerie avait payé un immense tribut à la première guerre mondiale), Dorgères, ne refusait pas la violence en soit, surtout si elle s’exerçait contre les parlementaires, les partis de gauche et les syndicats.

Dorgères instrumentalisait la coupure ville / campagne en se disant opposé : « aux barons féodaux de la finance » et aux « grands groupements d’entreprises ». Dans les faits les coups donnés étaient exclusivement adressés à la gauche.

Quand le Front Populaire arriva au pouvoir en 1936, Dorgères accusa le nouveau gouvernement d’être le laquais du communisme international.

Lorsqu’une scission se développa au sein du Front Paysan en 1936, Dorgères fonda les Comités de défense paysanne.

Cette organisation implanta près de 60 fédérations dans toute la France.

Dorgères refusait de voir « son mouvement » absorbé par d’autres formations fascistes. Il était en bons termes avec les autres dirigeants fascistes mais considérait les CV comme son « pré carré ».

Lorsque le mouvement de Dorgères se mit à décliner après 1937 la plupart de ses membres et partisans basculèrent vers les Croix-de-Feu.

En 1941, Dorgères accorda son soutien au régime de Vichy. Il accepta une fonction officielle dans la Corporation paysanne qu’il souhaita diriger. Il soutint ouvertement Pétain jusqu’en 1943.

En soutenant Pétain il souhaitait qu’il n’y ait plus de dissensions politiques, de luttes entre les syndicats de droite et de gauche. Pour lui Pétain était le sauveur de la France et le patron du pays.

Après la Seconde Guerre mondiale, Dorgères maintint sa popularité auprès d’une partie du monde paysan.

En 1956, il fut élu député. En 1957 il approuva la révolte contre l’impôt de Pierre Poujade et en 1965 il soutint le candidat d’extrême droite Jean-Louis Tixier-Vignancourt aux présidentielles.

Les caractéristiques essentielles des CV se retrouvent aujourd’hui dans la Coordination Rurale

La Cagoule

L’organisation terroriste la plus notoire dans la France des années 1930 s’appelait le Comité secret d’action révolutionnaire, surnommé « La Cagoule ».

La Cagoule fit les gros titres de la presse française en 1937, quand ses activités clandestines furent mises au jour. Elle fut créée par d’anciens membres des Croix-de-Feu et de l’Action Française qui n’avaient qu’une ambition : barrer la route au communisme par n’importe quel moyen, y compris attentats à la bombe et assassinats. Son dirigeant, Eugène Deloncle, pensait que les grèves de 1936 étaient le prélude de la révolution marxiste en France.

Pour lui la république n’agissait pas assez fermement, il voulait pour la France, ce que Franco avait fait pour l’Espagne : une insurrection militaire.

La Cagoule proposait ses services à l’armée. Dans le cadre d’une guerre civile à venir contre « les rouges » elle était prête à mener des actions violentes. Avant que cette éventualité se concrétise elle créa des « groupes d’auto-défense » armés et clandestins.

Il est difficile de mesurer l’influence de la Cagoule au sein du commandement de l’armée française. Ce qui est certain c’est que le maréchal Pétain (membre influent du haut commandement militaire, en 1936) nomma plusieurs membres éminents de la Cagoule dans le gouvernement de Vichy.

Le commandant Georges Loustaunau-Lacau déclara lors de son procès en 1945, que lorsqu’il faisait partie de l’état-major de Pétain en 1936, il avait créé « les Corvignoles », une organisation secrète qui devait lutter contre les activités communistes.

Le maréchal Franchet d’Esperey à lui donné un million et demi de francs aux Corvignoles.

Selon l’historien Paul-marie de la Gorce des rapports réguliers émanant des Corvignoles étaient adressés au Maréchal Pétain, au maréchal Franchet d’Esperey, au général Georges, à plusieurs membres de l’état-major et commandants de région militaire.

En 1936, la Cagoule installe des dépôts d’armes secrets un peu partout en France.

En 1937, le ministre socialiste de l’Intérieur Max Dormoy déclare lors d’une conférence de presse : « les documents saisis révèlent la volonté de substituer à la république un régime dictatorial ».

Deloncle fut arrêté en 1937 et condamné à une peine de prison, il fut libéré par le régime de Vichy en 1940. Très rapidement il occupa de hautes fonctions au ministère de l’Armement de Pétain.

En 1941, les Cagoulards assassinèrent Dormoy en plaçant une bombe sous son lit.

Un des crimes les plus odieux de la Cagoule fut les conditions de l’assassinat des frères Rosselli, en Normandie en 1937.

Trois mois plus tard la Cagoule fait exploser une série de bombes au sein de bâtiments du patronat français avec la volonté de mettre en cause, communistes, anarchistes et autres groupes de gauche.

L’objectif principal était de réitérer l’après incendie du Reichstag.

En 1941 Deloncle attaque ce qu’il nomme les « exécrables » (Juifs, francs-maçons, militants politiques et syndicalistes de gauche)

En 1942, il cesse de soutenir la collaboration avec les nazis.

En 1943, les nazis le soupçonnent de jouer un double-jeu.

En 1944, il est arrêté et tué par deux agents français de la Gestapo.

La Cagoule reste l’archétype des organisations secrètes d’extrême droite régulièrement démantelées par l’appareil d’État. Pour mémoire l’une de celles-ci à tenté d’assassiner Jacques Chirac quand il était Président de la République.  

( Ces données sont extraites du livre de l’historien Robert Soucy intitulé  » fascismes français ? 1933 – 1939 dans la collection Mémoires des éditions « Autrement », il a été édité en 2004 )

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dimanche 27 septembre 2026, 21:33

Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers