Au début du web, l’extrême droite s’est rapidement engouffrée dans ce qu’elle avait identifié comme un espace où ses idées pouvaient circuler plus facilement que dans le monde médiatique institutionnel. Cette propagande médiatique va se faire grâce à l’émergence d’individus et de véritable start up identitaires.
(3). Le web facho : Fdesouche
Né à Paris en 1980, Pierre Sautarel suit le parcours classique du jeune facho parisien : tribunes du PSG avec les hooligans du « Kop of Boulogne », passage au Front national de la jeunesse (FNJ).
Intéressé par le web naissant il bricole les premières pages du FNJ et du Mouvement national républicain de Bruno Mégret.
En 2005 il conçoit une plateforme oubliée « Haut et Fort » qui fonctionne sous forme de blog.
À l’origine cette plateforme est une sorte de journal intime d’un jeune parisien désespéré par le multiculturalisme de sa ville. Conscient que ses idées ne sont pas encore à la mode, Sautarel se trouve un pseudo. Ce sera « François Desouche ».
Repéré par Marine Le Pen, il intègre la cellule web du FN. De 2006 à 2011, il est de ceux qui gèrent la communication numérique du FN.
Parallèlement, il ne délaisse pas ses activités parallèles et fait évoluer son blog en un véritable site web qu’il nomme : fdesouche.
Le fait d’avoir été viré de la plateforme haut et fort pour des sorties racistes à répétition n’est pas étranger à cette décision.
Abandonnant le journal intime, il choisit de se consacrer à l’exercice de la revue de presse.
Son nouveau site devient une compilation permanente de faits divers impliquant des personnes racisées. Un empilement ad nauseam, dont le but est de pousser le lecteur à adopter le point de vue de celui qui pratique cette sélection très orientée.
En octobre 2025, le site Fdesouche affichait plus de 3 millions de visites par mois, cumule des repartages à n’en plus finir sur les réseaux sociaux et exerce une influence concrète sur la vie publique.
En 2016, par exemple, alors que la France se prépare aux commémorations du centenaire de la bataille de Verdun, le site se lance dans une croisade contre la programmation du rappeur Black M au concert organisé en marge des cérémonies.
La polémique devient nationale, les militants d’extrême droite et leurs élus s’en donnent à cœur joie, jusqu’à obtenir l’annulation du concert.
Autre exemple, en 2023, avec l’affaire de Saint-Brévin. Le maire de cette commune de Loire-Atlantique se retrouve pris pour cible, contraint à la démission après l’incendie de sa maison.
Son tort ? Avoir souhaité l’ouverture dans sa ville d’un centre d’accueil pour demandeurs d’asile, projet repéré entre autres par Fdesouche qui en fait un sujet récurrent et attise la polémique, jusqu’à l’embrasement.
Adoubé par ses pairs, Sautarel est félicité dans Valeurs actuelles du 16 avril 2025 par le journaliste Marc Eynaud : « Au diapason de la droite, Sautarel et son blog font partie de ces acteurs qui ont élargi jusqu’à l’écarteler la fameuse fenêtre d’Overton, concept qui désigne l’ensemble des idées, opinions ou pratiques considérées comme plus ou moins acceptables. »
Régulièrement attaqué en justice, Sautarel a échappé aux condamnations grâce à un subterfuge d’une simplicité confondante : le directeur officiel de la publication est un certain Tilak Raj, basé en Inde.
Pourtant, c’est bien Sautarel qui est porté aux nues par les ténors de l’extrême droite, de Zemmour à Le Pen en passant par tous les identitaires.
Cet article est une recension du livre de Thomas Rozec « La mytho des fachos » paru aux éditions Binge en mai 2026. Je vous en recommande vivement la lecture intégrale et l’achat.

















